Prothèses mammaires : la transparence, ça c’est tendance

 

Fini le « plus blanc que blanc ». L’heure est à la lumière, toute la lumière, la vérité, la vérité vraie. La  transparence la plus totale ou le translucide ?

Une première, une de plus. Le président de la République a pris la parole dans l’affaire/scandale des prothèses mammaires. Il a parlé et il a promis « la transparence la plus totale ». Plus précisément, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire médical Le Généraliste il a déclaré : « Nous sommes totalement déterminés à ce que toutes les responsabilités soient identifiées. C’est le sens des enquêtes qu’a demandées Xavier Bertrand et sur lesquelles nous ferons la transparence la plus totale. Il semble, à ce stade, que nous sommes en face d’une tromperie manifeste qui dépasse les frontières de notre pays. La justice est saisie ». 

Mots-clés : Tromperie manifeste. Justice saisie. Transparence totale. Transparence ; voilà bien aujourd’hui le mot maître du pouvoir pour ce qui est des affaires en général, des affaires sanitaires en particulier. Et, déjà, les effets d’une redoutable inflation. Pas la transparence seule. Potentiellement démonétisée qui voudrait encore d’elle ? Transparence : ce qui, se laissant aisément traverser par la lumière, permet de distinguer nettement les objets à travers son épaisseur ? Adjectif à la définition redoutable qui ne renvoie qu’à la perception que l’homme peut avoir d’une caractéristique physico-chimique. On pense d’emblée au verre. Mais l’heure n’y est plus. Il faut garantir, au minimum, du cristal. On dirait du translucide si l’on n’avait pris soin de consulter sa définition : qui laisse passer la lumière, sans permettre toutefois de voir nettement les objets à travers son épaisseur. Ainsi les verres dépolis sont-ils translucides. Dépolir ? C’est ôter l’éclat, le poli.  

 Evoquant un abcès pas encore totalement collecté un responsable politique aurait jadis évoqué la nécessité de la justice pour établir la vérité, la vérité vraie. Mais à l’image de la transparence la vérité ne suffit plus. L’urgence est de grimper un peu plus haut, vers les cimes pour atteindre la transparence totale. Non, mieux encore : la transparence la plus totale. Y aurait-il un au-delà ?

Au temps de sa splendeur, l’amuseur Coluche (1944-1986) dynamitait les réclames. Notamment celles pour  lessives. Il avait ainsi moqué le slogan de celle 1 qui promettait aux ménagères de laver plus blanc. Un peu moins blanc que blanc, disait en substance l’amuseur, je connais ; ce doit être quelque chose comme un gris clair. Mais plus blanc que blanc ? Mystère. Un mystère proche de celui de l’immaculé. Dans la même hyperbole optique et surréaliste nous sommes sur le chemin de la transparence ultime, indépassable. Seule promesse susceptible de calmer l’émotion, de cantonner la colère.

 «Scandale PIP: des fabricants jouent la carte de la transparence ». Ainsi est titrée une toute dernière dépêche de l’Agence France Presse (AFP). Des esprits chagrins ne manqueront pas d’observer, pour s’en offusquer, que l’association de transparence avec carte n’est pas des plus heureuses. La carte de la transparence après avoir joué, bien longtemps, celle du pas vu-pas pris ?

dépêche est signée Olivier Thibault. Elle est mandée depuis Boissy l’Aillerie, département du Val d’Oise. Ecoutons. « Opération portes ouvertes et geste commercial: des fabricants français d’implants mammaires ont décidé de contre-attaquer après le « séisme » de l’affaire des prothèses PIP, en jouant la carte de la « transparence et de la responsabilité », écrit le journaliste. Au siège de Sebbin, numéro deux français du secteur derrière Eurosilicone, orienté vers le « haut de gamme », le patron Olivier Pérusseau ne mâche pas ses mots contre la « brebis galeuse PIP » et son « système mafieux », en ouvrant à la presse les portes de sa PME, qu’il a racheté il y a deux ans. « PIP c’est clairement une fraude. A la suite de cela, nous avons eu des contrôles et des analyses (par l’agence des produits sanitaires Afssaps, ndlr) et les résultats étaient bons », assure-t-il. Pas de délocalisation chez Sebbin : l’intégralité de la production, soit 80.000 implants par an –dont 80% de prothèses mammaires– est fabriquée sur place dans les locaux assez modestes du siège de l’entreprise. Le processus de fabrication est resté très artisanal avec une intervention humaine constante durant la conception de l’implant à partir d’un gel de silicone américain, explique Nicolas Landas, responsable de fabrication. Dans « les salles blanches » à l’athmosphère contrôlée, le personnel en grande majorité féminin, arbore blouses, charlottes et gants. Les gestes pour fabriquer les implants un à un tiennent du laborantin et de l’artisan. « Dans le processus de fabrication, on passe 50% du temps au contrôle de qualité, avec une dizaine de tests tout au long du processus de fabrication », indique M. Pérusseau. Les implants Sebbin n’ont pas souffert de la crise PIP et les carnets de commande sont pour l’instant pleins, assure M. Pérusseau. »

