Pilules : enfer sur ordonnance et bouche cousue sur le tabac

L’affaire est loin d’être close. L’ANSM annonce vouloir modifier les règles de prescription des pilules des dernières générations. « Consternée »  CSMF dénonce une « absurdité » et refuse d’obéir. L’Académie de médecine prend position. Les blogueurs commentent souvent de manière virulente. Pendant la polémique on oublie la menace majeure que constitue le tabagisme. Incompréhensible.

 Face à la montée des inquiétudes, l’Agence nationale de sécurité du médicament (Ansm) va demander aux prescripteurs de notifier sur l’ordonnance de pilules contraceptives de nouvelles générations   qu’ils ont bien indiqué les risques encourus à leur patiente. L’affaire est notamment exposée sur le site http://www.egora.fr/ « Pour tenter de rassurer les utilisatrices de pilules contraceptives, l’Ansm a pris deux décisions. A partir de la fin mars, le médecin prescripteur d’une pilule de nouvelle génération ou la sage-femme, devront obligatoirement notifier de manière manuscrite sur l’ordonnance que leur patiente a été informée des risques potentiels de thrombose qu’elle encourait. C’est à cette condition que le pharmacien pourra délivrer le médicament » peut-o lire sur ce site En juin 2013, toutes les boîtes de pilules de nouvelles générations devront contenir, en plus de la notice, une fiche explicative. »

Multiplier à l’infini les formulaires de consentement

Ces initiatives prises sans exposé des motifs ont aussitôt suscité l’ire de la CSMF qui « a pris connaissance avec consternation des décisions des pouvoirs publics et de l’ANSM ».  Rappelons la mesure : désormais, la délivrance de ces pilules sera conditionnée à la confirmation écrite que le médecin prescripteur a bien vérifié que l’état de santé de sa patiente était bien compatible avec ce type de contraceptifs oraux.

La CSMF s’élève « contre l’absurdité d’une telle mesure, qui rend aujourd’hui plus facile de prescrire des produits opiacés qu’un contraceptif ». Elle « dénonce une mesure qui ajoute des complications administratives inacceptables, au seul motif que l’ANSM ne prend pas ses responsabilités dans ce dossier et se construit des alibis, sans mesurer qu’elle porte gravement atteinte à la relation médecin / patient en institutionnalisant la méfiance ». La CSMF « rappelle à l’ANSM qu’en application des règles les plus élémentaires de prescription, le médecin s’assure des antécédents de son patient, de ses allergies et prescrit ce qui correspond le mieux à l’état de santé de celui-ci. C’est évidemment le cas pour les contraceptifs oraux, comme c’est le cas pour tous les autres produits dont les antibiotiques, les chimiothérapies ou l’aspirine ».

Plus grave : « les confirmations écrites exigées par l’ANSM constituent une remise en cause profonde de la prescription en général. S’engager dans cette voie aujourd’hui, conduira, demain, les médecins, ou leurs assureurs, à demander aux patients de signer des formulaires de consentement éclairé pour chaque prescription, et après-demain un juriste ou un avocat tiendra le stylo de chaque prescripteur ». En pratique la CSMF refuse d’entrer dans ce « cycle infernal » et regrette que les pouvoirs publics et les agences de santé « cèdent à la panique » et cherchent avant tout à se protéger. Et, enfin, demande au gouvernement de ne pas faire supporter aux médecins libéraux le poids de ses « contradictions ».

Inverser la charge de la mention manuscrite

Cette mesure coïncide avec celle annoncée au beau milieu de la crise par Marisol Touraine, ministre de la Santé de ne plus rembourser les pilules de 3ème génération qui l’étaient jusqu’alors. L’ANSM s’engage-t-elle là dans  une politique ouvertement destinée à freiner drastiquement la consommation des contraceptions oestroprogestatives de 3è et 4è générations, jugée excessive en France ? Est-il logique de peser sur les prescriptions via le non remboursement et ce qui sera immanquablement perçu de nouvelles contraintes ? Le Quotidien du médecin précise que ce nouveau format de délivrance est actuellement soumis pour validation aux firmes pharmaceutiques, ce que la réglementation nomme période contradictoire. Comme toujours les firmes font silence.

« Nouvelle mention manuscrite sur les prescriptions de pilules de 3ème et 4ème génération : une mesure intéressante, mais perfectible » fait valoir Dominique Dupagne sur son blog www.atoute.org où il lance une pétition. Objectif : que l’ANSM se rende compte rapidement de son erreur et inverse la charge cette mention manuscrite. « Le principe d’une information de la patiente et de la traçabilité de cette information est bon, mais la méthode est mauvaise, fait-il valoir. En effet, ce n’est pas au médecin d’écrire qu’il a bien informé la patiente, c’est à la patiente d’écrire qu’elle a bien été informée par le médecin. Seule la patiente peut réellement attester de la réalité et de la qualité de cette information. Cette procédure est à la fois bien plus fiable, bien plus impliquante (et donc pédagogique) pour la patiente et bien plus simple pour le médecin. » Le Dr Dupagne recueille aussi les signatures de celles et ceux qui « trouvent aussi idiot de faire écrire le médecin que la patiente ».

Pourquoi oublier le risque majeur du tabac ?

 Dernière voix dans ce chapitre : l’Académie de médecine qui vient de publier un communiqué sur le thème « contraception et risque vasculaire » et signé  de Philippe Bouchard, Alfred Spira, Yves Ville, Jacqueline Conard et Régine Sitruk-Ware. On y retrouve une série de dix recommandations de bon sens, la première étant  « l’éducation des médecins et des autres acteurs de la contraception, et information écrite des femmes vis à vis des risques thrombotiques, et de la façon de les reconnaitre ». Dans l’immédiat, les méthodes contraceptives existantes doivent toutes rester disponibles, en harmonie avec les décisions européennes, sous stricte surveillance, avec un renforcement du dépistage des facteurs de risque, et, une information des femmes. C’est là une des retombées majeures de la crise française. C’est seulement à ce prix que la maitrise de la contraception, et la qualité de vie des femmes resteront satisfaisantes et, permettront de diminuer encore le nombre de grossesses non désirées.

Comment comprendre que dans ce concert on ait une fois encore oublié de saisir cette opportunité pour mettre en lumière le risque majeur que constitue la consommation conjointe de tabac, toutes pilules confondues ? C’est là un gâchis majeur que rien ne justifie et qui ne parvient pas décidemment pas à mobiliser.  Sauf à imaginer que l’arrêt du tabac est –aux yeux es autorités sanitaires de la seule responsabilité de la femme. Que cette dernière  est ici pleinement responsable et qu’elle sera, le cas échéant, la coupable. On connaît de meilleures politiques de santé publique.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s