Les chirurgiens de demain versus l’âge d’or de ceux d’avant-hier

Un feuillet  mandé de l’Académie nationale de médecine, 16 rue Bonaparte, Paris. Il parle de « la formation initiale des chirurgiens » . Un peu de nostalgie, beaucoup de pragmatisme. C’est aussi une incitation à faire voir aux futurs confrères un film du tonnerre. 1951, greffes de reins et l’hôpital Cochin. L’étincelant Pierre Fresnay sous la tunique du Pr Louis Delage. Leur faire découvrir aussi l’épatant André Soubiran et ses Hommes en blanc. Et les faire plancher sur le burn-out contemporain. Option: sciences humaines et appliquées. Sujet : l’âge d’or a-t-il existé ?

Mots –clefs : lavage des mains, maîtrise des nœuds, compagnonnage, exigence des malades (augmentation des), cadavres frais (accès à), senior (motivé)   

Attention, silence : « Le but de la formation des chirurgiens est l’acquisition d’un savoir faire et d’un savoir être. » Qui ose encore écrire ceci, dans la France de ce début 2013 ? Un groupe de travail réuni sous l’égide de l’Académie nationale de médecine a. On lira le texte qui suit en cliquant ici.

Tout d’abord un constat : le contexte dans lequel doit être organisée puisque la formation des chirurgiens a considérablement changé. A savoir :

1 les études médicales ne préparent pas les jeunes internes à une formation chirurgicale car elles sont ciblées sur la pratique de la médecine générale. Des domaines incontournables pour le chirurgien comme l’anatomie n’occupent plus qu’une faible part du programme et ont même disparu des épreuves de l’Examen Classant National (ECN) ;

2 au décours de l’ECN, la majeure partie des jeunes internes en chirurgie n’ont souvent aucune formation chirurgicale élémentaire: les stages effectués pendant la période de l’externat, qui permettaient l’acquisition de gestes simples (le lavage des mains, l’habillage, la maîtrise des nœuds…..) ont, quand ils ont été maintenus, perdu de leur efficacité ;

3 le compagnonnage est rendu difficile par l’augmentation des exigences des malades, le raccourcissement des temps de séjours des malades et l’environnement réglementaire ;

4 la chirurgie fait de plus en plus appel à des techniques particulières (la microchirurgie, la laparoscopie, l’assistance par ordinateur…).

Au vu de ces quatre points, cinq propositions :

1. un stage d’évaluation de l’aptitude au métier de chirurgien avant le choix d’une filière chirurgicale : une semaine, à temps plein, incluant la formation aux pratiques de base, aux gestes de base, sur modèle in vitro et simulateurs et éventuellement sur animaux ;

2. l’organisation dans chaque grande ville universitaire d’une structure dédiée à la formation chirurgicale, « l’école de chirurgie », réunissant dans un même lieu les modèles d’entrainement et les simulateurs, les modèles petits et grands animaux, l’accès au cadavre frais ;

3. la réalisation et le suivi de maquettes d’enseignement précises, dans chaque spécialité chirurgicale par les Collèges d’Enseignement, comprenant la liste précise des objectifs (maitrise technique du geste élémentaire, maîtrise des comportements….), précisant les moyens de l’évaluation ;

4. le cahier de l’interne, qui doit être formalisé et sera vérifié lors du diplôme DESC ;

5. l’encadrement au cours des deux premières années par un senior désigné, motivé par l’enseignement.

Ajoutons pour notre part, en postulant que l’Académie et son nouveau président (le Pr François-Bernard Michel) ne s’y opposeraient pas, une sixième proposition de portée plus générale :

6. la vision en groupe, obligatoire et dès la deuxième année des études de médecine du film « Un grand patron ». Précisons qu’il s’agit d’un film réalisé par Yves Ciampi sur une musique de Joseph Kosma. Le grand Pierre  Fresnay et sa diction incisive tient les écarteurs du Pr Louis Delage. Admiré comme il se doit de ses internes il est jalousé par ses pairs et joue son entrée à l’Académie de la rue Bonaparte sur sa nouvelle technique révolutionnaire de greffe de rein. Passages remarquables où le jeu dépasse de loin celui de l’entrée à la Française du Quai Conti voisin.

Nous sommes en 1951, pour l’essentiel à l’hôpital Cochin. Tout est parfaitement en place dans cette délicieuse fraction de la grande bourgeoisie française d’après-guerre. Le mandarinat est là, éternel. Les épouses des chirurgiens sont d’une élégance de cristal (Renée Devillers 1902-2000) avec majordome. Les infirmières résistent ou pas aux avances des internes et chefs de clinique (Jean-Claude Pascal 1927-1992). C’est selon. Signes, diagnostic, traitement. Visites matinales d’anthologies. Blocs-amphithéâtres. Après-midi à la clinique et consultations au domicile et  fiançailles consanguines pour consolider le château-fort. Paillardes alcoolisées convenues à l’internat.

Le Pr Robert Debré (1882-1978) n’a pas encore donné naissance aux CHU. Aucun symptôme des bouleversements à venir. Ni secteur privé à l’hôpital public, ni dépassements d’honoraires. Les déserts médicaux ? Ils sont à peupler. La Sécurité sociale naissante y aidera grandement. En Auvergne Knock disposera bientôt d’antibiotiques. Bref ce qui est généralement tenu pour être l’âge d’or de la profession.

On rappellera l’essentiel de la carrière et de l’œuvre d’Yves Ciampi (1921-1982). Ses premiers films en 16 mm à partir de 1938, son court métrage d’avant-garde (Mort interdite, 1941) qu’il réalisa tout en poursuivant ses études de médecine. Le fait que médecin, il renonce à cette carrière pour rejoindre Leclerc à Koufra en 1942. Son travail de mémoire suivant la 2e DB durant toute la campagne d’Afrique et réalisant, en 8mm, un documentaire sur la division Leclerc et la libération de Paris, Les Compagnons de la gloire.

Age d’or ? On recommandera le visionnage de Les Héros sont fatigués, (1955) du Guérisseur (1953). Age d’or ? La lecture de la série  Les Hommes en blanc d’André Soubiran (1910-1999). Age d’or ? On finira avec le tout récent et remarquable Global Burn-Out b du philosophe Pascal Chabot, déjà auteur d’Après le progrès.  C’est tout dire.

a Ce groupe de travail était placé sous la présidence de Daniel Loisance. Il était constitué de YvesChapuis, Jacques Baulieux, Jean Dubousset, François Legent, Yves Logeais, Daniel Loisance, Michel Malafosse, Paul Malvy, Jean Mine, Jacques Saint Julien, Jean Pierre Triboulet. Ont été auditionnés par le groupe les Prs Vincent Delmas, Emmanuel Chartier Kastler, Pruvost, Martin, Benchimol, Frileux et Bouillot

b Global Burn-Out est publié au PUF. Nous en ferons prochainement une recension sur ce blog.

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