François Hollande et la « plaie béante » du tabagisme

Comme ses deux prédécesseurs le président de la République entend fort heureusement mobiliser les énergies dans un nouveau « Plan cancer ». Mais lui aussi fait l’impasse sur le tabac, facteur majeur de transformation cancéreuse et de dépendance aux conséquences pathologiques multiples. Or le tabagisme est dit-il, comme l’alcoolisme « une plaie d’autant plus «  béante » que la consommation pathogène commence tôt dans la vie. Y aurait-il une fatalité politique à ne pas vouloir tenter de la refermer ?  En France, le tabac est responsable d’environ 73 000 décès prématurés par an, dont 44 000 par cancer.

François Hollande a annoncé ce mardi 4 décembre à Paris un troisième Plan cancer d’une durée de quatre ans. Il sera mené de 2014 à 2018 et sera « axé sur la lutte contre les inégalités face à la maladie et préparer la France « aux nouveaux enjeux liés aux progrès médicaux » ». Cette annonce a été faite en clôture des 4èmes rencontres de l’Institut national du cancer (Inca). Le chef de l’Etat a indiqué que la préparation de ce plan serait « coordonnée par le Pr Jean-Paul Vernant, spécialiste d’hématologie à l’université Pierre et Marie Curie.
Les deux précédents plans « 2004-2008 » puis « 2008-2013 » avaient respectivement été lancés par Jacques Chirac et conduit par Nicolas Sarkozy. Qu’ont, précisément, apporté ces plans ? Le troisième  visera à « conforter les acquis et « surtout à nous préparer aux nouveaux enjeux liés aux progrès médicaux ». Son coût à venir n’est pas précisé.  Le précédent s’était élevé à 1,9 milliard d’euros  sur cinq ans, dont 730 millions correspondant à « des mesures nouvelles » a précisé un conseiller de l’Elysée à l’Agence France Presse.
« Le Plan cancer sera aussi un plan de lutte contre les inégalités » a promis M. Hollande qui a rappelé que le risque de mourir de cette maladie entre 30 et 65 ans était deux fois plus élevé chez les ouvriers que chez les professions libérales.  Il comportera ainsi « des dispositions pour prévenir les risques professionnels, à travers des schémas régionaux pour la santé au travail et veillera à réduire les inégalités dans l’information, le dépistage, l’éducation, l’accès aux soins, les traitements ». Aucune modalité d’évaluation de ces mesures n’a été détaillée  par le chef de l’Etat.

On retrouvera ici-même le texte intégral de son discours. « Je m’adresse à vous pour parler d’un sujet où la parole politique est toujours emprunte de gravité et d’humilité lorsqu’elle aborde les aspects les plus intimes, les plus douloureux de la vie de chacun d’entre nous, a déclaré en introduction le chef de l’Etat. Le cancer fait partie de ces sujets-là. » La parole politique, en matière de santé publique est rare. C’est dire si elle est précieuse. C’est dire, aussi, si l’on peut exprimer une nouvelle fois quelques solides regrets.

La métaphore qui fait très mal

Voici en effet une volonté politique  affirmée au plus haut sommet : agir de manière volontariste et coordonnée contre des maladies diverses (mais réunies sous une même têtière) qui constituent une cause majeure de mortalité précoce de nos contemporains. Et voici que cette volonté présidentielle fait l’impasse ou presque sur la lutte véritable contre  l’une des causes essentielles de cette mortalité.  Une situation d’autant plus paradoxale que le lien de causalité existe, qu’il n’est plus discuté, et que tous ceux ou presque qui s’exposent au risque en ont désormais conscience et sont près à faire beaucoup pour sortir de leur dépendance. Nous parlons ici bien évidemment du cancer broncho-pulmonaire dit du fumeur et de la consommation de tabac, drogue légale et tout particulièrement fiscalisée. En France, le tabac est responsable d’environ 73 000 décès prématurés par an, dont 44 000 par cancer. Chiffres incontestés gracieusement fournis par l’Inca.

L’Inca qui ajoute : « Outre le cancer du poumon, cancer de mauvais pronostic, pour lequel le tabac est la cause dans 81% des cas, le tabac favorise également de manière significative seize autres localisations de cancers : cavité buccale, pharynx, larynx, pancréas, vessie, rein, cavité nasale, sinus, œsophage, estomac, foie, col de l’utérus, leucémies myéloïdes, colorectal, ovaire et sein. Il existe toujours un bénéfice à l’arrêt du tabac, quel que soit l’âge et pour tous les cancers majeurs associés au tabagisme. Ce gain s’avère d’autant plus important que ce dernier est plus précoce. Il existe des bénéfices autres que sanitaires dans l’arrêt, tels que faire des économies, retrouver le calme intérieur et améliorer sa beauté en générale  (peau, dents, doigts sales, etc.) »

Quels doigts sales ?  Ne pas oublier, non plus, que l’on sait tout de l’éventail des actions possibles et efficaces pour lutter contre ce fléau. A commencer par une hausse constante et massive des prix. Ne pas oublier non plus que la puissance publique ne fait rien ou presque en matière d’aide financière et psychologique au sevrage. A la différence notable de l’alcoolisme. Ne pas oublier non plus que le volontarisme en matière de santé publique peut payer, en vie sauvée et en reconnaissance collective, comme l’a amplement montré la politique de lutte contre la mortalité des accidents de la circulation automobile. Il est vrai que le temps politique de la sécurité routière n’est pas celui de la lutte conter le tabac.

François Hollande :

« Il y a la prévention primaire qui s’appuie sur deux instruments majeurs : l’information et l’épidémiologie. L’information doit être ciblée pour être efficace. Elle le sera. Elle s’adressera aux populations les plus jeunes, dès l’école. Je pense notamment à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme qui sont des plaies d’autant plus béantes que ces consommations arrivent tôt dans la vie. L’épidémiologie contribue, elle, à détecter les facteurs environnementaux ou personnels impliqués dans le développement de la maladie. Cet instrument sera renforcé. »

Prendre bien garde. On n’use pas sans mal de certaines métaphores. Parler publiquement des plaies béantes du corps social impose aussitôt de (tenter de) les fermer. Surtout quand on en connaît la cause et que l’on peut agir contre. Sinon, on l’a vu,  la métaphore vous conduit bien vite aux poursuites pour, au mieux, non assistance à personne en danger. A fortiori quand on a fait une belle et formidable promesse. Celle, Président, de n’agir qu’en pensant à la jeunesse. Et donc notamment à ces plaies d’autant plus béantes qu’elles commencent à se constituer à l’âge où l’on cesse de dessiner. L’âge où l’on poussera bientôt, pour la première fois, la porte d’un débit de tabac.

En France, le tabac est responsable d’environ 73 000 décès prématurés par an, dont 44 000 par cancer. Combien seront-ils à mourir du tabac en 2018, au terme du troisième  « Plan cancer »? Combien en 2068, quand la France fêtera le centenaire de la révolution et que les corps des aspirants fumeurs d’aujourd’hui en seront à l’âge critique ?

 

 

 

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