« Exclusif » : La première mère porteuse française n’est pas un monstre (rectificatif).

9 mars 2013 : Le Parisien/Aujourd’hui en France publie le premier témoignage (accompagné d’une vidéo) d’une femme française affirmant qu’elle a loué son utérus pour 5000 euros. Elle a donné naissance et abandonné l’enfant (son enfant?) en Belgique. Et elle annonce qu’elle va recommencer. Que vont faire la justice et la police ?

11 mars 2013: Le Parisien révèle 1 que cette femme avait menti. Ou fabulé 1. 

 « Je n’ai pas honte d’être une mère porteuse ». Hier, 8 mars, les responsables de la rédaction du Parisien/Aujourd’hui en France avaient, pour leur Une, le choix entre la vie et la mort. Ils ont choisi la mort : « Suicides sur Internet : comment les prévenir ». Ils avaient pourtant une exclusivité ; une exclusivité qui aurait parfaitement coïncidé, à 24 heures près, avec la Journée internationale de la femme : le premier témoignage à visage découvert d’une femme française affirmant qu’elle a loué son utérus en 2011 (pour 5000 euros frais compris). Raphaella, 24 ans, mère de deux garçons âgés de trois et cinq ans assure qu’elle recommencera dès que possible. Elle a donné naissance en Belgique a une petite fille qu’elle na pas prise dans ses bras. L’enfant avait été conçu avec l’un de ses ovocytes. Cette jeune mère célibataire élève seule ses deux enfants. Elle bénéficie du RSA pour parents isolés : 900 euros mensuels. Son loyer est pris en charge par l’aide au logement. Elle vit dans l’agglomération de Calais « et ne se plaint de rien ». Elle « repousse à plus tard son rêve d’emmener un jour ses deux fils à Venise ».

Que vont dire les intellectuels ?

La pratique des mères porteuses est interdite en France au nom du « principe d’indisponibilité du corps humain ». Raphaella explique que « porter un enfant pour les autres donne un sens à sa vie ». « Si nous n’aidons pas les couples stériles, qui le fera ? » demande-t-elle. Est-ce une nourrice moderne ? Que vont faire la police et la justice ? Raphaella est-elle esclave des conditions socio-économiques dans lesquelles elle vit ? Exprime-t-elle au contraire un choix « libre et éclairé » ? Qui peut en décider ? Que dira le Comité consultatif national d’éthique qui vient précisément d’être saisi de ces questions par le président de la République ? Qui va publiquement s’exprimer parmi les intellectuel(le)s de gauche qui s’opposent avec une violence extrême sur le sujet comme en témoigne de manière exemplaire les documents de la Fondation progressiste Terra Nova ?

Le projet de loi sur le mariage pour tous commencera à être examiné le 2 avril par le Sénat. Celui sur l’assistance médicale à la procréation des couples composés de deux hommes ou de deux femmes devrait l’être avant la fin de l’année. La controverse est relancée.

On peut lire l’article du Parisien/Aujourd’hui en France (et voir la vidéo) ici-même.

Un reportage juste signé Séverine Cazes, envoyé spéciale à Calais. Une démonstration exemplaire de la puissance que peut avoir la presse qui demeure écrite, imprimée avec de l’encre sur du papier ou, sans encre, sur des écrans. Et une vidéo à bien des égards remarquable. Un document qui, en toute justice, devrait faire date.

« Le projet de loi sur le mariage pour tous, qui sera examiné au Sénat à partir du 2 avril, a provoqué de nombreux débats, notamment sur la délicate et complexe question de la gestation pour autrui (GPA). Pour la première fois, une mère porteuse française sort de la clandestinité et raconte pourquoi elle a décidé de venir en aide aux couples stériles. 

Avec ce que cela comporte de joie et de douleur.

