La cigarette électronique sera bientôt un produit pharmaceutique

Londres double Paris et entend obtenir raison à l’échelon européen dès 2014 : tous les  produits  contenant de la nicotine devraient alors être considérés comme des dispositifs médicaux.  Big Tobacco ne cache plus sa volonté d’entrer sur ce nouveau marché. Schizophrénie ou pragmatisme économique ? Que va faire le gouvernement français ? 

Les autorités sanitaires britanniques viennent de prendre position sur la cigarette électronique. Dans un communiqué rendu public le 12 juin, le MHRA, organisme chargé de la réglementation de tous les médicaments et dispositifs médicaux  au Royaume-Uni, annonce que les e-cigarettes devront prochainement être considérées comme des éléments médicamenteux. Deux arguments sont avancés: elles contiennent de la nicotine et elles peuvent être considérées comme des produits de sevrage du tabagisme. A ce titre, les utilisateurs sont en droit de demander des garanties d’innocuité et d’efficacité équivalentes à celles offertes par des médicaments.

1,3 million d’utilisateurs outre-Manche

Le tabagisme est responsable de 80.000 morts prématurées chaque année au Royaume-Uni et constitue, comme en France, la première cause de mortalité évitable. A ce titre c’est une véritable priorité de santé publique, financée comme telle. Les autorités sanitaires britanniques évaluent aujourd’hui à 1,3 million le nombre des utilisateurs de cigarettes électroniques. En France il est estimé entre 500.000 et un million et connaît une forte croissance.

Au vu de leurs recherches médicales et scientifiques, les responsables du MHRA estiment que les cigarettes électroniques pas plus que les produits de substitution au tabac (patches et gommes) n’ont encore véritablement fait la preuve d’une pleine efficacité contre le fléau du tabagisme. Pour autant, ils encouragent à leur utilisation. La décision de cet organisme (l’équivalent, en France, de l’Agence nationale de sécurité du médicament) vise à définir un cadre réglementaire d’évaluation et d’homologation pour l’ensemble des produits destinés au sevrage de la consommation de tabac.

Il ne s’agit nullement, souligne le MHRA, d’interdire à la commercialisation des dispositifs que des consommateurs de tabac pourraient trouver utiles pour réduire ou mettre un terme à leur consommation de tabac. Il s’agit au contraire de mettre à leur disposition les alternatives les plus sûres et les mieux validées.

Pragmatisme britannique

Le gouvernement britannique va d’autre part s’employer à modifier le droit communautaire afin de créer un statut juridique européen permettant qu’à l’échelle européenne l’ensemble des produits contenant de la nicotine soient désormais considérés comme des médicaments ou des dispositifs médicaux, dans le cadre de la révision de la directive relative aux produits du tabac qui devrait être adoptée en 2014. En attendant les autorités britanniques encouragent tous les fabricants de cigarettes électroniques à entreprendre les travaux préliminaires à l’obtention d’une autorisation de mise sur le marché qui devra être obligatoire à compter de 2016.

A la différence de la France, le Royaume-Uni développe une politique pragmatique et volontariste de la prise en charge du sevrage au tabac; politique qui a déjà démontré son efficacité et son caractère rentable. Une situation qui rend de moins en moins compréhensible la politique française qui consiste à ne pas véritablement aider financièrement (l’argent est, ici aussi, un symbole de solidarité) les personnes dépendantes au tabac. Ce dossier constituera, dans un avenir moins éloigné qu’on le pense, une véritable affaire/scandale  de santé publique dont les prémices commencent à s’écrire – comme dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire.

Mouvements de troupes US

 Le monde de la cigarette électronique se rapproche à grande vitesse de celui de l’industrie pharmaceutique. Après l’annonce officielle britannique Le Figaro Economie (daté du 13 juin) nous en offre un symptôme éclairant  dans un article repris par lemondedutabac.com  On y apprend que les géants (Altria (Philip Morris USA), Reynolds) ne se cachent plus. Aux USA, tous les fabricants se lancent, les uns après les autres, dans la cigarette électronique.  Nouvelle preuve de l’intérêt des médias pour ce produit. Mais l’on voit aussi comment les grands groupes commencent à adopter, outre-Atlantique, une stratégie de rouleau compresseur dans ce domaine. Courant août, Altria va expérimenter sur un seul Etat (l’Indiana) « MarkTen » : un petit tube équipé d’une batterie, aux vapeurs de tabac classique ou mentholées.

Reynolds American vient d’annoncer le lancement d’une nouvelle version de son e-cigarette, connue sous le nom de « Vuse ». Là aussi le test se déroulera dans le seul Etat du Colorado, mais appuyé par une campagne publicitaire à la télévision (aux USA, l’interdiction d’antenne de spots tabac  ne concerne pas l’e-cigarette). Dan Delen, le patron de Reynolds, est très enthousiaste : « Nous allons transformer le tabac ». Lorillard, le numéro 3 américain, est déjà sur le marché : ses cigarettes « Blu » sont présentes dans plus de 80 000 points de ventes. Le marché de la cigarette électronique aux USA est en devenir, confirme l’article. D’un côté, on dénombrerait un fumeur adulte sur cinq qui l’aurait essayé en 2011. De l’autre, la e-cigarette n’est pas encore réglementée. Mais la Food and Drug Administration (FDA) s’y prépare avec, dans la foulée, la mise en place d’un système de taxations.

Commentaire sur Slate.fr

« Qui peut bien être surpris de cette nouvelle? Entre les gouvernements qui ont peur de perdre leurs précieuses et hypocrites taxes sur le tabac, les lobbyistes œuvrant pour l’industrie du tabac et le lobby des pharmaciens, il était évident que les politiciens et les bureaucrates allaient s’en mêler et essayer de diriger vers leurs propres poches, ou celle de l’État et des industries en question, le fruit de ce commerce, écrit un commentateur de notre chronique sur Slate.fr.  Comme d’habitude, personne ne pouvant être contre la vertu, on prétend que c’est pour une qu

estion de santé publique. Mon c…! C’est la loi du plus fort, qui s’arroge le droit de mettre la main sur un nouveau commerce. La première conséquence de cette politique sera de faire doubler ou tripler le prix de la recharge afin de nourrir tous ces parasites inutiles pour le développement de ce commerce. La deuxième conséquence sera le retour à la cigarette de ceux qui ont déjà décroché pour passer au vapoteur (à commencer par ma conjointe), avec pour conséquence que le goudron, responsable du cancer, coulera à nouveau à flot dans les poumons de ceux qui avait éliminé ce danger grâce au vapoteur. La troisième conséquence sera que des gens comme moi-même redeviendront, à leur corps défendant, des fumeurs secondaires impuissants. Mais puisque les pharmaciens, l’industrie du tabac et certains politiciens corrompus vont y trouver leur compte, qui s’en soucie, de ma santé et de celles de tant d’autres innocentes. »

Ce billet reprend pour partie une chronique publiée sur Slate.fr

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