Virus H7N9 : les démangeaisons libérales du Figaro

Faudra-t-il un jour prochain alerter la population française du risque de pandémie associé au nouveau virus aviaire H7N9 aujourd’hui émergent en Chine ? Fort bien informé Le Figaro s’inquiète ici du grand silence du ministère de la Santé. Que n’auraient pas dit ses informateurs zélés si le même ministère avait déjà appelé les médecins et la population à la plus grande vigilance ? Gouverner c’est certes prévoir. Mais prévoir  n’est pas tambouriner 

 « Grippe chinoise : le silence du ministère ». C’est le titre d’un article du Figaro de ce jour, article que l’on pourra lire in extenso ici. L’auteure y souligne que « les autorités de santé ont fait le choix de ne pas communiquer vers le grand public. » Elle indique notamment qu’en fin de semaine dernière, quelque 6 500 médecins ont reçu une mise en garde intitulée: «Alerte sanitaire. Recommandation de prise en charge des cas suspects de grippe A H7N9». Cette mise en garde était, dit Le Figaro, signée du Syndicat des médecins libéraux (SML). Le SML « deuxième syndicat de médecins en France », écrit à ses adhérents: «Même si de nombreuses inconnues persistent, les formes cliniques observées ce jour en Chine sont graves dans plus de 90 % des cas (…). Une hospitalisation en urgence après appel au Samu Centre 15 est recommandé devant toute personne ayant voyagé ou séjourné en Chine et qui, au cours des dix jours après son retour, présente des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë.»

L’extrême vigilance du syndicat libéral

Et Le Figaro ce citer un médecin parisien (anonyme) qui a reçu cet e-mail et qui s’étonne: « C’est fou de voir que c’est un syndicat qui nous informe d’une alerte sanitaire et pas les autorités compétentes ! » Interrogé – toujours par Le Figaro –  le Dr Roger Rua, président du SML, explique avoir voulu faire une «campagne préventive» pour les médecins, en amont, avant que le ministère et le directeur général de la Santé (DGS) ne mènent eux une information destinée au grand public. «Le DGS m’a prévenu il y a une dizaine de jours de la situation en Chine. Nous voulions faire circuler l’information chez les professionnels, mais ne pas affoler les gens.» Jean-Yves Grall, le DGS, assure en effet avoir alerté les médecins, hôpitaux, Samu, aéroports, etc.: «Nous avons sensibilisé l’ensemble des professionnels qui pourraient être confrontés à des cas de H7N9. C’est un sujet surveillé de près. Notre vigilance est extrême.»

Les réfrigérateurs des cabinets

« En revanche, rien pour le grand public, que ce soit en termes de spots radio-télé ou de campagne dans la presse écrite, observe Le Figaro. La crise du H1N a laissé des traces dans les relations entre médecins libéraux et autorités de santé, les premiers reprochant au ministère d’avoir découvert les détails de son plan grippal dans la presse. L’été 2009, la ministre de la Santé avait annoncé un plan de vaccination mais en excluant les médecins de ville au motif que le mode de conditionnement des vaccins rendait leur conservation difficile. ‘’Nous avons des réfrigérateurs dans nos cabinets’’, avaient répondu en substance les praticiens. Le ministère avait finalement décidé de les inclure dans la vaccination, désengorgeant ainsi les gymnases bondés de patients. Pour ne pas affoler la population via ‘’les gros titres du 20 heures’’, c’est donc une communication a minima qui a été choisie en ce qui concerne la grippe chinoise. Paul, un trentenaire parisien parti en vacances en Chine il y a une semaine, confirme: ‘’Avant de partir, on ne nous a rien dit. Rien du tout.’’ »

Tancer les autorités ?

Mais encore ? Le SML pense-t-il véritablement devoir pallier les insuffisances supposées de la DGS ? A partir de quel degré d’urgence les autorités sanitaires doivent-elles sonner le tocsin et alerter la population « via les gros titres du 20 heures (ou la Une du Figaro ? 1 ). Les risques d’une alerte trop précoce (et la psychose collective  pouvant en résulter) ne sont-ils pas supérieurs aux bénéfices préventifs pouvant en résulter ? Quel doit être ici le rôle des médias d’information générale ? Doit-il être de tancer à titre préventif les autorités sanitaires sur la base d’une action syndicale ?

Ces questions ne sont certes pas nouvelles et les épisodes récents du H5N1 puis (plus encore) du H1N1 ont montré à quel point l’adéquation entre la réalité épidémique à venir et la juste mobilisation des professionnels et de la population peut être un exercice difficile, parfois chaotique, et dispendieux. Mais ces épisodes ont aussi permis d’apprendre et de rôder les mécanismes ; de huiler les rouages de l’articulation entre le savoir d’épidémiologie virologique et les décisions géostratégiques de politique sanitaire. Les informations documentées, vérifiées et, autant que faire se peut, hiérarchisées circulent désormais à une vitesse sans précédent.

En témoignent les dernières publications scientifiques du Lancet et du New England Journal of Medicine que nous avons rapportées il y a peu sur ce blog et sur le site Slate.fr. On peut en conclure que les autorités sanitaires nationales et internationales sauront réagir en temps et en heure. C’est sans doute à cette aune qu’il faut mesurer les inquiétudes du SML et  les échos libéraux que peut leur donner Le Figaro. Pour sa part dans son édition datée de demain 7 mai Libération observe que le  ministère de la Santé fait « motus », ne donne pas  de consignes  » y compris pour les voyageurs ». « Depuis quelques jours, pourtant, on sent une légère poussée d’inquiétude rue de Grenelle mais aussi au siège de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève, autour de ce nouveau virus H7N9 qui sévit surtout en Chine » croit pouvoir préciser le quotidien.

1 On observera incidemment que rien n’interdit aujourd’hui à un média d’alerter s’il le juge nécessaire les professionnels de santé et l’ensemble de la population de la menace potentielle inhérente au H7N9. L’hypothèse peut en effet être raisonnablement posée que  les rédactions des différents médias possèdent désormais peu ou prou les mêmes informations que la Direction générale de la santé en particulier, le gouvernement en général.

De ce point de vue on se doit d’observer la situation est radicalement différente de celle qui, par exemple, prévalait durant les premiers jours de la canicule de 2003 (lorsque la préfecture de police de Paris et le cabinet du ministre de l’Intérieur d’alors disposaient des relevés quotidiens alarmants de mortalité de la Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris). Différente également de celle qui prévalait il y a trente ans lorsque le ministère de la justice prenait la décision de faciliter les collectes de sang en milieu carcéral; et ce alors même que les premières données épidémiologiques disponibles  laissaient redouter que la prévalence du LAV/VIH  dans la population carcérale ne constitue, précisément, une contre-indication absolue à cette pratique.

 

 

 

 

 

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