Une leçon de vie, par Angelina Jolie, 37 ans (1)

C’était une star. Deviendra-t-elle une icône ? En  rendant publique son choix de subir une double mastectomie prophylactique Angelina Jolie  fournit une occasion unique d’exposer les différents  aspects éthiques d’une pratique médico-chirurgicale hautement problématique. Une pratique proposée par des médecins et des généticiens à des femmes qui doivent in fine décider de ce que sera leur vie. Comment les médias d’information générale, et comment celle que l’on appelle la « presse féminine » vont-ils traiter de cette affaire ?   

Coup de tonnerre médiatique dans un ciel hollywoodien. Dans une tribune intitulée publiée mardi 14 mai dans le New York Times, l’actrice Angelina Jolie révèle avoir  accepté qu’on lui pratique une double ablation des seins (mastectomie). Celle qui est (aussi) connue comme étant la compagne de Brad Pitt précise qu’elle fait le choix de cette opération car porteuse d’une mutation génétique qui accroît le risque de souffrir d’un cancer du sein. Elle explique qu’elle était exposée à un risque de 87 % de développer un cancer du sein et de 50 % un cancer de l’ovaire. Elle a pris cette décision à l’âge de 37 ans. Sa mère était morte à l’âge de 56 ans d’un cancer.

Les vibrations de la Toile

Point n’est besoin d’être dépendant des magazines en papier glacé (et des sites qui leur correspondent) pour prendre le pouls des vibrations de la Toile. C’est, toute proportion gardée, une forme de buzz au carré. Une vedette  passe de la section people aux pages santé-médecine. Une femme-star annonce faire le sacrifice de sa poitrine. Non seulement elle ne s’en cache pas mais elle nous explique le pourquoi. Exhibitionnisme inhérent au monde du spectacle ou œuvre pédagogique au service de la santé publique ? Nous pencherions volontiers aujourd’hui pour la seconde hypothèse.

« Quand j’ai su quelle était ma situation, j’ai décidé de prendre les devants et de réduire les risques autant que possible, écrit-elle. J’ai décidé de subir une double mastectomie préventive. J’ai commencé par les seins, le risque de cancer du sein étant plus élevé que le risque de cancer des ovaires, et l’opération est plus complexe. » Elle ajoute que désormais  ses risques d’être atteinte d’un cancer du sein ne sont plus que de 5 %. Angelina Jolie et son compagnon Brad Pitt ont eu trois enfants et en ont adopté trois autres. « Je peux dire à mes enfants qu’ils n’ont plus besoin d’avoir peur de me perdre en raison d’un cancer du sein » écrit-elle.

Brad Pitt a salué une décision « absolument héroïque », dans une interview à l’Evening Standard. « Ayant été le témoin privilégié de cette décision, je trouve le choix d’Angie, tout comme celui de beaucoup d’autres femmes dans son cas, absolument héroïque, a-t-il estimé dans les colonnes du quotidien du soir britannique. Je remercie notre équipe médicale pour ses soins et son attention. Ce que je désire le plus au monde est qu’elle vive une longue vie en bonne santé avec moi et nos enfants. C’est un jour heureux pour toute notre famille. »

En parler ou se taire ?

En parler bien sûr  (1). Saisir cette occasion pour poursuivre l’amorce pédagogique de l’actrice. Nous l’avons fait ce matin pour Slate.fr dont le rédacteur en chef Johan Hufnagel avait, comme il se doit, perçu ici avant l’aube l’amplitude à venir des vagues de l’océan Tweet.

L’aura de la l’actrice et l’écho international que rencontrera son témoignage feront-ils beaucoup pour la vulgarisation d’une pratique chirurgicale préventive  et hautement problématique ?  Vulgatisation de la pratique ou de la réflexion médicale et éthique sur cette pratique?  « C’est normal mais ça pourrait ne pas le rester » faisait dire le dessinateur de presse Soulas à un chirurgien extirpant un organe sanguinolent d’u corps de l’un de ses patients. C’était il y a quelques années déjà dans les colonnes de Libération et ce à l’occasion d’un procès. On jugeait alors un homme de l’art accusé de ne pas avoir attendu les premières lésions pathologiques avant de procéder à de nombreuses excisions-ablations. Enlever le sain avant qu’il ne le soit plus est certes un comportement qui ne saurait être médicalement justifié.

