Le bébé est mort « in utero », l’enquête ouverte est « exceptionnelle »

Que vient-il de se passer  à la maternité Port-Royal à Paris ? Nul ne le sait encore précisément mais l’émotion est là. Elle ne justifie pas tout mais elle autorise les prises de parole les plus diverses, renvoie à des souvenirs récents. Un symptôme de plus des anxiétés  et des angoisses collectives pour tout ce qui touche aux conditions de prise en charge des femmes enceintes  et aux dysfonctionnements des maternités 1.

C’est Le Parisien qui a révélé l’affaire. Aujourd’hui il titre « Décès d’un bébé à Port-Royal : enquête ouverte par le parquet ». Plus tôt c’était « Paris : un bébé meurt faute de place à la maternité Port-Royal ». Il est acquis que le parquet a ouvert une enquête préliminaire. Les investigations vont être confiées au pôle santé publique du tribunal de grande instance (TGI) de Paris. Le Huffington Post est plus précis « Une mère perd son bébé in utero et incrimine la maternité saturée ».

Dans tous les médias les informations sont les mêmes ou presque, qui sont synthétisées par l’Agence France Presse.  Une femme a perdu vendredi 1er février l’enfant qu’elle portait, mort in utero, faute de place, selon elle et son compagnon, à la maternité Port-Royal à Paris où elle devait accoucher. La ministre de la Santé Marisol Touraine a exprimé sa « très vive émotion. « J’ai demandé une enquête exceptionnelle, à la fois administrative et médicale, qui sera lancée dès lundi pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame, a indiqué Marisol Touraine à l’AFP. Je fais toute confiance à la direction générale de l’AP-HP et à sa commission médicale pour la mener à bien, alors que les équipes de l’hôpital sont légitimement très choquées. » Le directeur du groupe hospitalier Cochin-Port-Royal, Patrick Houssel, a estimé qu’il fallait pour l’heure rester « très prudent ». « Nous voulons savoir ce qui s’est passé. Nous avons la volonté de savoir, a-t-il déclaré. On va être très, très, prudent, il peut y avoir des causes médicales, il faut rester très prudent. »

Le couple devait se rendre le jeudi 31 janvier pour déclencher l’accouchement dans cette maternité parisienne. On leur  a finalement demandé de reporter le rendez-vous de quelques heures ; mais à leur arrivée il n’y avait plus de chambre libre, écrit en substance Le Parisien. Or, le couple affirme avoir informé la maternité sur le fait que le bébé ne bougeait pas beaucoup. A force d’insister, le couple est alors dirigé vers les urgences plusieurs heures après, mais constatant que l’hôpital est saturé, il demande, en vain, à être admis dans un autre établissement, et finit par rentrer chez lui. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le couple part aux urgences, où le personnel hospitalier ne peut que constater la mort in utero.

Parti Communiste et Front National

Une autopsie du fœtus doit être pratiquée et une enquête a été lancée, selon le patron de la maternité, Dominique Cabrol, cité par Le Parisien. Évoquant un événement « très triste », Dominique Cabrol reconnaît « une saturation totale » de la maternité le jour où l’accouchement devait être pratiqué. Mais l’examen de la patiente ce jour-là montrait un rythme « normal », souligne-t-il. « Rien ne laissait présager qu’il y avait un risque », affirme le praticien. « Il convient maintenant de déterminer pour quelles raisons cette femme a été renvoyée à son domicile, s’il y avait un manque de lits à Port-Royal et pourquoi la patiente n’a pas été transférée dans une autre maternité », dit l’AP-HP. Les premiers éléments « de compréhension » sont attendus pour lundi en fin de journée.

La maternité Port-Royal est réputée à l’échelon national et international pour la prise en charge de la prématurité, des grossesses gémellaires et de toutes les grandes pathologies maternelles. Près de 6.000 naissances peuvent être assurées dans ses locaux modernes et flambant neufs, selon la maternité qui a rouvert ses portes en février 2012 après des mois de travaux.

L’affaire a aussitôt suscité des prises de parole de responsables politiques. « Cet évènement nous renvoie aux conséquences désastreuses des suppressions de postes massives et des restructurations en rafale que l’AP-HP a subies ces dernières années, a notamment déclaré Ian Brossat, président du groupe PCF-PG au Conseil de Paris. « Les syndicats de personnels dénoncent sans relâche, depuis des années, la baisse de la qualité des soins faute de moyens nécessaires. J’invite Mme Touraine, dès maintenant et sans attendre, à décider d’un moratoire sur les suppressions de postes et les restructurations, alors même que 150 millions d’économies supplémentaires sont prévues en 2013 dans le budget de l’AP-HP.»  Pour Florian Philippot, vice-président du Front national, « en arrière-plan de ce drame, ressurgit l’inquiétante question des moyens hospitaliers  (…) En milieu rural, des maternités et des services hospitaliers continuent de disparaître, provoquant parfois des drames comme en octobre dernier dans le Lot, suite à la fermeture en 2009 de la maternité de Figeac.»

