Rêves de cougars

Au début il y avait les couguars (je dis bien couguars). Puis vinrent les femmes. Et il nous faut désormais compter  avec les femmes-cougars. En sommes nous si sûrs ? En connaissez-vous ? Combien de cougar(s) en une année d’exercice médical ? En une décennie ? Faut-il d’ailleurs porter un diagnostic ? Envisager des thérapeutiques ?     

 On est jeune. Puis vient un âge où on ne nous la fait plus. On pourrait dire que c’est l’âge du cougar. Mais voilà : nous ne vivons plus avant. Nous avançons dans des temps où les certitudes ne durent guère. Et nous l’allons montrer avec l’aide de quelques intellectuels qui se sont précisément penchés sur le cas du cougar. Des néo-sociologues néo-zélandais et des statisticiens  universitaires du Colorado.

Mais sans doute  faut-il d’abord ici rappeler ce qu’est le couguar. Longtemps ce fut un majestueux félidé des Amériques généralement connu, sous nos contrées, sous le nom de puma. A ne pas confondre avec la panthère et ses rosettes, une panthère dont il est le cousin issu de germains. Or le cougar dont nous parlons est peut-être la seule bête de la classification qui ne se définit que par son âge et l’âge de sa victime.

Nous parlons bien sûr  ici d’« une femme d’un certain âge » qui aurait pour caractéristique majeure de lorgner sur des hommes nettement moins âgés qu’elle. On écrit alors cougar selon un anglicisme popularisé avec la diffusion, en France d’une série télévisée qui eut son heure de gloire.  Cougar, donc aux frontières de l’argot et des marches conduisant à l’entrée dans les dictionnaires. On fera ici l’économie de la séduisante Ford Cougar (texte en allemand). L’économie, aussi, du puissant hélicoptère européen du même nom.

Trente-cinq ans (ou plus) et huit années (ou plus) de différence d’âge

Des intellectuels des antipodes se sont aussi intéressés de très près à la question. Ainsi Zoe Lawton et Paul Callister  sont des chercheurs néozélandais qui ont publié, en 2010 et sous l’égide de l’Institut des Etudes politiques de Wellington un travail qui fait référence. On pourra le consulter ici (en langue anglaise).Selon eux « la définition la plus simple et la plus largement utilisée est celle d’une femme de 35 ans ou plus qui sort ou cherche à sortir avec des partenaires ayant au moins huit ans de moins qu’elle. » Il arrive alors que l’on désigne ces partenaires comme étant des « toyy boys », référence  faite au film Toy Boy. Filant la métaphore animale on parle aussi parfois de lionceaux. Cougar serait, toujours en filant la métaphore, plus ou moins supplanté aujourd’hui par Rhino.

Toujours selon Zoe Lawton et Paul Callister indiquent encore que tout serait né dans les années 1980 outre-Atlantique à partir des supportrices (très attentionnées et d’un certain âge) des jeunes hockeyeurs canadiens (sur glace) de l’équipe des Vancouvers Canucks. Il faudrait aussi compter avec une nouvelle parue dans le Toronto Sun . Pusi un livre de Valerie Gibson (2002) intitulé « Cougar : A guide for older women dating younger men » sorte de bréviaire libérateur dans lequel elle évoque ses nombreuses relations avec des hommes de dix à vingt ans plus jeunes qu’elle ; et dont elle tire la quintessence pratique pour les femmes envisageant de telles relations. Vint ensuite, sur Slate.fr, l’évocation d’une « Croisière des cougars » . Sans parler des sites de rencontres spécialisés.

L’homme ne ressemble pas toujours à la femme

En 2011 une étude de chercheurs de l’Université de Cardiff a été publiée dans Human & Evolution Behavior, centrée sur la différence d’âge au sein des couples ; étude menée auprès de 22 000 femmes de quatorze pays ayant indiqué leurs souhaits sur des sites de rencontre. On en trouvera un résumé (en anglais) ici. Elle fait valoir qu’il n’existerait pas de préférences des femmes pour des hommes plus jeunes. Les préférences générales des femmes allaient alors vers des partenaires du même âge voire plus âgés. A l’inverse de manière complémentaire et sans vraie surprises les hommes semblent généralement comme attirés vers des partenaires plus jeunes, tendance qui irait croissant  avec l’âge.

