Confidentiel : sujets des épreuves de philosophie du baccalauréat médical 2013

Voici en avant-première les deux sujets de l’examen expérimental de philosophie appliquée  du premier « baccalauréat médical » dont les épreuves viennent de s’ouvrir. Rappel et conseils aux candidat(e)s.   

Merci d’avoir choisi  de concourir, à titre de volontaire pour essai clinique de phase II, dans la « série médicale » du baccalauréat général. Vous savez que l’année 2014 inaugurera une grande première. Une première révolutionnaire dans l’histoire de cette clef-de-voûte de la pédagogie française que constituent depuis bientôt deux siècles ces lauriers, sésame de l’enseignement supérieur.

Une révolution qui n’a pu voir le jour qu’au terme de longues tractations entre le ministère de la Santé et de l’Education d’une part et, de l’autre, les présidents de la Conférence des doyens des facultés de médecine, du Conseil national de l’Ordre des médecins, de l’Académie nationale de médecine, du Comité national consultatif d’éthique et  de la Haute Autorité de Santé. Ainsi, dit-on,  et de l’Association française des médecins urgentistes.

Vous connaissez l’essentiel de l’économie du dispositif qui entrera en vigueur le 17 juin 2014. Face à l’afflux constant des inscriptions  en première année du cursus des études de médecine il a été décidé de constituer une présélection qui ne dira pas son nom : un filtrage qui permettra de réduire massivement les flux vers la première année. Cette dernière s’achèvera également par un concours qui n’en aura pas véritablement le nom.

Camillo Golgi en son appareil

Le principal avantage saute aux yeux : en finir avec le considérable gâchis que constitue le système actuel. Rappelons qu’il voit des dizaines de millier d’étudiants perdre une ou deux années de « bachotage » intense autant que stérile pour, au final, rester sur le bord du chemin universitaire. Sans parler ici des formations privées et coûteuses qui fleurissent comme toujours dans ce type de situation.

A quoi peut bien servir à un non médecin l’apprentissage  dissection de l’appareil de Camillo Golgi ou celle des racines carrées ? Sans parler de l’horreur intellectuelle que constitue la contraction de texte associée à l’épreuve inhumaine des sciences humaines.

Un second avantage est de tenter de présélectionner au plus tôt et aux mieux ceux qui auront la chance, la joie  et l’honneur de pouvoir devenir des docteurs en médecine.  Les épreuves de la « série médicale » (SM) ont été élaborées dans cet esprit : aujourd’hui elles sanctionnent un enseignement orienté vers des questionnements spécifiques à l’activité du care. N’entreront plus (seulement) par hasard dans les amphithéâtres des facultés de médecine ceux qui ont de fortes capacités mnésiques associés à une veine de compagnons d’infidèles. On oublie trop souvent que la grande philosophie générale peut être déclinée en un riche éventail de philosophies particulières –dont la médicale.

Les deux sujets qui vous sont proposés aujourd’hui (au choix) sont une déclinaison des épreuves de philosophie du baccalauréat série littéraire de ce jour. Ils s’inscrivent dans cette perspective et se proposent d’élargir d’emblée la réflexion des futurs praticiens. Les voici, accompagnés de quelques conseils.

« Le langage médical n’est-il qu’un outil ? »

Vous n’omettrez pas de souligner que de le langage est autrement plus vaste que la seule parole. Tout en soulignant avec la même force que la parole du malade doit être entendue (et non seulement écoutée). Le langage du corps occupera une large fraction de votre réflexion qui traitera à parts égales du langage normal et du langage pathologique. Vous aborderez bien évidemment sous toutes ses faces le concept de l’outil, de ce que l’outil n’est pas et de ce qu’il pourrait être s’il était. Outil au service de qui, contre qui, à quelles fins et pourquoi. Une déclinaison  avec le langage chirurgical pourra être appréciée de même  qu’une autre (plus courte) sur le langage infirmier. Non substituable le langage pharmaceutique risque fort d’être noté hors sujet. L’humour n’est pas interdit ; quoique.

Vous pourrez  judicieusement nourrir votre réflexion à partir de  « Knock ou le triomphe de la médecine » (la pièce) ; notamment via les célèbres notions langagières de cha-gratouillis et de tête de veau. Sans omettre que l’auteur de cette pièce   fait dire, en 1923, au médecin : « Que voulez-vous, cela se fait un peu malgré moi. Dès que je suis en présence de quelqu’un, je ne puis m’empêcher qu’un diagnostic s’ébauche en moi… même si c’est parfaitement inutile et hors de propos. À ce point que, depuis quelque temps, j’évite de me regarder dans la glace ». Le diagnostic, l’autodiagnostic, sont-ils des outils ? Quelle est la portée politique de l’expression contemporaine (souvent péjorative) éléments de langage ?

« Que doit un médecin à l’Etat ? »

Comprendre Etat non pas au sens de Providence mais de Solidarité. Centrer autant que de besoin votre réflexion sur la question rarement abordée de la gratuité des études médicales. Développer avec le conventionnement Sécurité sociale. Est-il paradoxal que des médecins soient formés au frais de la collectivité pour aller ensuite exercer en libéral ? La métaphore du renard dans le poulailler est-elle ici parlante ? Le Dr Knock aurait-il vécu si la Sécurité sociale avait existé ? Existe-t-il aujourd’hui des Knock dans le corps médical français ? Si oui doivent-ils être sanctionnés ?

 

 

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