« Fin de vie » : remettre en urgence les points sur quelques I.

La « fin de la vie » n’est pas l’« arrêt de la vie ». C’est un petit rappel solennel  que vient de faire l’Académie de médecine à l’Ordre des médecins. En toute confraternité.  Qui nous dira la différence entre sédation terminale et injection létale ? Entre compassion et assassinat ?

France Culture devrait réinviter Pierre Joxe. Ce grand commis de l’Etat a fait il y a peu une sortie remarquée sur la fin de vie et la « sédation terminale » . L’affaire rebondit aujourd’hui 28 février avec la prise de position de l’Académie nationale de médecine. Prise de position coutre et solennelle. C’est qu’on ne joue pas sans danger avec certains mots. Comme celui de « sédation » quand il est associé au qualificatif « terminal ».

Rue Bonaparte, siège académique, on a « pris connaissance » comme tout un chacun du texte adopté par le Conseil national de l’Ordre des médecins le 9 février 2013. Intitulé « Fin de vie, Assistance à mourir » il a été rendu public le 14 février. L’Académie 1 se dit « préoccupée d’y observer un glissement sémantique » qui crée une confusion regrettable sur un sujet aussi sensible que celui de « la fin de vie ».

Elle rappelle que ce texte (en écho à la conclusion du rapport du Pr Didier Sicard) fait état du recours à une sédation terminale. « Le but de la sédation n’est plus seulement, comme le recommandait la loi Leonetti, de soulager et d’accompagner le patient, parvenu au terme de sa vie, plaçant le médecin dans son rôle d’accompagnement, conforme à l’humanisme médical, quand bien même cette sédation puissante  précipiterait sa fin, souligne l’Académie. Dès lors que l’on parle de   sédation  terminale , le but n’est plus de soulager et d’accompagner le patient, mais de lui donner la mort. »

De la sédation terminale et de l’injection létale

 Et l’Académie de révéler qu’elle est désormais (fort opportunément) rompue à l’exercice (souvent ingrat) de la revue de presse. « D’ailleurs, le pas a été vite franchi par les médias, puisque les journaux ont parlé aussitôt de l’aide à mourir (Le Monde, du 14 février 2013) et du virage des médecins (La Croix du 15 février 2013). Soit en d’autres termes, un pas vers l’euthanasie. Est-ce si faux ? Quelle différence entre la « sédation terminale » et  l’ « injection létale » ?

L’Académie rappelle solennellement sa position, réitérée dans le document qu’elle avait tenu à remettre au Pr Sicard le 20 novembre 2012, avant la publication de sa « Réflexion publique des citoyens sur l’accompagnement des personnes en fin de vie ». On trouvera ce document ici. Il fait précisément la part entre « fin  de vie » et « arrêt de vie » et souligne que le terme « fin de vie » lui-même, recouvre des situations bien distinctes. Pour l’Académie « la Loi Leonetti, et les textes réglementaires qui l’accompagnent permettent aujourd’hui aux médecins de répondre aux situations difficiles de fin de vie – et ce  en dépit de leur complexité ». A l’inverse l’arrêt de vie (aide à mourir en réponse à une demande volontaire à mourir, alors que la vie en elle-même n’est ni irrémédiablement parvenue à son terme, ni immédiatement menacée), ne peut être assimilé à un acte médical.

On ne saurait jouer avec la langue française. Au-delà de l’aspect sémantique, l’Académie de médecine invite l’Ordre « à la rigueur dans l’emploi des mots et des formules, tout écart en ce domaine étant susceptible d’interprétations tendancieuses, au risque de dénaturer les termes d’une loi toujours en vigueur et qu’elle entend défendre ».  On peut encore le sire autrement : « une sédation importante peut certes accélérer la fin de vie, mais la « sédation terminale » ne paraît à l’Académie pas un terme approprié, « car il sous-entend que le but recherché n’est pas le soulagement des douleurs  mais la mort du malade ». Et Dieu sait si le sous-entendu peut ici être source de malentendu. Dieu n’est d’ailleurs pas seul dans l’aventure : « L’aide à mourir (autrement dit l’euthanasie) est contraire à la vocation du médecin et au serment d’Hippocrate ».

France Culture devrait réinviter Pierre Joxe. Mais aussi des linguistes. Sans doute pas de politiques. Et, sur le pré radiophonique, deux médecins : un de l’Ordre et un de l’Académie.

1 Le texte de l’Académie de médecine est signé de Denys Pellerin et de Jean-Roger Le Gall

 

 

 

 

Une réflexion sur “« Fin de vie » : remettre en urgence les points sur quelques I.

  1. Je suis en accord avec les réticences de l’Académie. Il y a la fin de vie naturelle, et la fin de vie artificielle.
    En français : la mort naturelle et la mort provoquée. Soit nous poussons la seringue pour soulager, soit nous y plaçons une dose pour tuer.
    Pour moi c’est binaire, il y a l’ombre et la lumière, et pas de zone grise.

    Et merci d’évoquer Dieu, c’est peu commun dans ce débat.

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