Cigarette électronique, scandale de santé publique ? On y est presque

La « e-cigarette » se substitue à la la consommation de tabac. Est-elle dangereuse ? Pourquoi n’est-elle pas considérée comme un « produit de santé » et prise en charge par la collectivité ? Environ un demi-million de personnes y ont recours. L’Agence du médicament en déconseille l’usage. Un scandale de santé publique en gestation ? 

Ces quelques lignes sont issues aujourd’hui d’une dépêche de l’Agence France Presse reprises par de nombreux sites de médias, en l’occurrence celui du Point.

« Quelques années après son invention, la « e-cigarette », sans odeur ni feu, s’impose auprès d’un nombre grandissant de fumeurs comme alternative moins ruineuse et nocive que le tabac. « Pour l’instant rien n’interdit à un prof de fumer sa cigarette électronique en classe, ou un chirurgien dans une salle d’opération », relève le Pr Bertrand Dautzenberg, spécialiste du poumon (sic) à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Ce grand pourfendeur du tabac a un discours critique mais plus nuancé sur la cigarette électronique. « En tant que médecin je ne peux pas recommander la cigarette électronique. Mais je laisserais faire un gros fumeur qui veut s’y mettre. Avec la cigarette, c’est 50 % de chances de se tuer. Avec la cigarette électronique, on ne sait pas trop mais, a priori, c’est moins », déclare le pneumologue.  Les fumeurs invétérés, désespérés par les échecs à répétition dans leurs tentatives pour arrêter, n’ont pas attendu l’avis des pneumologues pour essayer cet appareil en forme de tube, inventé en 2005 en Chine et capable de délivrer des doses de nicotine supérieures à une vraie cigarette.

 L’un des leaders du marché en France Clopinette, dispose de 20 boutiques et prévoit 15 ouvertures d’ici avril en France,Italie et Espagne. « Sur un an, nous avons vendu plus de 100 000 coffrets et le double de flacons », indique Karin Warin, cofondatrice de la marque. Les raisons de l’engouement : « Le prix de la cigarette est élevé et les composants de la cigarette font peur aux consommateurs qui cherchent une alternative », explique-t-elle.

« En tant que médecin je ne peux pas la recommander »Les utilisateurs seraient un demi-million en France, d’après les fabricants. Mais difficile de connaître avec précision l’ampleur du phénomène : une bonne part des ventes se font sur Internet et auprès de fournisseurs étrangers. Dans les bureaux de tabac, les ventes d’e-cigarettes sont « encore modestes », mais « de nombreux buralistes en proposent et on sent que le produit s’installe », commente Pascal Montredon, président de la Confédération des buralistes, qui voudrait « une exclusivité » sur ce produit pour la profession.

Les pharmacies n’ont, elles, pas officiellement le droit d’en écouler, selon une mise en garde expresse de l’Agence du médicament (ANSM) qui recommande « de ne pas consommer ce produit » pouvant « induire une dépendance ».

Pourtant, beaucoup d’officines en vendent, s’indigne le Pr Dautzenberg, qui critique l’absence d’encadrement sur ce produit taxé à 19,6 % (80 % pour le tabac) qui risque de devenir un « produit d’initiation au tabac » pour les jeunes. Une enquête réalisée auprès de 3 400 collégiens et lycéens parisiens montre que 12 % des 15-16 ans l’ont déjà expérimentée (19 % pour les 17 ans), dont beaucoup n’avaient jamais fumé avant. Les médecins conviennent que la cigarette électronique est bien moins nocive que la vraie cigarette : la vapeur qu’elle produit, imitant la fumée, est composée de nicotine, arômes et propylène glycol, substance utilisée dans les boîtes de nuit pour faire de la fumée. « Aucune donnée ne fait penser qu’elle puisse arriver à la cheville de la cigarette en terme de toxicité », indique le Pr Dautzenberg. »

Une synthèse de la situation actuelle est disponible sur Le Monde du Tabac, le site de défense des buralistes et de l’industrie du tabac.

L’Agence du médicament « ne recommande pas « 

Il semble essentiel ici de donné la copie du communiqué de presse (daté du 30 mai 2011) de l’Afssaps devenue ANSM. Document exemplaire et symptomatique. Le voici :

 « L’Afssaps recommande de ne pas consommer de cigarette électronique. Depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics, la cigarette électronique s’est développée en tant  qu’alternative à la cigarette classique, dont elle revêt l’apparence. Selon leurs revendications ou leurs concentrations en nicotine, ces produits peuvent être considérés comme des médicaments ou des produits de consommation courante.

Aucune cigarette électronique ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché (AMM). Par ailleurs,  les cigarettes électroniques ne peuvent être vendues en pharmacie car elles ne figurent pas sur la liste des produits dont la délivrance y est autorisée.

La cigarette électronique reproduit la forme d’une cigarette classique. La partie « tabac » présente à son extrémité une diode simulant visuellement la combustion, et à l’autre extrémité une résistance qui plonge dans la partie « filtre ». Des flacons de « e-liquides » 1 permettent de recharger la cartouche usagée. Lors de l’aspiration, la solution présente dans la cartouche s’échauffe et la vapeur produite est inhalée par l’utilisateur. 