Plus précisément un comportement qui  longtemps fut médicalement injustifié. Jusqu’au moment où les généticiens commencèrent à faire œuvre de devins. L’identification des mutations génétiques responsables de la transmission héréditaire de prédispositions aux cancers ouvrait ici la porte sur de nouvelles perspectives.

(A suivre)

1 Ce mardi 14 mai, invitée au 20 heures de France 2 pour commenter la décision d’Angelina Jolie le Pr Agnès Buzyn, présidente de l’Institut national du Cancer a précisé qu’en France 95% des femmes porteuses d’une mutation génétique de prédisposition au cancer du sein choisissaient  la surveillance spécialisée rapprochée (dès 30 ans si possible) de préférence à l’ablation prophylactique des deux glandes mammaires. Il reste à expliquer les raisons de cette proportion qui semble différente de celles observées dans d’autres pays disposant d’offres de soins comparables. Un début de polémique sur ce thème est à attendre: dans Libération (daté du 15 mai) le chirurgien plasticien Laurent Lantieri (Hôpital-Européen Georges-Pompidou) dénonce le retard qui existerait en France dans ce domaine, ce que conteste le Dr Catherine Noguès, chef du service d’oncogénétique de l’Institut Curie. Le Dr Noguès dit redouter le « coming out » de l’actrice.

 

 

 

2 réflexions sur “Une leçon de vie, par Angelina Jolie, 37 ans (1)

  1. Bonjour

    J’ai aussi lu avec un grand intérêt plusieurs articles sur cette histoire « hollywoodienne » et je souhaite apporter mon point de vue.

    Je suis médecin et ancien praticien conseil de l’assurance maladie et au cours de ma pratique je me suis retrouvé confronté à plusieurs reprises à des demandes de prises en charges de chirurgie prophylactique des seins et des ovaires chez des patientes porteuses de ce gène BRCA1. La demande était principalement celle de la reconnaissance en affection de longue durée et de la prise en charge à 100% des soins.

    A ma grande surprise, alors que cette chirurgie est recommandée par les sociétés savantes concernées, l’Assurance maladie a refusé cette prise en charge car elle se refusait à valider une chirurgie mutilante en l’absence de lésion identifiée. Cela veut-il dire que nous sommes dans le cas d’une chirurgie pour convenance personnelle (et donc non remboursée par l’assurance maladie) ?

    Il faut quand même comprendre que nous sommes dans le cas de patiente qui ont eu plusieurs décès de femmes plutôt jeunes dans leur famille proche (mère, sœur, tante …).

    Le débat ne fait donc que (re)commencer, mais j’espère que cette mise en avant très médiatique puisse se concrétiser par un débat constructif de tous les intervenants du domaine de la santé autour des patientes concernés.

    Cordialement

    • Merci pour votre témoignage.

      Après enquête auprès de l’Institut Curie de Paris il semble effectivement qu’il existe ce que l’on dénomme pudiquement des « disparités » parmi les caisses d’assurance maladie.
      Inégalité serait plus juste.
      Pour ne pas écrire injustice.
      Après enquête il semble aussi qu’avec un dossier « bien argumenté », les femmes concernées peuvent obtenir plus aisément « gain de cause ». Il semble préférable que le dossier soit préparé par l’équipe médicale qui prend en charge la femme.

      « Enlever le sain » est-il ou non une affaire de « convenance personnelle »? Nous demandons plus d’informations auprès du service de presse de la Caisse nationale d’assurance maladie et nous publierons ici la réponse qui nous sera donnée.

      Jean-Yves Nau

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