La Mecque 2013 : le nouveau coronavirus et le vieux principe de précaution

Personne ou presque n’a encore évoqué le sujet. Du moins dans les médias d’information générale. Peut-être par ce qu’il  a quelque chose de monstrueux. On ne peut pourtant raisonnablement  imaginer que personne ne s’en soucie dans les espaces sanitaires internationaux.

 Nous étions à la fin du mois de septembre 2012. «  Un nouveau virus proche de celui responsable du SRAS vient d’être  identifié. Il semble circuler dans la Péninsule arabique où l’on attend entre deux et trois millions de personnes à l’occasion de pèlerinage de La Mecque, écrivions-nous ici. Telles sont les termes de l’équation sanitaire à inconnues multiples. Quelle peut ici être la place du journaliste ? ». Elle fut bien minimale, cette place médiatique puisque rien ne se passa.

Nous sommes en mai 2013. Les journalistes 1 n’ont jamais autant parlé de ce nouveau virus, toujours aussi proche du SRAS. Au point que chacun ou presque sait aujourd’hui en France ou en Suisse ce qu’il faut savoir des coronavirus en général, du dernier-né en particulier (nCoV). Et moins  d’informations que d’interrogations.

Le 27 septembre 2012

Nous parlions de coronavirus « SRAS-like ». Il venait  d’être identifié à Londres et à Rotterdam. Il circulait dans la Péninsule arabique au moment où se prépare une concentration humaine de très grande ampleur : entre deux et trois millions de personnes. Des informations fragmentaires circulaient depuis quelques jours sur Internet. Les spécialistes tweetaient à l’envi. Une veille épidémiologique internationale s’organisait (InVS ECDC, OMS). Les autorités sanitaires internationales ne disaient rien, imitées en cela par le gouvernement français.

Il nous sembla alors utile de traiter du sujet sur Slate.fr ainsi que dans les colonnes de la Revue médicale suisse.

« Le Sras était parti avec un seul individu: un Chinois qui avait mangé une civette à Canton: arrivé à Hong Kong, il a progressivement contaminé le monde entier, rappelait alors le Dr Alain Fisch, spécialiste de médecine des voyages (Centre hospitalier de Villeneuve Saint-Georges). Cette fois-ci nous avons déjà trois patients dans deux pays différents et avec source de contamination inconnue. Un de ces deux pays, l’Arabie saoudite commence à héberger et  hébergera au total dans les prochaines semaines environ 2,5 millions de personnes effectuant le pèlerinage de La Mecque. Elles vont ensuite revenir dans leurs pays d’origine à bord de plus de sept mille aéronefs primaires et un nombre incalculables d’aéronefs secondaires. Ces pèlerins auront vécu plusieurs semaines dans une grande promiscuité. Sans faire de catastrophisme, nous nous devons impérativement de tenir compte de ces données.»

 La période des pèlerinages à La Mecque approchant, le principe d’une information aux voyageurs était en cours de discussion tandis que les responsables sanitaires français étaient en contact étroit avec leurs homologues de l’Union européenne.

Huit mois plus tard 

Deux premiers cas en France, donc, dont un autochtone.  Le ministère de la santé d’Arabie saoudite vient d’informer l’OMS de deux cas confirmés en laboratoire supplémentaires d’infection par le nouveau coronavirus (nCoV) : des soignants ayant été exposés à des patients porteurs confirmés de ce nouveau virus. Le premier est un homme de 45 ans tombé malade le 2 mai 2013 et actuellement dans un état critique. Le second est une femme de 43 ans présentant une affection concomitante, tombée malade le 8 mai 2013 et à présent dans un état stable.

« Si l’on a déjà observé auparavant une transmission de ce virus associée à des soins de santé (en Jordanie, en avril 2012), c’est la première fois que des membres du personnel soignant sont diagnostiqués comme atteints d’une infection à nCoV après avoir été exposés à des patients, souligne l’OMS.  Les établissements médicaux qui délivrent des soins à des patients chez lesquels on suspecte une infection à nCoV devront prendre des mesures appropriées pour réduire le risque de transmission du virus à d’autres patients et au personnel soignant. »

Quarante cas, vingt morts

Depuis le début mai 21 cas au total, parmi lesquels 9 décès, ont été notifiés comme appartenant à la flambée principalement liée à un établissement de soins situé dans l’Est de l’Arabie saoudite. Le gouvernement saoudien dirige actuellement des investigations concernant cette flambée. Depuis  septembre 2012  l’OMS a été informée au total, pour l’ensemble du monde, de 40 cas confirmés en laboratoire d’infection humaine parmi lesquels 20 décès. Ces cas sont apparus dans six pays: Allemagne, Arabie saoudite, France, Jordanie, Qatar et Royaume-Uni.

Pour l’heure l’OMS ne conseille pas de dépistage particulier aux points d’entrée et ne recommande pas non plus l’application de quelconques restrictions aux déplacements ou au commerce. Depuis Genève on continue de suivre de près la situation.

« A suivre avec vigilance »

Pour autant la même question demeure et droit de suite s’impose. « Faut-il craindre une explosion lors du pèlerinage de La Mecque, en Arabie Saoudite épicentre de l’épidémie ? A partir du 17 septembre et jusqu’au 19 novembre, 2,5 millions de pèlerins y séjourneront, dans une grande promiscuité, puis retourneront dans leur pays d’origine à bord de plus de 7000 aéronefs primaires et un nombre incalculable d’aéronefs secondaires, écrit le Dr Alain Fisch dans le numéro de mai de sa revue Visa (Voyages Internationaux Santé Actualités). Notons que le nCoV était présent lors du pèlerinage de 2012 et qu’il ne s’est rien passé. A notre avis, si le virus ne mute pas dans le sens d’une augmentation de sa transmissibilité interhumaine, le risque pandémique est faible. A suivre avec vigilance »

Qui, aujourd’hui, suit avec vigilance  les mutations virales qui iront dans le sens d’une augmentation de sa transmissibilité interhumaine ? Qui, le moment venu, avertira la presse ? Et cette même presse devrait-elle ou non, dès aujourd’hui, enquêter sur les dispositifs qui sont ou ne sont pas en cours d’élaboration ? Avec cette question en tête : qu’est-ce  que peut bien être le principe de précaution appliqué au pèlerinage de La Mecque millésimé 2013 ?

Et, si l’on osait, on s’interrogerait sur ce que pourrait bien être aussi,  ici, le principe de précaution journalistique.

1 Sur ce thème on écoutera avec intérêt l’émission (datée du 13 mai) « Du grain à moudre » d’Hervé Gardette sur France Culture. (disclaimer : l’auteur de ces lignes y participait)

 

 

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