Prothèses mammaires : Xavier Bertrand « veut tout savoir ! »

 Aucune donnée nouvelle quant au risque de cancers. Mais émerge  la psychose d’une sorte d’empoisonnement au long cours par des produits destinés à l’industrie.  Les plaintes de femmes s’accumulent. Le risque politique augmente

« Tout savoir ! » Xavier Bertrand, le « veut ». Qui ne le voudrait ? Et l’on imagine volontiers l’ire grandissante du ministre de la Santé  dans ses étages parisiens de l’avenue de Ségur. « L’affaire des prothèses mammaires tourne au scandale sanitaire » titrait en Une Le Figaro en ce matin du mardi 3 janvier. Est-ce dire que l’affaire se rapproche des responsabilités politiques, les fusibles des agences et des administrations centrales  étant déjà en passe d’êter grillés ? Est-ce dire également qu’il y avait quelque chose d’excessif, de précipité, dans la récente recommandation d’explantation des prothèses PIP faite aux 30 000 femmes concernées en France ? Est-ce dire encore que personne, au cabinet du ministère de la Santé (ou chez les conseillers et autres experts en charge d’aider à les politiques à gérer le risque) n’avait perçu que braquer ainsi les projecteurs tricolore de la précaution confèrerait immanquablement à l’affaire une dimension internationale ? Quand a-t-on su, avenue de Ségur, que l’on estime dans le monde entre 400.000 à 500.000 le nombre de femmes porteuses d’implants PIP, notamment en Amérique latine, en Espagne et en Grande-Bretagne ?

« Ce n’était pas un scandale sanitaire, cela risque de devenir une affaire politique » écrivions-nous sur Slate.fr à la veille de Noël. Dix jours plus tard le risque a, objectivement, considérablement augmenté.   

 Baysilone, Silopren, Rhodorsil, perspiration, explantation

L’année commence aussi mal que s’était achevée la précédente : on vient d’apprendre qu’un additif pour carburants est présent dans le gel des prothèses mammaires controversées ; des prothèses toujours implantées chez 30 000 femmes en France et plusieurs centaines de milliers dans le monde. Un additif pour carburants ?   C’est du moins ce que croit savoir RTL. Selon cette radio les trop célèbres prothèses contiennent  un mélange de substances commandées par la firme PIP à de grands groupes de chimie industrielle et qui n’ont jamais été testés cliniquement quant à leur éventuelle nocivité sur l’organisme.  Parmi eux, un additif pour carburants, le « Baysilone », ainsi que le « Silopren » et le « Rhodorsil », utilisés dans l’industrie du caoutchouc. Des produits qui auraient été à l’origine de la rupture des implants ; et de nouveaux termes qui, après explantation et avant perspiration (nous en reparlerons), viennent enrichir ce dossier décidemment bien tentaculaire.

 Plus ou moins démentie cette information a fait son effet. « D’après l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), on savait qu’il s’agissait d’un gel impropre, plutôt utilisé dans l’alimentaire et l’informatique » a déclaré à l’Agence France Presse le ‘’médecin-conseil’’ d’une association de porteuses d’implants, Dominique-Michel Courtois. « On ne pouvait pas penser que le gel ait pu contenir un additif pour carburants. C’est pourquoi on réclame des analyses de prothèses directement prélevées sur les patientes », a ajouté l’un des avocats des plaignantes, Philippe Courtois. Selon lui les analyses de l’Afssaps n’ont porté que sur des prothèses saisies lors d’une perquisition au sein de l’entreprise PIP en mars 2010. Il estime que des analyses à l’étranger sont aussi nécessaires selon lui, après la révélation dans la presse britannique d’un taux de rupture des prothèses PIP bien plus élevé que la moyenne, puisque « le mélange variait peut-être selon les expéditions ». Jusqu’en mars 2010 la firme produisait jusqu’à 100.000 prothèses par an, dont les 4/5ème étaient exportées notamment vers l’Amérique latine, l’Espagne et la Grande-Bretagne.

 Le cap des 2500 plaintes en France

 Il n’en fallait pas plus pour que la psychose gagne un peu plus.  Et ce ne sont pas les démentis de l’avocat de Jean-Claude Mas, le fondateur de PIP, qui changeront la donne. Ce dernier a assuré que les révélations de RTL « n’avaient pas de sens ». A propos des substances incriminées il a affirmé à l’AFP qu’il « s’agissait de produits alimentaires utilisés dans la composition des produits de beauté ». Répartie de Mme Dominique-Michel Courtois :  « D’après l’Afssaps, on savait qu’il s’agissait d’un gel impropre, utilisé dans l’alimentaire et l’informatique. Mais on ne pouvait pas penser que le gel ait pu contenir un additif pour carburants. C’est pourquoi on réclame des analyses de prothèses directement prélevées sur les patientes ». Près de 2.500 plaintes ont déjà été déposées en France.

