Gustave Roussy : l’Institut a vécu

La volonté de changement visuel  quel qu’en soit le prix. Soit. Le jargon de la politique de la communication. Soit. Serait-ce une raison pour oublier l’origine de son nom ?   

Désormais sans trait d’union. « Nouvelle dénomination, nouvelle identité visuelle, nouvelle signature : Gustave Roussy présente sa nouvelle identité visuelle ». C’est sur le site de ce que l’on connut longtemps comme étant « l’IGR », ou « Villejuif ». Et, surtout, « Institut Gustave Roussy ». Le temple éclairé sur la colline quand, en taxi, on quittait Le Monde et Paris pour Orly et des reportages merveilleux.

 

On fera donc une croix sur la nostalgie et on dira Gustave Roussy. Sans trait d’union. Toilettage, ripolinage, lessive de printemps, grandes manœuvres dans le Grand Paris qui tarde toujours ? Comment savoir ? On ne nous répond pas mais on communique. Sur le site :

Institution leader en Europe et pôle d’expertise global entièrement voué aux patients, Gustave Roussy réaffirme, à cette occasion, sa personnalité et ses missions : celles d’un centre aux valeurs d’humanisme ; aux fortes synergies entre médecins, soignants, chercheurs, enseignants, associations de patients, personnels administratifs, donateurs ; et aux ambitions internationales.

Une nouvelle identité visuelle

Mieux, on nous parle en couleurs. A la différence de l’Institut Curie (on peut dire Curie) et de ses jonquilles point n’est besoin, ici,  de connaître ici le langage des fleurs. avec Des couleurs symbolisant les grandes missions

La nouvelle identité visuelle de Gustave Roussy se décline en cinq couleurs. Et ces cinq couleurs  expriment les grandes unités de l’institution :

  • Le gris taupé (gris taupe ?) pour l’institutionnel ;
  • Le bleu pour le soin et l’Hôpital universitaire ;
  • Le vert pour la Recherche ;
  • L’orange pour l’enseignement à travers l’Ecole des Sciences du Cancer ;
  • Le fushia  (fuschia ? ) pour la collecte de fonds sous ses différentes formes.

Une marque unique

« Ensemble, elles contribuent à créer une marque unique, consistante et dynamique qui exprime ses valeurs forces : créativité, partage, énergie et bienveillance ». L’ensemble de ces cinq couleurs est-il harmonieux ? L’affaire peut se discuter. Et se discutera.

« Gustave Roussy est désormais l’unique dénomination de l’Institut, en lieu et place des différentes appellations existantes (IGR, “Villejuif”, Institut de Cancérologie Gustave Roussy…). Ce recentrage, autour du nom de son fondateur, un pionnier visionnaire initiateur de la cancérologie moderne, est une manière de mieux se réinscrire dans son histoire et aborder le futur avec énergie. »

Marque Gustave Roussy et signature Cancer Campus sans oublier la mention Grand Paris.  Une impression d’éclatement ? Nullement puisque « Gustave Roussy » (sans trait d’union) est un recentrage autour du nom de son fondateur «  un pionnier visionnaire initiateur de la cancérologie moderne, est une manière de mieux se réinscrire dans son histoire et aborder le futur avec énergie ».

Serait-ce aussi simple ?

Gustave Roussy (Vevey 1874 , Paris 1948). A Villejuif lui succédèrent  René Huguenin, Pierre Denoix, Yves Cachin, Maurice Tubiana, Robert Flamant,Thomas Tursz et (depuis 2010) Alexander Eggermont. Sa vie ne fut pas des plus simples. Elle se termina en tragédie. Ce franco-suisse issu d’une famille calviniste ayant fuit les Cévennes après la révocation de l’édit de Nantes était le petit-fils du fondateur de l’empire Nestlé.

Dans les années 1920, sur les hauteurs de Villejuif, aux portes de Paris, une suite de bidonvilles où survivent les marginaux, pauvres, et émigrés. C’est là que Gustave Roussy crée au sein de l’hôpital Paul-Brousse « le premier centre anticancéreux de la banlieue parisienne ». La suite est connue ; du moins l’est-elle par ceux qui ne se satisfont pas des logos, des marques et du gris taupe pour l’institutionnel.

Au début de 1947, Gustave Roussy est appelé à siéger au Conseil des ministres. Quelques mois plus tard, il est accusé par les services du ministère des Finances de « transport illicite d’argent entre la France et la Suisse ». Il est contraint à la démission de ses fonctions rectorales et ministérielles. Une campagne de presse (plus tard qualifiée de « calomniatrice » et d’ « humiliante ») se développe ; une campagne de calomnies et de propos mensongers sur l’origine de sa fortune se développe alors, fondée sur la base de jalousies et rivalités politiques. Gustave Roussy ne peut la supporter, il cherche à s’empoisonner. En vain. Un non-lieu est prononcé en mai 1948. Un non-lieu ? Gustave Roussy se donne la mort, le 30 septembre 1948. En s’ouvrant les veines. Avec succès.

Reportage à Wikipédia

René Leriche, qui savait ce que douleur veut dire : « On ne saurait arriver si haut ni avoir une si grosse fortune sans avoir d’ennemis ». S’intéresser à Gustave Roussy c’est, faute d’archives et loin de Villejuif, partir en reportage à  Wikipédia :

« Le Garde des Sceaux André Marie, ne voulant pas avouer l’erreur du gouvernement, refusera de reconnaître ce non-lieu et la réhabilitation de Gustave Roussy ne fut prononcée que deux ans plus tard par décret du 1 avril 1950 signé par le Président du Conseil Georges Bidault qui en consacra la réalité en faisant de l’Institut du cancer de Villejuif  l’Institut Gustave-Roussy pour garder en mémoire le rôle qu’avait joué ce grand homme dans l’histoire de la lutte contre le cancer. »

Il ne serait peut-être bon que les responsables du  nouveau nom sans trait d’union n’enterrent pas tout cela. Et le fassent savoir à ceux qui l’ignorent. A compter du 30 septembre 2013 ? Soixante-cinq ans plus tard.

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s