Pas de panique : le cas du corona

Médiatiquement, ne pas « trop en faire ». Mais plus encore ne pas être suspecté de ne pas « en faire assez ». Les autorités sanitaires françaises sont une nouvelle fois confrontées à ce dilemme qui caractérise désormais toute gestion de crise.  Aujourd’hui il s’agit de celle née de la découverte d’un nouveau coronavirus sur le sol français. Elle pose, sous une forme nouvelle, la même équation à inconnues multiples. Pour l’heure les observateurs convergent : le cap est tenu. Les difficultés, généralement, surviennent après.

« La situation a-t-elle été bien gérée ? » demande Le Journal du Dimanche (du 12 mai). Qui répond aussitôt : « Jusqu’ici, la situation semble sous contrôle ». Une appréciation qui a sans doute été appréciée dans l’entourage de Marisol Touraine. La ministre de la Santé est sur le pont depuis l’Ascension et la confirmation du premier cas d’infection par le coronavirus sur le sol français. Le même 12 mais le 20 heures de TF1 avait choisi de dramatiser la situation. Avec une mise en abyme assez classique. Un « envoyé spécial devant le ministère de la santé » (avenue de Ségur, Paris 7ème arrondissement) égrenait gravement les initiatives prises par la ministre ces derniers jours (deux conférences de presse etc.) pour mieux illustrer la gravité de la situation.

Ainsi ce sont moins les faits épidémiques eux-mêmes que l’action des autorités sanitaires pour les endiguer qui, ici, fait sens. C’est dire si ces mêmes autorités sont sur une forme de corde raide : demain leur action sera jugée en fonction des résultats. Et doublement jugée. Deux scénarii sont envisageables. Soit le nombre des cas augmente en dépit des mesures prises et une chaîne de contamination interhumaine s’installe d’abord en milieu hospitalier puis en dehors. La panique s’installe et (sauf mutation virologique majeure et démontrée) on accusera les autorités de ne pas avoir pris la mesure du risque ; avec toutes les conséquences (judiciaires et politiques notamment) que l’on peut imaginer. Soit quelques cas supplémentaires  sont recensés mais l’épidémie est au final rapidement  jugulée. Aucune polémique alors n’émergera et on pourra peut-être même louer le sang-froid et le savoir-faire des autorités sanitaires.

Organisation napoléonienne

Soit, enfin, on en reste au deux cas confirmés actuels ; le cas de figure imposera  aux responsables politiques de gérer au cordeau télévisé, au millimètre de dépêche, leur communication. Car le risque majeur sera alors d’être soupçonné de chercher à récupérer à des fins autres la gestion d’une menace sanitaire. Le cas de figure s’était présenté lors de la menace pandémique du H1N1 avec une politique préventive menée manu militari calquée sur l’organisation napoléonienne élaborée en réponse à la grande menace aviaire du H5N1. On aimerait précisément sur ce point disposer d’une relecture sincère du dossier par Roselyne Bachelot 1 qui, au ministère de la Santé fut ensuite accusée d’en avoir, au minimum, « trop fait ». C’est là une accusation pernicieuse qui renvoie immanquablement vers un non lieu judiciaire doublé d’un abîme philosophique : que se serait-il passé si « on » en avait « moins fait » ?

Pour l’heure la ministre de la Santé, qui explique fort pédagogiquement vouloir informer sans paniquer vient de présenter publiquement (à la presse et dans le détail) le « dispositif national d’investigation épidémiologique ». Elle l’a fait « après s’être rendue à l’institut de veille sanitaire » le dimanche 12 mai et  « après la confirmation d’un second cas d’infection au nouveau coronavirus en France ». On trouvera ici le détail de ce plan.

Le bon sens et le hasard

Il témoigne des difficultés matérielles auxquelles sont confrontés les épidémiologistes en charge des recherches de toutes les personnes « ayant été en contact » : 124 pour le premier malade pendant ses séjours hospitaliers ;  39 ayant participé en avril au voyage organisé aux Emirats Arabes Unis auquel participait  le premier malade ; 38 personnes ayant  été en contact avec le deuxième malade avant son hospitalisation en isolement, le 9 mai à Lille.

« Ces mesures ont pour objectif d’avoir une description la plus précise possible de la situation, jour par jour, afin d’informer toutes les personnes concernées, de leur proposer des mesures d’hygiène de bon sens, de les prendre en charge sans délai le cas échéant ». « Rien n’est laissé au hasard », a précisé Marisol Touraine.

Comment faire preuve de bon sens sans rien laisser au hasard (0800 13 00 00) ? C’est, assez bien résumée toute la question qui est ici posée. Et qui ne saurait nous renvoyer vers la fatalité.

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1 Roselyne Bachelot sera l’invitée de l’émission « Du grain à moudre » de France Culture aujourd’hui 13 mai à 18 heures.

 

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