Furosémide : retour des anticorps protecteurs anti-génériqueurs

Cinq jours plus tard le mystère s’épaissit. Rien de suspect sur le site industriel de conditionnement nous dit l’Ansm. Que s’est-il passé au sein de la filiale française de la firme Téva ? Réveil des opposants systématiques aux médicaments génériques. Et après ?  

Il faut imaginer le Dr Sauveur Boukris heureux. Avec l’affaire Furosémide il est sollicité de partout par les médias : la fatalité  (1) veut qu’il  vient de faire paraître un pamphlet contre les génériques. C’est là le dernier en date de ses ouvrages accusateurs ; ouvrages que le Conseil national français de l’Ordre des médecins ne goûte guère. En en témoigne la lecture, délicieuse, de son dernier bulletin d’information. L’Ordre s’y interroge en compagnie du Dr Michel Cymes, sur les moyens à mettre en œuvre pour mieux informer sur les mille et une « affaires » médicales. Nous y reviendrons.

Le Dr Boukris dans le Queyras

Hier il était présent sur le journal télévisé de la Une. On le trouve ici sur le Huffington Post. Pour l’heure de passage à Saint-Véran (2020 m) nous croisons le Dr Boukris dans Le Dauphiné Libéré (11 juin 2013). La une/Une est entièrement consacrée à l’affaire :

« Médicaments : encore en scandale ». « Un somnifère a pris la place d’un diurétique, à cause d’une erreur de conditionnement, et déjà deux décès, ainsi que des cas graves. Sans compter les signalements qui affluent, notamment en Ardèche où une enquête est menée. Les boîtes concernées ont été rappelées. De quoi entacher encore la confiance des Français envers les médicaments. »

Envers les médicaments ou envers  les médicaments génériques ? En page 28 le Dr Boukris est donc là. Selon lui « on me peut pas mettre cet accident sur le compte de la fatalité ». Il n’exclut pas pour autant la piste criminelle. Instruction à charge : matière première achetée en Chine ou en Inde, de quinze à vingt étapes de fabrication chez un génériqueur contre quatre à cinq chez les fabricants de médicaments princeps. Multiplications de sous-traitants pour réduire les coûts, traçabilité incertaine.

Les malades le disent !

Rappel avec lui des dossiers récents et de la décision prise par la FDA de retrait d’un des antidépresseurs de Téva. Et l’antienne : le générique est source de confusion, surtout pour les personnes âgées. « Certaines personnes peuvent renoncer à le prendre ou au contraire à en prendre deux, déclare-t-il au Dauphiné libéré. Dire que les génériques c’est blanc bonnet et bonnet blanc c’est faux, ce sont les malades qui nous le disent. » Les malades et les lecteurs sont incité à lire le dernier livre du Dr Boukris. Un titre sans équivoque qui fleure bon le titre d’un film vieux de neuf ans lui-même remake d’ « Une si belle garce » (1969).

Le médecin alsacien à l’ordinateur NS

Ailleurs sur la Toile, le Dr Claude B., de Stasbourg. Il raconte l’histoire suivante : à une patiente âgée, qui souffre de graves problèmes de santé, il prescrit le 8 juin (jour de l’annonce du mort de Marseille) un diurétique. Comme la dame lui précise qu’elle a déjà eu des ennuis avec des génériques et qu’elle ne souhaite pas en reprendre, il inscrit sur l’ordonnance « non substituable ». Depuis des années, ce généraliste strasbourgeois rédige ses ordonnances à l’ordinateur et se refuse d’écrire à la main. La mention « NS » qu’il appose n’est donc pas manuscrite. Ce qui, on le sait, a permis au pharmacien de délivrer du Furosémide Téva 40mg. « Quand elle m’a appelé pour me dire qu’on lui avait donné du Furosémide, j’étais furieux. Le pharmacien ne m’a même pas prévenu ! Et s’il y avait eu un pépin, on m’aurait tenu pour responsable. » Après enquête  et vérification des lots il est apparu que les comprimés délivrés étaient bien ceux du diurétique« Ma patiente est convaincue qu’elle a pris du somnifère », précise le généraliste à l’ordinateur. Comment mieux dire ?

L’hypothèse de la malveillance; l’énergie retrouvée du Figaro

Après quelques jours de silence Le Figaro (12 juin) se réveille brutalement : les deux pages d’ouverture et les révélations d’un ancien pharmacien de Téva qui, en novembre 2011 dénonçait les problèmes de qualité. L’occasion pour le quotidien de réaliser une petite radiographie du monde des médicaments génériques en général, de Téva en particulier et tout particulièrement de « Téva France ». Entretien avec le  Pr François Chast (Hôtel-Dieu de Paris) ancien président de l’Académie de pharmacie, de plus en plus présents dans les médias, par ailleurs auteur d’une passionnante  « Histoire contemporaine des médicaments » (Editions La Découverte). Pour lui « la malveillance est toujours possible. « Théoriquement il n’y a aucun rapport entre le fait qu’il s’agisse de génériques et un dysfonctionnement dans la chaîne de production ». Le Pr Chast rassure les patients : « les peuvent avoir confiance dans les génériques qui sont d’ailleurs beaucoup utilisés à l’hôpital. »

Malveillance ? En regard de sa page Furosémide Le Dauphiné libéré fait le point sur une autre affaire, celle de « La Tuerie de Chevaline ». « De mystérieux appels et de grosses sommes d’argent en jeu » nous dit ce quotidien. Il nous dit aussi que neuf mois après le quadruple meurtre l’enquête se poursuit et se resserre.

(1) Faut-il voir dans cet appel mondial du géant Pfizer un autre signe de la fatalité médicamenteuse ?

 

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