Paris Match, le poids des maux (1)

Tentative de dissection du n° 3272 du célèbre hebdomadaire, 63 ans,  propriété Hachette Filipacchi  (groupe Lagardère). Successions de petites  surprises médicales et sanitaires. 

Deux euros et quarante centimes. C’est le prix à payer pour, chaque semaine, pénétrer dans la légende, tutoyer les mythes. On peut aussi attendre, gratuitement, le coiffeur ou le chirurgien-dentiste.  Paris Match, son papier et son format, la masse de ses textes, la sidération de ses images. On connaît peut-être moins sa nouvelle réclame : « La vie est une histoire vraie ». Et on serait tenté de dire que c’est faux. Ou plutôt que si cela est vrai c’est un bien  grand dommage journalistique. Etant bien entendu que « rien n’est plus beau que la vérité sinon un fait divers joliment raconté » (Jean-Pierre Quélin, Le Monde, tout début des années 1980). On peut bien sûr soutenir le contraire et faire une croix sur la presse, qui n’en a guère besoin.

 Au début il y avait Match, hebdomadaire sportif  créé en 1926 par Léon Bailby et repris douze ans plus tard par l’industriel et patron de presse Jean Prouvost.  Match cesse de paraître durant la Seconde guerre mondiale avant de renaître sous son nom actuel en mars 1949.  Gros et grand succès jusqu’à la fin des années 1950. Diffusion de 1958 : 1 800 000 exemplaires. Moins de 600 000 en 1975. Et, dit-on, plus de 633 000 en 2008. Une histoire bien mouvementée avec la reprise du titre en 1963 par Daniel Filipacchi,  et le savoir-faire rédactionnel de Roger Thérond jusqu’en 1999.

Paris Match fêtera dans quelques jours ses 63 ans. Depuis 1949 ce magazine d’information  couvre l’actualité nationale et internationale, cherche, débusque et finance les scoops en images. Dernier soutien ou presque des agences photographiques et le photojournalisme de grand reportage il porte aussi chaque semaine au pinacle le monde du  show biz et la presse people , la vie des célébrités et les clichés de paparazzi.  Tout cela ne se fait pas sans risque, notamment quand on s’intéresse de trop près (et sans leur accord) aux puissants et à leur vie sexuelle et/ou affective. Ou quand on viole la loi non écrite qui voudrait que l’on ne retouchât point les images photographiques ; fût-ce pour affiner une silhouette qui le valait bien. Ou encore quand on annonce prématurément la mort d’un chanteur culte qui n’avait fait que la frôler.

Précisément, quid de la santé sur ce papier glacé ? L’affaire commence en Une dont Paris Match a, depuis 63 ans, fait sinon sa raison d’être du moins l’une des principales raisons d’achat. Aujourd’hui c’est Renaud qui en exclusivité Paris Match déclare, ses yeux dans les nôtres, qu’il « a du mal avec la vie ». Le sujet n’est pas nouveau. Nous l’avons-nous même abordé il y a trois mois sur ce blog. Le chanteur donnait alors à voir l’aggravation de son état alcoolique anisé dans l’ombre complice de la très parisienne Closerie des Lilas, à deux pas de l’hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce.

L’hiver et les froidures venues nous le retrouvons, page 52, à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse). C’est là qu’il a ouvert en exclu sa porte à Paris Match. Dans l’épicentre néo bourgeois du Luberon  et en Une de l’hebdomadaire chic et choc ; c’est-à-dire très précisément « loin de la rumeur » comme le dit Match.  Rappel de la meurtrissure due à son récent divorce d’avec sa muse (Romane) depuis dix ans par ailleurs mère de son fils. Fini, pour l’heure, Meudon. Et désormais une vie on ne peut plus ordinaire avec son chien Sony et quelques vieux copains. Celui qui ne cache nullement sa maladie ne tolère plus qu’on parle de ses soi-disant « démons ». « Trop conscient de son ‘’mal-être avec la vie’’, l’idole des années 80 dont les jeunes ‘’kiffent’’ toujours les textes qui claquent, veut seulement la paix.

Sur son alcoolisme ses fans apprendront qu’il s’est « remis à l’eau » et qu’en dépit de tout –à commencer par les clichés photographiques qu’il a laissé prendre – il « est en forme ».  A propos de ses fans il dit : « ils s’inquiètent pour ma santé, je vais bien. Ils s’inquiètent pour mon moral, ça, c’est une autre histoire ». Docteur Renaud, mystère renard. Il ne prend pas d’antidépresseurs et n’a pas besoin de psychothérapeutes. « J’en ai vu plusieurs pendant des années et cela ne m’a servi à rien. J’ai ce mal-être depuis très longtemps, bien avant Romane. J’ai du mal avec la vie, point final. »  

 Renaud : « J’en ai marre qu’on dise en permanence que je vais mal. Ceux qui prétendent m’aider en disant : ‘’Le pauvre Renaud, il est malade, il est dépressif, il est alcoolique’’. Ne me font aucun bien. C’est tout l’inverse (…). » Plus loin il dira : « Retomber amoureux n’est pas dans mes objectifs immédiats ».  Paris Match : « Les cyprès et les lumières de la Provence sont ses meilleurs alliés durant cette période de repos ». « Renaud adore se balader en 2CV mais dans un modèle rare, la Charleston, une série limitée sortie entre 1980 et 1984. » Aux temps heureux.

Avant l’ouverture du même numéro une publicité pleine page en faveur d’un produit capillaire ( Liftactiv Serum 10 ) de la célèbre maison Vichy ; en pharmacie et parapharmacie ; pour peaux sensibles et sans paraben ; « une peau neuve dès la 1ère goutte. On tourne et on ouvre sur  une autre star médicalisée de la scène chantante : Michael Jackson, mort prématurément dans les conditions que l’on ne sait pas.

Nous reviendrons donc sous peu sur le Propofol ainsi que sur Liftactiv Serum  10; de la maison Vichy ( Rides- Pores- Effet Lifting- Eclat immédiat ). Un cosmétique  « Prix Marie Claire d’excellence de la beauté 2012 ». 2012, déjà ?  

(A suivre)

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