Renaud, alcoolique public

 Où l’on s’interroge sur quelques aspects de la situation inédite que constitue la durable exposition médiatique d’un chanteur  célèbre devenu hautement dépendant à l’alcool. L’affichage public est-il on non  thérapeutique ? Que risque un tenancier à servir publiquement du pastis à un grand malade de l’alcool ?  

Dans certains milieux bien informés l’affaire était depuis longtemps publique. Il avait rechuté. Cette rechute est  depuis peu officielle à l’échelon national et plus si affinité. Cela s’est passé au lendemain de la Saint-Martin sous la forme d’une dépêche de l’AFP ; l’une de ces dépêches qui  (paradoxalement) a un pouvoir d’authentification d’autant plus grand que la Toile et ses réseaux prolifèrent.  Cela a donné ceci :

« Renaud: ses proches inquiets pour sa santé, le chanteur assure qu’il va bien (presse)
Musique-people

Des proches du chanteur français Renaud, dont son frère Thierry Séchan et le chanteur Hugues Aufray, s’inquiètent de son état de santé, entre dépression et alcool, mais interrogé par le journal Le Parisien, il assure qu’il va bien même s’il reconnaît vivre « une période un peu difficile ». « Je vais bien, merci », assure Renaud, interrogé par le quotidien à la terrasse d’une grande brasserie parisienne où il a ses habitudes. Le Parisien souligne que le chanteur parle « en tremblant, sans jamais tourner les yeux vers son interlocuteur (…), le visage creusé par des cernes abyssaux ».
« Je traverse une période un peu difficile avec mon divorce, mais bon, c’est la vie », ajoute-t-il, tout en assurant ne pas avoir repris la boisson: « si avaler deux pastis dans un repas c’est boire du matin au soir… »

Le chanteur, âgé de 59 ans, dit également qu’il n’a pas l’intention de revenir sur scène: « De toutes façons, je n’ai pas de nouvelles chansons, je n’en écris plus, je n’ai pas d’inspiration ». « Il boit comme on peut prendre des antidépresseurs pour aller mieux. Actuellement, pour moi, mon frère cherche, il attend un déclic, soit pour écrire soit pour rencontrer une nouvelle femme », témoigne de son côté Thierry Séchan, évoquant un « suicide à petit feu ».

Renand a récemment divorcé après son mariage en 2005 avec Romane Serda. Au début des années 2000, il avait fait état de sa dépendance à l’alcool dans sa chanson « Docteur Renaud,  Mister Renard ». Il avait ensuite assuré être guéri de sa dépendance grâce à son épouse. « On a pensé le mettre dans une structure adaptée mais il ne veut pas l’envisager », souligne également Thierry Séchan.

« Je suis prêt à faire la première partie puis à l’accompagner à la guitare dans son orchestre. Il me dit: +Pourquoi pas ?+ », témoigne pour sa part Hugues Aufray en évoquant des concerts communs. « Mais il faut d’abord le remettre debout. Il n’est pas en état de chanter. Il ne fait que boire, il se nourrit d’alcool. Il est dans un état épouvantable », continue-t-il. 

 

AFP – 16/11/2011 – 09:24:10 »

 Précisément, faut-il continuer ? Tout ou presque avait déjà été dit, raconté, chanté photographié, enregistré. Sans doute sommes-nous désormais, contre notre gré ou pas, spectateurs  d’un nouveau stade d’un calvaire personnel. Si oui, que peut-on  –que faut-il- en conclure ? Le diagnostic est porté, confirmé et il semble qu’il y a refus de toute forme de nouvelle action thérapeutique.  On comprend bien qu’à ce stade la question centrale n’est plus celle du respect de la vie privée du malade, homme public. Les questions induites se situent dès lors en périphérie de ce que livrent les médias.

 La première, compassionnelle, est précisément de savoir si l’exposition médiatique d’une dépendance (d’une souffrance) est ou non de nature à l’aider. En l’espèce que penser des sollicitations et désirs ici exprimés par les « proches » du malade et aussitôt mises en scène ? Incidemment on en vient à soulever la question du statut du malade dès lors que le malade est, d’une façon ou d’une autre, considéré comme un artiste. Cette question avait ainsi récemment été d’actualité avec la mort à 31 ans d’Amy Winehouse célèbre chanteuse-auteure-compositrice-interprète britannique qui elle non plus n’avait pas fait mystère de ses assuétudes multiples et de ses tentatives récurrentes de sevrage.

 Cette même question peut aussi être soulevée dans de nombreux cas où l’activité créatrice (la représentation scénique) est étroitement associée à la prise de substances, licites ou non, qui ont en commun de modifier les états de conscience en induisant de ce fait une addiction aux conséquences bientôt pathologiques. En d’autres temps l’absinthe de Verlaine (1844-1896) tenait lieu du pastis parisien d’aujourd’hui. Mais s’il était perçu comme un fléau de santé publique l’alcoolisme du XIXème siècle finissant nourrissait aussi le caractère maudit de certains poètes. Le naturaliste  Zola (1840-1902) écrivait L’Assommoir  dans sa  trentaine quand Verlaine tirait sur Rimbaud avant de plonger dans la plus noire des misères.  

 La dépêche de l’AFP consacrée à Renaud (et les bruits divers qui ont à son endroit agité un peu plus que la seule communauté germanopratine) ont eu quelques échos. Comme ce texte peu banal  publié sur le site Slate.fr et intitulé  « Laisse béton, Renaud » dans lequel l’auteur estime qu’il faut laisser le chanteur décider de mettre fin prématurément à ses jours, grâce à l’alcool anisé, si tel est son bon vouloir. Une manière provocatrice en somme qui pose la problématique du libre arbitre d’une personne ayant atteint un haut degré de dépendance à l’alcool.

 Où l’on en vient pour finir (avant sans doute d’y revenir sur ce blog) à la question des responsabilités connexes. En ces temps corsetés de législations et de réglementations visant (loi Evin) à réduire la publicité (médiatique) incitant à la consommation de boissons alcooliques  que risquent ceux qui par les mêmes voies incitent un alcoolique célèbre à continuer à consommer ? Et plus concrètement : que risquent ceux qui, jour après jour (comme on peut le voir quotidiennement aujourd’hui dans une très célèbre brasserie parisienne ) aident (contre espèces sonnantes et trébuchantes) un homme à en finir assez rapidement avec la vie ? Le code des débits de boisson comporte-t-il toujours quelques chapitres relatifs à la répression de l’ivresse publique ?

Voici, parmi tant d’autres, un bien beau sujet de santé publique médiatique.

 

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