Tabac vert olivâtre et Get vert de menthe

Marisol Touraine a annoncé que la France n’était plus hostile à la mise en place de paquets de cigarettes « neutres » sans logos ni saveurs. Le fabricant du « Get 27 » demande par voie publicitaire s’il y a dans ses flacons autre chose que de la  menthe poivrée. Les autorités sanitaires semblent bien désarmées devant les addictions dont l’Etat tire de substantiels profits. Etre dupe ?  Ecouter Berthe Sylva !

Dernier jour de juillet et cette nouvelle : le gouvernement français va tenter d’obtenir de l’Union européenne la mise en place de paquets de cigarettes neutres (entendre « sans logo ni couleurs »). Il s’agit de tenter de la sorte de limiter l’entrée des jeunes dans le tabagisme. Les différentes professionnels mettent ouvertement en doute l’efficacité d’une telle mesure et menacent : attention à l’explosion de la contrefaçon. Les associations réclament depuis longtemps une telle mesure. Une équation sans surprise à la résolution incertaine

Marisol Touraine, ministre de la Santé l’a annoncé sur BFM-TV. La France a l’intention de se battre, en particulier au niveau européen « pour faire en sorte d’aller vers ce qu’on appelle le ‘’paquet neutre’’ c’est-à-dire un paquet sans marque, qui ne soit pas attractif, pas séduisant ». « On sait que les jeunes aujourd’hui achètent un paquet  parce qu’il leur semble plus joli, plus agréable à regarder », a-t-elle expliqué. Serait-ce si simple ?

Côté pour : « Considérés comme ternes, peu stylés, les paquets  ‘’neutres’’ ne donnent pas envie d’être achetés, et  constituent un frein majeur à l’initiation des plus jeunes dans le tabagisme » fait valoir Karine Gallopel-Morvan, chercheur en marketing social (EHESP), citée par le comité national contre le tabagisme (CNCT). Un CNCT objectivement aux anges.

Côté contre : « Aucune étude sérieuse n’a démontré qu’une telle mesure serait efficace », rétorque Eric Sensi, directeur des relations institutionnelles chez Imperial Tobacco. Côté contre encore : « Il n’est pas prouvé que les jeunes commencent à fumer à cause de l’apparence d’un paquet, explique Denis Fichot, porte parole en France de Japan Tobacco International. En revanche, un paquet générique serait très facile à contrefaire et pourrait se retrouver ainsi à bas prix en vente dans la rue. » Côté contre toujours : Pascal Montredon,  patron des buralistes. Il craint que les mesures européennes ne conduisent à « la disparition pure et simple des buralistes ». « Trop, c’est trop », dit-il.

Aucun pays n’a encore mis en place une telle mesure. L’Australie a voté une loi dur ce thème qui entrera en vigueur  en décembre 2012 : des paquets uniformes vert olivâtre, couverts d’avertissements sanitaires et ne portant que la marque et le nom du produit. Les industriels du tabac ont attaqué en justice. L’Agence France Presse nous rappelle que durant la campagne présidentielle, François Hollande s’était dit « intéressé » par l’expérience australienne.
Une nouvelle directive européenne serait attendue pour novembre. Le lobby pro-tabac est inquiet et affûte ses armes. Il croit savoir que cette directive pourrait imposer des « paquets totalement génériques » ou des « paquets quasi-génériques (avec photo-choc sur 75% de la surface du paquet) ». Bruxelles pourrait en outre obliger les buralistes à mettre tous les paquets de cigarettes sous le comptoir et non plus dans les linéaires ou limiter ces linéaires, selon la même source.

L’affaire est sans aucun doute destinée à rebondir. Trop d’intérêts contradictoires sont en jeu. Pour l’heure et faute d’éléments précis on se gardera bien de trancher. Tout au plus émettra-t-on l’idée qu’avec ces paquets annoncés d’un uniforme vert olivâtre Marisol Touraine et le gouvernement français ne travaillent guère qu’à la surface des choses. Le paquet de gris que l’on roulait dans ses doigts 1 n’incitait guère à l’achat et pourtant il était vendu. Quant aux messages expliquant en substance que le tabac tue il y a déjà belle lurette qu’ils ne découragent pas les plus jeunes d’entrer dans cette servitude volontaire. Bien au contraire. On dirait qu’ils les poussent à cette prise de risque que goûte tant l’adolescence friande d’expérimenter avec son propre corps en métamorphose.

