Urgence : le Dr House n’existerait pas !

Faut-il dire aux petites filles que Barbe Bleue n’a ni château, ni chambre secrète ? A sa façon, cocasse, une équipe du Samu 93 soulève la question.

Titre de la publication: “Dr House, TV, and Reality…”.

Références : Lapostolle F, Montois S, Althéritière A et coll The American Journal of Medicine (2013), 126 : 171-173.

Affiliation des auteurs: « Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Urgences – SAMU 93, Hôpital Avicenne, Bobigny, France; Université Paris 13, Sorbonne Paris Cité, EA 3509, Bobigny, France »

On trouvera ici ce texte dans son intégralité.

Il nous aurait vraisemblablement  échappé sans un rappel du site Medscape France (Dr Isabelle Catala). On y en apprend de bien belles. A commencer par le fait que l’information médicale présente dans les séries TV ne collerait par à la réalité. Question : ces séries sont-elles regardées pour regarder la réalité ?

« Urgences »

L’affaire n’est pas une première. En 1996, une publication dans The New England Journal of Medicine  avait montre les distorsions pouvant exister dans le domaine de la réanimation cardio-respiratoire. Un visionnage de quatre-vingt dix-sept  épisodes de trois des séries les plus populaires (« Urgences » « Rescue 911 » « Chicago Hope ») donnait 76 % de survie pour les soixante patients pris en charge  contre, pour des patients similaires et dans la « vraie vie » un taux attendu de 2%

« En 2011, 8,4 millions de français, en moyenne, ont regardé chaque semaine Dr House sur TF1, soit 33 % de l’audience nationale, rappelle Medscape.  Mais qu’ont-ils réellement vu, en termes de pratique médicale ? C’est la question que se sont posés les urgentistes du SAMU 93. La saison 2011 de Dr House a donc été analysée par un ou plusieurs médecins du SAMU 93. Les patients examinés étaient majoritairement des hommes (66 %), âgés en moyenne de 31 ans (seul un patient avait plus de 55 ans). »

Un visionnage patient retient encore qu’au total, les 18 patients ont été examiné ou ont subi un examen complémentaire à 225 reprises pour arriver au diagnostic final, soit un total de quatorze  actes par épisode, c’est-à-dire un toutes les 3,1 minutes. Parmi les examens complémentaires, l’IRM vient en tête (72 %), avant le bilan biologique standard (61 %), les biopsies (56 %), les échographies (39 %), les scanners (33 %), les angiographies (17 %), les EEG (17 %) et les ECG (11 %). Vingt-deux autres examens ont été pratiqués au moins une fois au cours de la saison télévisuelle.

L’addiction de l’interniste

Dans le service de Dr House les patients ont été traités à part égale par de la chirurgie, des antibiotiques ou des corticoïdes. Ils souffraient de pathologies variées telles que la maladie de Fabry, des anévrysmes cérébraux, un syndrome des antiphospholipides, une hémochromatose, une maladie de Crohn, une rate surnuméraire, une anémie lymphoblastique aiguë, un syndrome de Hughes-Stovin, une maladie de Wilson, un mélanome, une maladie de Whipple, une maladie d’Arnold Chiari, un paludisme, un kyste arachnoïdien, un purpura rhumatoïde… Qui ne retrouve là l’addiction  des internistes pour les prouesses intellectuelles sur le corps humain ?

« A Bobigny, la population hospitalisée est en moyenne plus âgée que dans Dr House (54 ans avec un taux de plus de 80 ans élevé), le sex ratio hommes femmes est proche de 1. Dans Dr House, la prise en charge des patients est faite de façon peu réaliste par rapport aux moyens disponibles aux urgences : trop d’examens complexes et pas assez d’examen de routine (ECG, bilan biologique, radiographies). Globalement, les médecins avaient recours à des examens particulièrement chers et dont les délais d’attente sont élevés en France (32 jours pour une IRM en 2011) », explique le Dr Lapostolle. Certes, mais nous sommes là dans un feuilleton et le temps nous est compté. Et nous savons tous qu’House est un hybride, mi-interniste, mi-urgentiste. Sans oublier sa misanthropie doublée d’un amour trouble pour son prochain. Ni ses multiples addictions. Existe-t-il des profils comparables à Bobigny ? A l’AP-HP ? En France ?

« Comme à la TV »

Pour le Dr Lapostolle, « ce type de série devrait être diffusée avec un message prévenant de la non-réalité des situations car présentés tels quels, ils distillent des informations médicales tout-à-fait erronées. De plus en plus, les patients cherchent à obtenir des prises en charge « comme à la TV » et deviennent agressifs auprès des soignants et intrusifs dans les soins. Seule l’information permettra de dissiper le malaise des soignants et des patients ». Serait-ce aussi simple ?

Une précision dit tout de l’incompréhension. Pour des raisons méthodologique les auteurs précisent avoir au total, sur les vingt-deux épisodes de 42,5 minutes cru devoir en exclure quatre exclus « car ils ne se déroulaient pas à l’hôpital ». Mais c’est précisément ce qui fait tout le sel de la série et du médecin mythique qui la porte : le hors-hôpital.  Enquêtant pour Slate afin de chroniquer au mieux la dernière saison plusieurs des spécialistes de médecine interne nous on dit à quel point ils rêvaient (ou avaient rêvé) de pouvoir, comme House, enfreindre les règlements. Soit remonter l’échelle du temps et des causalités en se rendant sur la scène où s’étaient nouées les tensions aux conséquences pathologiques. House ne connaît pas de frontières dans sa quête diagnostique ; c’est précisément ce qui fait son charme.

Drs House et Knock

Mais il a plus grave dans cette lecture (du moins si cette publication est bien rédigée au premier degré): la certitude qu’une série télévisée médicale doit refléter la réalité médicale de la vraie vie. C’est ne pas comprendre ce qu’est la série : tout sauf un documentaire. Et moins encore un programme d’éducation à la bonne conduite des patients aux urgences.

« The population and the examination strategies used by Dr House were unrealistic. Because of this distortion, patients may not understand, nor accept the delay, the investigation choices, the intervention costs, risks, nor failures of a daily medical practice. Physicians should be aware of this “information bias » .»

 Les auteurs pensent-ils vraiment que les médecins et les patients des urgences croient mordicus qu’House est le fidèle reflet de la réalité ? Si tel est le cas les médecins (et leurs patients) font-il le même parallèle avec Knock ? Question: faut-il imaginer l’urgentiste heureux ?

 

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