L’Afssaps a mené une évaluation pour déterminer le statut des cigarettes électroniques notamment selon l’objectif revendiqué et la concentration en nicotine contenue dans les cartouches. Les cigarettes électroniques et leurs recharges répondent à la règlementation du médicament lorsqu’elles répondent à au moins l’un des critères suivants :

– si elles revendiquent l’aide au sevrage tabagique ;

– ou que la quantité de nicotine contenue dans la cartouche est supérieure ou égale à 10 mg ;

– ou que la solution de recharge « e-liquide » a une concentration de nicotine supérieure ou égale à 20 mg/ml. 

Pour ces 3 situations, le dispositif électronique constituant la cigarette répond à la définition de dispositif médical et doit, à ce titre, disposer d’un marquage CE. A ce jour, aucun type de cigarette électronique ne dispose d’une AMM, aucun fabricant n’ayant déposé de demande en ce sens. Par ailleurs les cigarettes électroniques ne peuvent être vendues en pharmacie car elles ne figurent pas sur la liste des produits dont la délivrance y est autorisée.

Les cigarettes électroniques ou solutions de recharge qui ne rempliraient aucun de ces 3 critères sont considérées comme des produits de consommation courante A ce titre, elles doivent répondre à l’obligation générale de sécurité conformément aux dispositions du code de la consommation.

L’Afssaps rappelle aussi que la nicotine est classée substance « très dangereuse » par l’OMS et que la réglementation du médicament encadre l’utilisation de produits de substitution nicotinique avec une exposition à la nicotine limitée et contrôlée. Même lorsqu’ils sont limités à 2%, les e-liquides  peuvent contenir des quantités de nicotine susceptibles d’entraîner une exposition cutanée ou orale accidentelle, avec des effets indésirables graves, notamment chez les enfants.

Par ailleurs, comme pour la cigarette classique, consommer des cigarettes électroniques peut induire une dépendance, pour toute quantité de nicotine contenue dans les cartouches. L’usage de ce produit expose donc les utilisateurs qui n’étaient dépendants ni aux cigarettes, ni à la nicotine, à un risque de dépendance primaire.

L’Afssaps recommande donc de ne pas consommer ce type de produit.

1 Les solutions de « e-liquides » sont composées de propylène glycol ou de glycérol, de divers arômes et éventuellement de nicotine »

Résumons la situation qui prévaut en janvier 2013.

1 Les autorités sanitaires françaises « déconseillent » la cigarette électronique

2 Environ un demi-million de personnes y ont recours et le marché se développe.

3 Rien ne permet de dire que ce procédé de substitution au tabac est dangereux pour la santé mais rien ne permet d’affirmer le contraire. On ne dispose d’aucune donnée épidémiologique  de pharmaco-surveillance et de risques/bénéfices

4 Comment les autorités sanitaires peuvent-elles se borner à déconseiller ce procédé ? Soit il est nocif soit in ne l’est pas. Dans le premier cas il doit être interdit. Dans le second, au vue des dégâts considérables dus au tabagisme il doit être évalué et le cas échéant recommandé voire remboursé.

5 Que se passera-t-il lorsqu’une action en justice sera engagée par des victimes contre l’Etat ? Soit pour avoir laissé en vente un produit dont il sera établi qu’il était nocif. Soit pour ne pas avoir tout mis en œuvre pour briser le cercle d’une dépendance vis-à-vis d’un produit hautement toxique dont il a le monopole de la distribution et qui est massivement taxé.

2 réflexions sur “Cigarette électronique, scandale de santé publique ? On y est presque

  1. Ce qui me surprend le plus c’est que la plupart des articles que l’on lit sur la cigarette électronique ces jours-ci ne mettent pas en avant les études sérieuses pourtant parues dans des revues scientifiques comme cette étude scientifique du cardiologue K.Farsalinos présentée lors du Congrès de la société européenne de cardiologie, ou encore cette étude de l’impact de la cigarette électronique sur un cas clinique faite conjointement avec le toxicologue R.Giorgio.

    Plus globalement je vous suggère de lire ce blog sur la cigarette électronique qui est très bien fait et aborde des sujets assez variés.

    Mais la vraie question est pourquoi ce choix délibéré d’interroger plutôt des personnes du corps médical qui n’ont pas fait d’études précises sur le sujet mais on juste un avis sur la question ?

    Il serait vraiment bien de se recentrer sur une certaine objectivité scientifique et diffuser l’information issue d’études plus abouties. Certes, je suis entièrement d’accord il y a encore beaucoup de part d’ombre sur la cigarette électronique et bon nombre d’études devraient encore être menées, mais puisqu’il en existe tout de même certaines, autant les diffuser.

  2. Bonjour
    Merci pour vos précisions et pour votre souci de faire partager vos informations, notamment scientifiques. Il s’agit là d’un sujet sanitaire majeur.
    Bien cordialement
    JYN

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