Affaire des pilules et IVG : merci de bien vouloir encore patienter

Les chiffres devaient être connus en juin. Ce ne sera pas le cas. On peut se demander pourquoi. Sinon: poursuite du rétablissement de la situation sur le front des prescriptions des contraceptifs hormonaux. L’heure  viendra-t-elle qui verra  la puissance publique reconnaître le rôle qu’ont pu jouer ici les médias ? 

Marisol Touraine, ministre de la Santé le 11 janvier dernier, devant la presse : « Tout sera mis en œuvre pour éviter que les inquiétudes actuelles ne se traduisent pas une diminution de la contraception et par une augmentation du nombre de grossesses non désirées. Je serai très vigilante sur ce point et suivrai l’évolution de ces pratiques. » C’était au plus fort de « l’affaire des pilules contraceptives ». Un mois plus tard, le 13 février, dans l’entourage de la ministre : « Une méthode a été mise au point qui repose sur la Drees, pour assurer un suivi mensuel des IVG. C’est un outil ad hoc qui est mis en place car la Drees organise habituellement le traitement et la publication dans un délai de plusieurs mois Nous serons prêts en juin. » Nous avions alors rapporté ces éléments sur ce blog.

Promesse de février

En février on pouvait s’interroger : un mois entre une annonce ministérielle et la mise au point de l’outil ad hoc. Quatre mois pour qu’il soit efficient. Ce délai n’était-il pas, par définition, bien trop long pour son objet ? Pourquoi une telle apparente pesanteur ? Mais surtout pourquoi un tel outil de surveillance épidémiologique relativement fine et réactive n’existait-il pas déjà ? Les IVG n’étaient-elles pas jusqu’à présent considérées comme des évènements médicaux justifiant une surveillance rapprochée ? Qui colligeait et de quelle manière les ventes de RU 486 ? Quelle méthodologie  allait-elle être mise en place ? Etait-il exact que des interruptions volontaires de grossesses  étaient aujourd’hui pratiquées sans être déclarées comme telles, mais enregistrées différemment aux yeux de l’assurance maladie ? Toujours en février on pouvait espérer que le nouvel outil de surveillance annoncé aurait pour vocation de subsister une fois qu’il en aurait terminé avec l’objet pour lequel il a été élaboré ?

Réalité de juin

Juin est arrivé et ce qui était annoncé n’est pas au rendez-vous. L’Agence nationale de sécurité des médicaments (Ansm) organisait une conférence de presse ce 26 juin dans le cadre de son plan d’actions sur les contraceptifs oraux combinés (COC). Une publication de la Drees était annoncée. Pas de publication, pas d’explication. Le rappel de données générales :

. IVG en établissement (hospitalières, médicamenteuses ou chirurgicales) : 86% des IVG en 2012 (source : Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information produites par l’Agence Technique de l’Information sur l’Hospitalisation). Délai de disponibilité : 4 mois

. IVG en ville (IVG médicamenteuses réalisées en cabinets libéraux, centres de santé, centres de planification et d’éducation familiale ; données de remboursements des forfaits IVG de la CNAM-TS)   14% des IVG en 2012. Délai de disponibilité : 1 mois

Au total la Dress ne disposons des données que jusqu’à février 2013. Ce qui est rend bien évidemment impossible l’analyse d’un phénomène (l’augmentation de la demande d’IVG du fait d’un abandon brutal d’une contraception orale) qui, s’il a existé, n’a commencé à apparaître qu’à cette date.

Droit de suite

Conclusion officielle : « Le suivi des IVG réalisé par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) jusqu’à février 2013 ne montre pas d’évolution particulière ». Le contraire eût été étonnant – ou hors sujet.  S’étonner ? Sans doute. Mais plus encore tenter de comprendre. Ce qui n’est, pour l’heure, pas permis. Le dossier est toutefois suffisamment important pour que nous continuions à nous y intéresser. A  nous y intéresser et à fournir ici les éléments de compréhension et d’analyse que l’on voudra bien nous fournir. Une forme de droit de suite.

Pour le reste le « point de situation juin 2013 » de l’Ansm confirme le retour d’une forme de raison dans les prescriptions. On trouvera la synthèse ici même.  La tendance observée se poursuit avec une baisse de 43 % des prescriptions des COC de 3ème et de 4ème génération et une hausse de 34 % des COC de 2ème génération. La part des prescriptions de COC de 1ère et de 2ème génération par rapport à celles des COC de 3ème et de 4ème génération est actuellement de 73 % et de 27 %.

Prescriptions dans le bon sens

D’autre part les résultats de l’étude réalisée par la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnamts) en lien avec l’ANSM sur les risques des différentes générations de COC et portant sur plus de 4 millions de femmes, sont rendus publics. Ils confirment l’existence d’un doublement du risque d’embolie pulmonaire avec des COC de 3ème génération par rapport à celui de 2ème génération et apportent des données supplémentaires sur l’effet du dosage d’estrogène. Ces données sont disponibles ici.

« Des pratiques de prescription qui vont dans le bon sens, résume l’Ansm. Il convient de souligner la pertinence des pratiques des prescripteurs depuis le mois de décembre dernier. En effet la prescription de COC de 3ème  et de 4ème génération a diminué de façon très marquée et l’augmentation importante de l’utilisation des COC de 2ème génération est presque exclusivement le fait de prescriptions de pilules faiblement dosées en estrogènes (20 μg). Les pratiques de prescripteurs vont donc largement dans le sens d’une minimisation des risques liés aux COC. »

Sans emphase ni petits fours

Aucune référence n’est faite à l’élément déclenchant. Aucune référence, non plus, aux raisons qui faisaient que les pratiques des prescripteurs n’étaient pas aussi pertinentes que ce qu’elles sont devenues. Que s’est-il donc passé en « décembre dernier » ?  Quand la puissance publique reconnaîtra-t-elle (sans emphase ni petits fours ni rubans rouges) de manière  audible que l’action des médias n’a pas été totalement inutile ou, pire, nuisible ?

Ce propos est d’autant plus libre que nous n’avions, pour notre part, jamais imaginé que la campagne médiatique (parfois outrancière) qui avait suivi la mise en scène d’un dépôt de plainte pourrait conduire aussi vite à une situation de loin préférable à la précédente. Sans doute le moment était-il venu et le système réclamait une forme de régulation qui ne pouvait naître en son sein. Et les autorités sanitaires semblent, au final, avoir su gérer au mieux une affaire qui apparaissait en décembre fort mal engagée.

Tout cela ne rend que plus fâcheux, incompréhensible, cette impuissance à fournir (en temps sinon réel du moins dans des délais cohérents du point de vue de la santé publique) des données aussi essentielles que celles concernant les interruptions volontaires de grossesse. Y a-t-il ou non eu, dans les premiers mois de 2013 un pill scare à la française ? Une date sera-t-elle avancée ?

 

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