Cette entreprise qui exporte 80% de sa production commence à « sentir le vent tourner » sur l’un de ses principaux marché, l’Amérique latine où les chirurgiens se détournent de plus en plus des prothèses françaises.
« Clairement il faut qu’on fasse un boulot de communication à l’étranger. Dans cette optique on a prévu un voyage en Amérique latine », explique le patron. Autre fabricant français, Cereplas basé dans le Nord, vit lui très mal « l’empoisonnement PIP ». « Nos exportations sont totalement bloquées alors qu’on fait 75% de notre chiffre d’affaires à l’étranger » explique à l’AFP son PDG David Leleu.

M. Leleu parle d’or : « Nous avons décidé de laisser les médias décrocher de l’affaire et lorsque le soufflé médiatique sera descendu, on recommencera à communiquer ». En attendant il invite les chirurgiens à venir visiter son site de production qui est lui « totalement automatisé ». « Cette crise ne va pas changer grand chose in fine car on était déjà extrêmement contrôlé, vigilant et professionnel », assure-t-il. Sebbin et Cereplas ont tous deux décidé de diminuer leurs tarifs en guise de geste vis-à-vis des femmes « victimes » porteuses d’implants PIP au gel « frelaté » et qui décidé de se les faire retirer. « On a décidé d’appliquer des tarifs très inférieurs aux prix du marché. On s’est engagé à vendre la paire à 350 euros contre 490 à 560 euros normalement » explique M. Leleu.
Le patron de Sebbin annonce lui des « tarifs préférentiels » de 300 à 350 euros la paire contre 500 à 600 euros normalement par « soutien pour les femmes victimes ». « C’est une fraude dramatique, un séisme humanitaire. PIP est passé entre les mailles du système de contrôle » relève de son côté le chirurgien plasticien parisien Rami Selinger qui toutefois ne juge pas que PIP aura un effet durable sur le secteur. »

Un journaliste peut-il être accusé de faire, délibérément ou pas, de la publicité pour un médecin (a fortiori un chirurgien exerçant son art en libéral) en le citant nommément ?  Vieille question qui trouve une nouvelle et transparente  jeunesse. C’est qu’en un clic  vous savez tout sur ce chirurgien plasticien parisien, ses lieux d’exercice, ses publications scientifiques (dont une interview du rabbin Rivon Krygier dans le cadre des « Assises Internationales du Corps Transformé »  (Université de Saint-Denis, juin 2005). Jusqu’à sa mission humanitaire à l’hôpital d’Antananarivo (Madagascar, mars 2006). Manque peut-être, encore, le détail des multiples tarifs pratiqués.

 Bel exercice de transparence pourtant que celui qui consiste, pour un commerçant, à commencer à dire une vérité sur ses prix. Comme dans le cas de Cereplas et Sebbin même si le vocabulaire employé dans le secteur du gel siliconé laisse penser que l’on est encore bien loin des codes policés de l’univers pharmaceutique.  

La transparence, dans l’affaire/scandale des prothèses mammaires, c’est aussi ce qu’elle nous révèle de l’ampleur des pratiques touchant aux poitrines féminines. Quelques minutes d’un reportage diffusé vendredi 13 janvier au journal de 20 heures de France 2 en ont dit plus long que tous les travaux de sociologie à venir. Immersion dans un centre de chirurgie plastique disait, en substance, le titre.  

Transparence la plus totale ou pas les voiles se lèvent. Depuis Caracas on apprend que 33 000 Vénézuéliennes portent des prothèses mammaires de la marque française Poly Implant Prothèse. L’information est donnée à la presse par la ministre de la Santé Eugenia Sader. Mme Sader a rappelé que le gouvernement « a interdit en 2010 « l’usage, la distribution et la vente de ces prothèses au Venezuela ». Elle a appelé les femmes concernées « à rester calmes et à consulter un médecin » pour vérifier l’état de leurs implants. Environ 500 Vénézuéliennes ont porté plainte contre la société française. Pour faire la transparence ?

 1 Sa marque était le nom (en six lettres) d’une plante potagère de la famille des ombelliféracées (qui comprend l’aneth et l’anis, la carotte et la ciguë)

 

 

 

 

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