« Je ne suis pas un monstre », dit Raphaella, 24 ans, de sa voix douce mais avec une détermination farouche dans le regard. « Oui, j’ai été mère porteuse une première fois. Je sais que c’est illégal, mais je n’ai pas honte », poursuit cette habitante de Calais (Pas-de-Calais), mère de deux petits garçons (âgés de 3 et 5 ans) qu’elle élève seule. En juillet 2011, elle a donné naissance, en Belgique, à une petite fille. Un bébé de 3,350 kg, « en pleine santé », qu’elle n’a pas pris dans les bras après l’accouchement, la remettant immédiatement à ses parents d’intention. Aujourd’hui, Raphaella n’a aucun contact avec cette enfant. Elle ignore même jusqu’à son prénom. Aucun lien, si ce n’est qu’elle a porté cette petite fille issue de l’un de ses ovules pendant neuf mois…

Inconscience? Détresse économique? Pourquoi Raphaella s’est-elle lancée dans une telle aventure ? « L’histoire de ce couple m’a profondément émue. La femme était enceinte lorsqu’elle a perdu son bébé et son utérus dans un accident de voiture. Ce couple ne pouvait plus avoir d’enfant alors je l’ai fait pour eux », explique très simplement la jeune femme, mettant en avant une démarche uniquement altruiste. Et de faire sienne la cause de la légalisation de la GPA : « Si nous [les mères porteuses] n’aidons pas les couples stériles, qui le fera? » En France, où cette pratique est strictement interdite, seuls les parents commanditaires et les intermédiaires risquent une peine de six mois à un an de prison et jusqu’à 15 000 € d’amende. Mais rien n’indique que si les tribunaux devaient un jour se prononcer la mère porteuse ne serait pas inquiétée.

Insistant pour être la première mère porteuse clandestine à témoigner à visage découvert, Raphaella a conscience des risques qu’elle encourt. Mais la jeune femme n’en a cure, elle a trouvé sa cause et aussi une raison d’être. Porter un enfant pour les autres semble donner un sens à sa vie. Alors tant pis pour le qu’en-dira-t-on. Raphaella a déjà essuyé de la part de certains de ses proches des nombreuses condamnations sans appel, certains n’hésitant pas à voir en elle une fille pauvre du Nord qui fait cela « pour l’argent », une illuminée mystique se prenant pour une sainte alors que la médecine n’arrive pas à rendre d’autres femmes « enceintes », ou même une « poule pondeuse » qui fait… des enfants!

A l’inverse, sa mère et sa sœur la soutiennent. Raphaella se considère comme une « nourrice prénatale », affirme n’être manipulée par personne et ne revendique qu’une rétribution d’ordre symbolique, lorsqu’elle a vu « s’allumer » le visage des parents « malheureux » pour qui elle a porté un enfant.

« Sur Internet, certaines femmes proposent leurs services pour 15 000 €, 20 000 € et jusqu’à 50 000 €. Cela me semble trop. Moi, je le fais pour aider », argumente Raphaella, qui a reçu 5 000 €, pour, selon elle, le remboursement des frais médicaux (échographies, insémination artificielle dans une clinique en Espagne, etc.) engagés lors de sa grossesse en 2011. Pourtant, de l’argent, oui, cette jeune mère célibataire en aurait besoin. Elevant seule ses deux fils et sans travail, elle bénéficie du RSA pour parents isolés : environ 900 € par mois. Certes, son loyer est pris en charge par l’aide au logement (APL), mais cela ne suffit pas pour s’acquitter des coûteux frais dentaires dont elle aurait besoin. Etonnament, Raphaella ne se plaint de rien. « Il reste toujours un peu d’argent à la fin du mois », dit-elle. Menant une vie extrêmement modeste, circonscrite à l’agglomération de Calais et à ses environs, elle repousse à plus tard son rêve d’emmener un jour ses deux fils à Venise. Quant à reprendre ses études, interrompues en classe de terminale lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte de son premier enfant, à 18 ans, l’idée ne la tente pas pour l’instant.

