Tabac : le Pr Dautzenberg confie la bombe électronique à Marisol Touraine

Loin d’éclaircir le paysage tabagique le rapport rendu public aujourd’hui (accessible ici)  va un peu plus le compliquer. Quant aux fumeurs français (un adulte sur trois) ils attendront de savoir quelle est la meilleure méthode pour en finir avec leur esclavage fiscalisé. Ou ils n’attendront pas. Mais dans tous les cas ils paieront. Pour fumer comme pour arrêter. Sauf si la future loi de santé publique permet de sortir de notre rapport schizophrénique au tabac

 

Le Pr Bertrand Dautzenberg a pris un risque non négligeable : fournir aux fumeurs une nouvelle raison de continuer à fumer. Tous les addictologues (et une bonne fraction de ceux qui ne le sont pas) le savent : le malade de l’alcool comme celui du tabac n’attend qu’un prétexte pour recommencer. Quant aux fumeurs et aux buveurs ils pourraient, sur ce thème, noircir bien des pages ou en raconter de bien belles s’ils étaient libre de parler ou d’écrire.

 Mardi 28 mai 2013 : dans trois jours  ce sera la « Journée mondiale sans tabac ». En France c’est la  journée de médiatisation du  rapport Dautzenberg sur les cigarettes électroniques, document scientifique demandé il y a peu au pneumologue de La Pitié (et croisé anti-tabac)  par Marisol Touraine, ministre de la Santé.  Avant même les premières volutes médiatiques les buralistes ont fait connaître leur position via une dépêche de l’Agence France Presse, dépêche  reprise  sur leur site Lemondedutabac . Pour eux les choses sont simples : ils réclament aux pouvoirs publics que les cigarettes électroniques soient vendues exclusivement par les bureaux de tabac. Ils ont sur ce point déjà aiguisé leurs armes juridiques. Quant aux fabricants ils redoutent qu’une interdiction de fumer électroniquement dans les lieux publics « tue dans l’œuf » l’un des rares marchés qui, en France, commençait à devenir florissant.

 Bientôt un million d’utilisateurs

 Le Pr Bertrand Dautzenberg  a d’ores et déjà fait savoir qu’il présenterait aujourd’hui une vingtaine de recommandations lors du colloque du Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (Respaad)  organisé avec le ministère de la Santé. . On trouvera le programme ici. Le sujet n’a (plus) rien d’anecdotique : le nombre d’utilisateurs de la cigarette électronique pourrait bientôt atteindre le million et cette activité générer  un chiffre d’affaires avoisinant 100 millions d’euros, équivalent au marché des médicaments de sevrage ou autres substituts nicotiniques.

Parmi les recommandations, figureront (comme le souhaitent les fondamentalistes de la lutte contre le tabac) l’interdiction dans les lieux publics et l’interdiction de vente aux mineurs. A cela, s’ajoutera la vente dans des « établissements agréés » (qui restent à agréer). Les règles s’appliquant à la publicité pour les produits dérivés tabac seront  transposées à la cigarette électronique qui pourtant n’en contiendra pas. On ajoute « de bonne source » que  les recommandations incluront l’obligation (pour les fabricants) d’apporter la preuve de l’innocuité des arômes utilisés et de limiter la quantité de nicotine utilisée à 18mg/ml contre une concentration maximale actuelle de 20 mg/ml.

Un « boulevard » pour entrer dans le tabagisme

« Pour sortir du tabagisme, il faut trouver un compromis », a expliqué le Pr Dautzenberg par ailleurs  président de l’Office français de prévention du tabagisme. Le compromis est ici bien loin d’être acquis. Il s’agirait aussi  d’interdire le vapotage  dans les lieux publics, comme le souhaitent également les fondamentalistes de la lutte contre le tabac.  Il en va de même pour l’interdiction aux mineurs (qui n’est pas respectée pour ce qui est du tabac) et pour les interdictions (relatives) de la publicité. Le Pr Dautzenberg estime que la e-cigarette constitue pour les jeunes « un boulevard d’entrée potentiel dans le tabagisme ». Une étude récente faite à Paris (pas de référence bibliographique)  observerait que 64% des jeunes de 12 à 14 ans auraient déjà  essayé la e-cigarette avant même d’avoir allumé une vraie cigarette.

Pour un peu on en viendrait à se demander si des  mentions indiquant que la cigarette électronique est « dangereuse pour la santé » devront aussi être apposée sur les paquets.

Future loi de santé publique

Question politique: le scientifique chargé (par le politique) d’évaluer le risque a-t-il ici empiété sur le politique chargé de le gérer ? L’avenir proche le dira. Vrai ou faux, « la presse » raconte que  Marisol Touraine aurait confié il y a peu à « la presse » ne pas « avoir vu venir » la question de la cigarette électronique dans le champ de la santé publique. Vrai ou faux ce n’est pas l’important. La question est désormais bien là, qui campera durablement dans l’espace médiatique. Et c’est une bonne chose car c’est, à n’en pas douter, un vrai et grand sujet. En toute logique il ne pourra plus désormais  être dissocié de celui de la prise en charge intégrale, par la collectivité, du sevrage tabagique ; sujet que nous abordons aujourd’hui sur le site Slate.fr. Car une bonne nouvelle pouvant ne pas être seule la preuve est désormais faite que cette prise en charge (indispensable d’un point de vue médical pour ne pas dire éthique) est en outre une affaire rentable.

Tous les éléments sont  ainsi là (résumés dans un récent et accablant rapport de la Cour des comptes) pour un bien beau chapitre de la future loi  annoncée de santé publique.

 

 

 

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