La santé publique, sinon le journalisme, s’attaque ici à de considérables requins oeuvrant dans des eaux moins troubles que l’on pourrait croire. Avec parfois un humour teinté d’impudence. Ainsi cette publicité incitant à la consommation d’une boisson commercialisée sous la marque Get 27. La réclame s’affiche actuellement sur les panneaux JC Decaux qui décorent les cités françaises. Get27 : seulement de la menthe ? Ingénuité sur fond vert et rouge. A ceux qui n’auraient pas encore compris la bouteille se déhanche sous le lampadaire et baisse lourdement la paupière.

Avec cette explication poétique en bas de casse : est élaboré notamment à partir de menthe poivrée provenant de différents coins du monde et d’alcool.  On apprendra tout ou presque ici même. Notamment l’existence d’un nouveau format pour homme : 1,5 l avec réduction immédiate de 3 euros. Sinon la version a 0,70 l née du savant métissage de sept menthes et d’une alliance originale avec l’alcool est généralement proposée à un peu plus de 10 euros. Titrage alcoolique 21°. Existe en version 24 °. Maison fondée en 1796

 

1 A méditer, ce monument qui ferait de bien belles dictées dans les écoles de la République ; sans parler des leçons de chant, des cours de sciences naturelles. Et des facultés de médecine quand elles s’intéresseront aux addictions.

Du gris
Paroles: E. Dumont. Musique: F. L. Benech, 1920
interprète Berthe Sylva (1886-1941)

Eh Monsieur, une cigarette
Une cibiche, ça n’engage à rien
Si je te plais on fera la causette
T’es gentil, t’as l’air d’un bon chien
Tu serais moche, ce serait la même chose
Je te dirais quand même que t’es beau
Pour avoir, tu en devines bien la cause
Ce que je te demande : une pipe, un mégot
Non pas d’Anglaises, ni de Gouttes Dorées
Ce tabac-là, c’est du chiqué

Refrain :
Du gris que l’on prend dans ses doigts
Et qu’on roule
C’est fort, c’est âcre comme du bois
Ça vous saoule
C’est bon et ça vous laisse un goût
Presque louche
De sang, d’amour et de dégoût
Dans la bouche

Tu fumes pas, ben t’en a de la chance,
C’est que la vie, pour toi, c’est du velours,
Le tabac, c’est le beau de la souffrance,
Quand on fume, le fardeau est moins lourd.
Y a l’alcool, me parle pas de cette bavarde,
Qui vous met la tête à l’envers,
La rouquine qu’était une pocharde,
À vendu son homme à Deibler.
C’est ma morphine, c’est ma coco,
Quoi ? C’est mon vice à moi le perlo

Refrain :
Du gris que l’on prend dans ses doigts
Et qu’on roule
C’est fort, c’est âcre, comme du bois,
Ça vous aoule
C’est bon et ça vous laisse un goût
Presque louche
De sang, d’amour et de dégoût,
Dans la bouche

Monsieur le Docteur, c’est grave ma blessure?
Oui je comprends, il n’y a plus d’espoir
Le coupable, je n’en sais rien, je vous le jure
C’est le métier, la rue, le trottoir
Le coupable, ah je peux bien vous le dire
C’est les hommes avec leur amour
C’est le cœur qui se laisse séduire
La misère qui dure nuit et jour
Et puis je m’en fous, tenez, donnez-moi
Avant de mourir une dernière fois

Refrain :
Du gris, que dans mes pauvres doigts
Je le roule
C’est bon, c’est fort, ça monte en moi
Ça me saoule
Je sens que mon âme s’en ira
Moins farouche
Dans la fumée qui sortira

 

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