2011 et ses quatre mille morts sur l’asphalte

 Les médias d’information générale français parlent beaucoup de la crise économique qui frappe la société Peugeot et plus généralement l’ensemble de l’industrie automobile. Les derniers chiffres de la sécurité routière sont généralement ignorés des pages politiques. C’est grand dommage.  

Nous étions début décembre 2011. Les éthylotests n’allaient pas tarder à sortir les gants de leur boîte. Tout laisser redouter que le cap des 4000 morts sur les routes de France pouvait malheureusement être atteint. Nous sommes fin juillet 2012 et un bilan peut être fait qui croise violence routière et engagement politique. Nicolas Sarkozy avait promis moins de 3000 de ces morts et cela ne s’est pas réalisé : le cap des 4000 morts n’a certes pas été dépassé en 2011. Mais la question demeure dramatiquement entière.  L’Observatoire national interministériel de la sécurité routière en témoigne qui vient de publier ses statistiques définitives d’accidentalité pour l’année dernière : le bilan a été de 3963 tués, soit un recul que de 0,7 % par rapport à 2010. La France a ainsi, selon les spécialistes de la mortalité routière, atteint un « quasi-palier ». « Avec 3992 tués, 2010 avait tout juste franchi en baisse la ‘’barre historique’’ des 4000 (inédit depuis 1948, alors que le trafic motorisé a depuis lors été multiplié par près de vingt-huit, rappelle l’Observatoire. La météorologie très printanière du début d’année (2011) est largement en cause. La saison motocycliste a démarré avec un mois et demi d’avance sur la normale, ce qui pèse lourd dans ce bilan. »

Le nombre de décès de conducteurs de deux roues motorisés  enregistre ainsi une hausse globale de 3 %. On peut le dire autrement : pour seulement  2,5 % environ du trafic motorisé  les deux roues représentent 30 % de la mortalité des usagers. Dans les autres catégories d’usagers celle des piétons a, elle aussi, connu une mortalité à la hausse (+7 %, soit 519 tués en tout). C’est là un phénomène « inquiétant » et « inédit depuis 2007 ». Du fait de la reprise du transport routier de marchandises engagée depuis 2010, la situation se détériore également dans la catégorie poids lourds. La mortalité à bicyclette est en revanche en baisse (-4,1 %). Elle recule davantage en rase campagne (-5,7 % ; 83 tués) qu’en milieu urbain (-1,7 % ; 59 tués).

 Nicolas Sarkozy a failli. Que réussira François Hollande ?

Plus généralement l’Observatoire national de la sécurité routière enregistre pour 2011 un recul général plus important (et encourageant) des autres indicateurs : -3,4 % pour les accidents corporels, -3,8 % pour l’ensemble des blessés et -2,3 % pour les blessés dont l’état de santé à nécessité une hospitalisation.

La France est passée de plus de 16000 morts sur ses routes en 1970 à un chiffre légèrement inférieur à 4 000. Est-ce là un palier ? Un chiffre incompressible ? Arrivant au pouvoir présidentiel en 2007 Nicolas Sarkozy avait  « assigné au gouvernement » un « objectif ambitieux » : faire en sorte que l’on ne dépasse pas les 3.000 morts annuelles. L’ambitieux objectif n’aura donc pas été tenu pour la fin de son quinquennat. Et ceux en dépit de  l’accentuation des mesures réglementaires de contrôle à commencer par la multiplication des radars.

On sait depuis longtemps que l’alcool au volant, c’est la mort au tournant. Nicolas Sarkozy avait, fin 2011 annoncé que  la présence d’éthylotest dans chaque véhicule sera rendue obligatoire au printemps 2012. Elle l’a été au 1er juillet mais cette obligation n’entrera vraiment en vigueur qu’à l’automne. Sera-t-elle efficace ? Sera-t-elle évaluée ? A la différence de son prédécesseur François Hollande n’a pas fixé personnellement d’objectif à atteindre dans ce domaine. Il n’est jamais trop tard. Quel sera le décompte des « tués sur la route » durant le quinquennat qui commence ?

Reste que l’équation se complique. Jusqu’où la santé publique s’imposera-t-elle au politique ? Ira-t-on jusqu’au degré zéro en matière d’alcoolémie ? Quand inventera-t-on le ‘’cannabotest’’ ? Plus précisément quand l’imposera-t-on dans la réglementation ? Imposera-t-on encore d’autres mesures coercitives ? Pourra-t-on vraiment descendre sous la barre des 4000, des 3000, des 2000 ? Faire mieux encore ? Où se situe, dans ce domaine la frontière entre la puissance de l’action humaine sur le réel et la force aveugle de la fatalité ?

 

 

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