Dès lors que conclure quant aux cougars ? Serait-ce un mythe cet animal humanisé ne se trouvant guère que dans les jungles épaisses du monde du spectacle ? , et que « le nombre de femmes  cougars est marginal et se limite principalement au monde du spectacle.

Les mystères de l’attrait physique

 C’est aussi à cette conclusion que parviennent les Prs Hani Mansour et Terra McKinnish, spécialsites  d’économie à l’Université du Colorado. Ils viennent de publier leurs conclusions dans l’austère  Review of Economics and Statistics . On trouvera ici le résumé (en anglais) de leurs conclusions. Ces économistes ont travaillé sur une masse de données : celles colligées de 1960 à 2000 par l’U.S. Census Bureau data. Ils se sont intéressés à  l’âge au premier mariage, au niveau d’éducation, aux salaires mais aussi aux revenus. Mais ils ont aussi puisé leurs sources dans la cohorte National Longitudinal Survey of Youth  pour mesurer les capacités cognitives. Et enfin sur celles de la National Longitudinal Survey of Adolescent Health pour –autant que faire se peut-  évaluer ces mystères dans lesquels réside l’attrait physique.

Conclusions ?

 Les amateurs d’émotions fortes et de contes de fée seront déçus. A savoir

. Les participants à niveau élevé d’études « interagissent » plus avec des partenaires du même âge.

. Les participants à faible niveau d’études ou qui travaillent dans des emplois peu qualifiés « interagissent » plus largement avec les différents groupes d’âge, ce qui augmente leur probabilité de se marier quelqu’un de beaucoup plus jeune ou beaucoup plus âgé.

. Les hommes mariés à des femmes beaucoup plus jeunes ou plus âgées ont moins de revenus que ceux mariés à une femme du même groupe d’âge. Un exemple : les hommes mariés à des femmes plus jeunes ou plus âgées (de huit années ou plus) gagnent en moyenne 3.500 $ de moins par an que les hommes mariés à des femmes du même âge à un an près.

. Les hommes mariés à des femmes plus jeunes ou plus âgées de 8 ans ou plus en moyenne font 8,4 points de moins aux tests passés à l’école secondaire en expression orale, mathématiques et arithmétique. Cette différence est moins marquée pour les femmes.

Last but  least : sur une échelle de 1 à 5, (de « très peu attirant» à « très attractif ») les personnes mariées à des conjoints à forte différence d’âge sont jugées moins attractives que celles mariées aux conjoints du même âge.

 Une question sans réponse

 Pour les auteurs l’homme étant un animal social tout est affaire de réseau.  Moins les « atouts » (études, niveau socio-économique) sont importants, plus le réseau est ouvert sur des contacts de tous âges. Et tout bien pesé par ailleurs le phénomène cougar  serait une sorte de mirage médiatique avac Hollywood comme épicentre. Aucune donnée fiable ne témoigne d’une tendance croissante de femmes plus âgées à la recherche (ou mariées avec) des hommes beaucoup plus jeunes. « Nous n’avons trouvé aucune preuve d’un nouveau phénomène cougar, concluent les auteurs. Si cette typologie de couples a légèrement augmenté au fil du temps, alors les cougars sont parmi nous depuis les années 1960. La vraie tendance est le mariage de plus en plus fréquent entre personnes du même âge. »

 Tous les éléments convergent depuis un demi-siècle vers un schéma majoritaire de conjoints du même âge. Des conjoints qui partagent plus d’activités dans plus d’espaces de  temps libre. Des conjoints qui –autant que faire se peut – prennent leur retraite  en même temps pour –aussi longtemps que possible – vieillir ensemble.

Reste à savoir ce qui est vérité statistique outre-Atlantique l’est en deçà. Reste aussi une question à laquelle personne ne semble vouloir répondre. Celle-ci : s’il est acquis que la cougar n’existe pas, faut-il l’inventer ?

Ce billet reprend pour partie un texte publié sur le site suisse  wwwplanetesante.ch

 

 

 

 

 

 

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