Le plus clair de son temps, Raphaella le consacre actuellement à répondre aux couples en recherche d’une mère porteuse qui la contactent grâce à Internet. Depuis un mois que son annonce est en ligne sur des forums consacrés à l’infertilité, une quinzaine de couples se sont manifestés. Lorsque ceux-ci ont l’air sérieux, elle s’entretient avec eux par téléphone puis les invite à Calais pour les rencontrer. A un jeune ménage de 26 et 27 ans, qui essayait depuis un an à peine d’avoir un enfant, elle a répondu qu’il fallait « essayer encore et attendre un peu ». Avec un autre plus âgé et s’étant déjà fait « arnaquer » par une fausse mère porteuse, elle a engagé des discussions plus poussées. Ses conditions? Une rétribution de 5 000 €, ne pas connaître le prénom de l’enfant à naître et que les parents commanditaires ne révèlent jamais son identité. Une manière de se protéger psychologiquement? Sans doute, car après son accouchement en Belgique, Raphaella a ressenti « un pincement au cœur ». « J’étais triste de ne plus sentir le bébé bouger dans mon ventre. En rentrant chez moi, je me suis mise à pleurer », se souvient-elle. A son fils aîné qui ne comprenait pas pourquoi sa maman n’était pas revenue avec un nouveau-né à la maison, elle a expliqué que le Père Noël lui avait mis « un cadeau dans le ventre, mais qu’il s’était trompé de personne ». Elle avait donc tout simplement « rendu ce cadeau » aux bons destinataires. De là à dire qu’il s’agit d’un geste facile à oublier, pas sûr…

Le 12 juillet dernier, un an après avoir mis au monde cette petite fille qu’elle ne rencontrera jamais, Raphaella a cuisiné un gâteau. Ravis, ses deux fils l’ont mangé sans se douter qu’ils fêtaient ainsi l’anniversaire d’une petite sœur qu’ils ne connaissaient pas. »

 

1 Le correctif du Parisien en date du 11 mars.

« Samedi dernier, le 9 mars 2013, nous avons publié le témoignage d’une jeune habitante de Calais de 24 ans qui affirmait avoir été mère porteuse en 2011 pour aider un couple de Français ne pouvant plus avoir d’enfant. Après de plus amples vérifications auprès de ses proches, et notamment sa mère que nous avons jointe par téléphone ce lundi après-midi, il s’avère que cette jeune femme, Raphaella, a inventé cette histoire de toutes pièces, dissimulant une situation parentale en réalité très compliquée.

 Ses deux garçons et une petite fille, née en 2011, auraient en effet été confiés aux services de protection de l’enfance.

«Ma fille est une mythomane qui croit à ses mensonges», nous a dit par téléphone la mère de Raphaella, qui explique avoir, pour cette raison, «coupé les ponts avec [sa] fille depuis avril 2011». «Ma fille ment tellement qu’elle cause énormément de dégâts autour d’elle, sans le vouloir», ajoute sa mère. Et de conclure : «Ma fille déménage tellement souvent que les services sociaux n’arrivent pas à la suivre».

Usant des possibilités d’Internet pour construire son scénario, Raphaella avait posté une annonce proposant ses pseudo services de mère porteuse, notamment sur le site aufeminin.com. La gestation pour autrui (GPA) étant une pratique illégale en France, des annonces de ce type fleurissent sur Internet. Ayant visiblement écumé tous les sites consacrés à la stérilité et à la GPA, Raphaella avait bâti un faux témoignage comportant de très nombreux détails, ce qui a abusé notre vigilance, ainsi que celle d’autres médias lui ayant également donné la parole ».

Dont acte. Les questions soulevées à cette occasion demeurent, elles, pleinement d’actualité. Et la vidéo qui accompagnait l’article n’en est que plus intéressante.
Notre souci étant d’informer avec exactitude nos lecteurs, nous tenons ici à apporter ces rectifications qui rétablissent la vérité.

 

LeParisien.fr

 

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