La psychose gagne et la transparence, son antidote, est loin d’être faite. C’est dans ce contexte que Xavier Bertrand a annoncé aujourd’hui qu’il était favorable à la création d’une mission parlementaire. Autant dire qu’en matière de crise sanitaire  aussi les mêmes causes produisent les mêmes effets. Simplement ces effets apparaissent de plus en plus rapprochés après le déclenchement de l’affaire.  « Aujourd’hui les éléments nous laissent penser que ces gels  étaient vraiment frelatés. Comment dans ce cas les contrôles ne l’ont pas déterminé ?  C’est cela qui m’intéresse », a-t-il déclaré sur LCI. Je veux tout savoir. J’ai demandé des enquêtes à la Direction générale de la Santé, à l’Afssaps pour savoir ce qui s’est passé, comment ont été faits les contrôles. »  

Vers une mission parlementaire

Xavier Bertrand  s’est par ailleurs déclaré favorable à la création d’une mission parlementaire, comme l’avait d’ailleurs demandé la sénatrice UMP Chantal Jouanno. Sénatrice et ex-ministre des Sports Chantal Jouanno a demandé le même jours lors du Talk Orange-Le Figaro que la commission des Affaires sociales du Sénat institue « dans les plus brefs délais » une mission d’information parlementaire sur ce « problème de santé publique ».

« Problème » et non « scandale » de santé publique. A ce stade les analyses de l’Afssaps, effectuées sur des prothèses saisies lors d’une perquisition dans les locaux de PIP en mars 2010, ont mis en évidence un gel non conforme, au pouvoir irritant mais non génotoxique, avec un risque plus élevé que la moyenne de rupture des enveloppes et de suintement du gel. Producteur lyonnais de silicone Bluestar Silicones a indiqué, toujours le 3 janvier  que ses produits Rhodorsil, qui entraient, avec d’autres, dans la composition des implants mammaires PIP, n’avaient qu’un usage strictement industriel. « Nous n’avions aucun contact avec la société PIP, a affirmé à l‘Agence France Presse  Jean-François Granat, directeur de la communication de Bluestar Silicones. On livrait des produits auprès de nos distributeurs, qui eux-mêmes répondaient à des appels d’offre de la part de PIP. Nous, on ne savait pas ce que PIP faisait de ce composant. »

On découvre aujourd’hui que les livraisons de silicone Rhodorsil à la société PIP se sont étalées de 2001 à 2010. De quelques kilos les premières années, elles ont grimpé jusqu’à une dizaine de tonnes par an, selon M. Granat.
Par ailleurs, le groupe allemand Brenntag, spécialiste de la distribution de produits chimiques, a indiquéle 3 janvier  avoir fourni du silicone à la société PIP, mais dit avoir précisé à l’entreprise qu’il était destiné à un usage industriel. Pour sa part Le Monde (daté du 4 janvier) évoque les insuffisances dont aurait fait preuve la société allemande TUV Rheinland  en charge des missions de contrôle et de certification ; une société qui devait effectuer chaque année un audit de la société varoise et qui déjà porté plainte en 2010 contre PIP estimant que ses experts «ont été trompés manifestement en totalité et constamment par l’entreprise PIP, au détriment des femmes concernées». Certaines de ces femmes annoncent qu’elles vont poursuivre la société allemande.

Personne n’a rien vu pendant dix ans

«L’entreprise PIP pratiquait des fabrications en désaccord total avec leur dossier de mise sur le marché, alors que leur documentation sur les lots fabriqués était conforme. Donc il y avait falsification de la documentation, ce qui rend évidemment les audits très difficiles» a pour sa part plaidé sur TF1/LCI Jean-Claude Ghislain, directeur de l’évaluation des dispositifs médicaux à l’Afssaps.  Pour résumer l’affaire personne n’a rien vu pendant dix ans ; jusqu’au moment où la firme varoise a été dénoncée de manière anonyme auprès de l’Afssaps. On pourrait rêver d’un système sanitaire un peu plus performant.

A l’image du ministre de la Santé nous sommes sans doute nombreux à désirer en savoir plus, sinon tout. Et dans un tel contexte on peut raisonnablement penser, « problème », « affaire » ou « scandale » que les demandes d’explantations en urgence (scénario que le ministère de la Santé voulait à tout prix prévenir) vont se multiplier émanant de femmes redoutant d’être victimes d’une sorte d’empoisonnement chronique par des ingrédients chimiques destinés à l’industrie et nullement à être implantés dans des corps féminins.

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