De fait tous les médias rappellent l’affaire de Figeac qui avait suscité l’émotion générale et conduit le président François Hollande à prendre la parole et rappelé ses engagements 2. Aujourd’hui les premiers commentaires et analyses convergent : on a fermé les petites maternités et les grosses sont surchargées. C’est sans doute un peu plus complexe mais c’est désormais la lecture dominante faite à l’échelon national. Chaque dysfonctionnement hospitalier joue comme une caisse de résonance de l’angoisse collective. Les responsables politiques réagissent dans l’instant, disent leur émotion; le cas échéant ils rappellent leurs engagements. Les médias rapportent les faits et amplifient le phénomène. Et demain ?

1 Dernières informations disponibles

(4 février). Elles sont  publiées par Le Figaro.

 « Contrairement à ce qui a pu être dit, la jeune femme suivie à la maternité de Port-Royal ne rentrait pas, semble-t-il dans le cadre des grossesses à risque. Le déclenchement de l’accouchement avait été prévu jeudi 31 janvier au matin pour convenance personnelle, et non pas en raison d’un risque précis, écrit Martine Perez. C’est la jeune femme qui aurait choisi que l’accouchement soit provoqué, alors que les accoucheurs de Port-Royal préfèrent en général attendre le déclenchement spontané pour les futures mères, en l’absence de pathologies spécifiques. Avant de la laisser repartir chez elle, jeudi après-midi, après avoir reprogrammé l’accouchement pour le lendemain, c’est-à-dire pour le vendredi 1er février, la jeune femme avait bénéficié d’un enregistrement du rythme cardiaque fœtal dans de bonnes conditions. Ce rythme était normal, ne présentait aucune anomalie, ni accélération ni ralentissement, qui aurait signé une souffrance fœtale.

Certes, la patiente avait le sentiment que le bébé bougeait peu, mais, en toute fin de grossesse, il remue en général de manière moins perceptible, du fait d’un espace restreint. Selon un des soignants de l’hôpital, s’il y avait eu le moindre signe de gravité ou évoquant une menace de mort in utero, il aurait toujours été possible de pratiquer une césarienne en urgence, même si le service était surchargé. Par ailleurs, si la sage-femme qui a examiné la patiente jeudi après-midi avait disposé d’éléments objectifs indiquant qu’il était urgent de déclencher l’accouchement, il y avait aussi la possibilité de la transférer dans une autre maternité parisienne. Lorsque la jeune femme est revenue dans la nuit de jeudi à vendredi, parce qu’elle ne sentait plus le bébé bouger du tout, l’enfant était mort-né. L’enquête devrait permettre de comprendre ce qui s’est passé. Pour l’instant, les causes de ce décès in utero ne sont pas claires. Il n’y a pas à l’examen de l’enfant de malformations évidentes, de problèmes de cordon ou d’infections franches. Les résultats de l’autopsie donneront peut-être d’autres pistes. Si l’affaire a pris une telle ampleur, c’est aussi semble-t-il du fait d’une mauvaise communication entre l’équipe médicale et la famille. »

Confirmés ces éléments éclaireraient d’un jour nouveau l’affaire et poseraient –une nouvelle fois- les raisons d’une hyper-réactivité médiatique des plus hautes autorités sanitaires.

(5 février) : 

Les effectifs étaient au complet et la disponibilité des lits et des salles permettaient de recevoir les urgences. Les premiers éléments de l’enquête menée par l’AP-HP écartent l’hypothèse d’une saturation de la maternité de Cochin Port-Royal, à Paris. Dans un communiqué de presse, l’AP-HP précise que l’examen de la mère du bébé n’avait pas conduit à la décision de la prendre en charge en urgence.

La maternité de Port-Royal pourrait avoir à s’expliquer dans une autre affaire. L’avocate d’une jeune femme, dont le bébé était mort in uterodans cet établissement à Paris en 2011, a annoncé lundi à l’AFP le dépôt « dans les jours qui viennent » d’une nouvelle plainte pour « homicide involontaire ». La patiente pointe un service dépassé par les évènements: « J’ai eu l’impression que tout le monde était débordé, ça courait dans tous les sens. Tout est à la chaîne », témoigne-t-elle dans le quotidien Libération de ce jour.

 2 Clôturant le 20 octobre 2012 à Nice le congrès de la Mutualité française, François Hollande traitant d’un fait divers (également très médiatisé et qui avait également ému l’opinion)  avait rappelé l’un de ses engagements de campagne: «aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d’urgence». L’affaire de Port-Royal  tend à démontrer que le temps n’est pas seul à compter. Les soins doivent aussi pouvoir être dispensés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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