Cigarette électronique : la vérité sur le complot

Merci à Dominique Dupagne d’avoir le courage sur son blog,  d’énoncer simplement ce que beaucoup ne semblent pas bien concevoir. La cigarette électronique est un évènement majeur de santé publique. Mais les freins paradoxaux qui s’opposent à son développement sont, à notre sens, plus profonds qu’il le croit.

Dominique Dupagne : « La cigarette électronique a fait la preuve de son utilité contre le tabagisme, et rien ne permet de penser qu’elle présente la moindre toxicité. Elle constituera sans doute le plus grand progrès en termes de santé publique du début du XXIe siècle. Les raisons qui freinent son développement sont à rechercher du côté des lobbies qui vivent du tabac ou des médicaments du sevrage tabagique, et de la naïveté coupable des politiques. »

Lobbies et naïveté, donc. Ou lobbies, tout simplement si, ardent défenseur de la théorie du complot, on en vient à penser que la « naïveté » des politiques n’est que le masque de leur compromission. Rien ne permet bien évidemment d’écarter définitivement cette hypothèse de travail. Les lobbies (du tabac et de l’industrie pharmaceutique) sont bel et bien là –même si on ne les entend pas. Quant à l’action des politiques français sur un tel sujet il est aussi difficile de plaider/requérir  la naïveté que la culpabilité. Les cieux français actuels, judiciarisés, ne sont pas toujours les plus favorables à l’action politique en matière de santé publique. Quant au paradoxe sanitaire offert par la cigarette électronique il ne concerne pas que la France, loin s’en faut –certains pays en ayant interdit le commerce et l’usage.

Plasticité du grand capital

On peut d’autre part parier ici sur une forme de plasticité capitalistique des grandes multinationales. Celles du tabac ne cachent pas qu’elles vont entrer sur le marché de la e-cigarette : l’argent du profit et des actionnaires peut ne pas avoir l’odeur du goudron et des produits cancérogènes. La fragrance de la nicotine mentholée peut la remplacer. De même, le marché des substituts nicotiniques n’est pas à ce point considérable qu’il ne puisse être remplacé par d’autres spécialités pharmaceutiques d’une efficacité comparable ou plus grande.

L’obstacle principal, nous semble-t-il est plus profond. Il est dans le refus collectif d’accepter que le fumeur ne souffre pas véritablement pour expier ses péchés. Il est dans la posture (souvent cambrée) dans la gestuelle des vapoteurs que nombre de non-fumeurs perçoivent comme proprement insupportables. Il est dans la reconquête par ces nouveaux évangélisateurs de territoires publics que nous croyions (1) définitivement gagnés.

Le prix du plaisir

Il est dans l’idée  plus catholique que chrétienne (et plus présente que l’on croit) qui veut que celui qui a succombé doit payer. Et si plaisirs il a pris il devra y mettre un plus grand prix.  Comment comprendre, sinon, que l’on ne prenne pas véritablement et collectivement en charge les tentatives que fait le fumeur pour sortir de son esclavage ? Qu’il en sorte, mais seul !

Cette lecture religieuse prévaut pour partie dans les tentatives visant à faire que l’abstinence totale, radicale, définitive ne soit pas la seule issue thérapeutique pour les malades alcooliques. On la retrouve sous un visage laïc dans la fiscalisation-taxation  étatique de toutes les addictions qui ne sont pas illicites.

Si complot il y a, cher Dominique Dupagne, il nous semble être, pour l’essentiel, à ce niveau. On observera aussi qu’il est démocratiquement accepté – et que l’Eglise n’est plus dans le paysage. C’est, ma foi, un assez joli défi, politique, journalistique et de santé publique, à relever.

(1) L’auteur de ces lignes n’a jamais consommé de tabac. Ce qui ne lui interdit pas de s’intéresser à celles et ceux de ses proches qui n’ont pas eu cette chance.

 

 

 

6 réflexions sur “Cigarette électronique : la vérité sur le complot

  1. Bonjour Jean-Yves,

    Ton billet me fait penser à une réplique culte de Dark Vador dans le Retour du Jedi : « L’Empereur est beaucoup moins indulgent que moi » 😉

    Tu as raison, mon obstination à vouloir trouver « du bon » chez les politiques fait de moi le principal naïf.

  2. On a déjà connu ce type d’engouement pour un produit qui devait sauver le monde du fléau tabagique de santé publique, le Snus. La Suède qui dispose d’une exception européenne pour l’utilisation de ce produit démontre qu’à l’usage, le Snus n’a pas une influence significative sur la consommation tabagique suédoise qui demeure supérieure à celle du Royaume-Uni et à peine inférieure à celle de la France ou des Pays-bas. Par contre, il faut rajouter plus de 20% de la population suédoise rendue dépendante du Snus.

    Certes, les effets négatifs de la cigarette électronique sur la santé devraient être infiniment moins importants que ceux du Snus. Mais, de toute évidence, ils ne seront pas complètement nuls et seront certainement notables en termes d’addiction pour les produits, de plus en plus nombreux, qui contiennent de la Nicotine.

    Ceci n’empêche pas de concevoir que cette invention géniale aurait pu révolutionner la pratique du tabagisme ; malheureusement, l’appât du gain a incité ceux qui en font commerce à le promouvoir en s’appuyant sur deux slogans indéfendables :
    1) avec la cigarette électronique, vous pouvez fumer partout où cela est interdit.
    2) c’est un produit d’aide au sevrage tabagique qui refuse les contrôles nécessaires de l’ANSM pour tout produit qui prétend favoriser la santé.

  3. Bonjour,
    Oui c’est à la limite du dégoût. Je me rend bien compte que de nos jour seul le fric compte… et c’est seulement lui qui gouverne !
    La récente histoire des députés invité à diner par le marchand de tabac anglais m’a donner envie de distribuer des gifles à ces députés qui semblent juste « pourri » jusqu’à la moelle !

    Comme le prévoit ce blogueur : http://blog.ehesp.fr/mediasantepublique/2013/07/06/cigarette-electronique-la-verite-sur-le-complot/
    il faut s’attendre à beaucoup de changement concernant la e-cig.

  4. Ce qui me semble étrange ou plutôt me fais sourire est que Dominique Dupagne ne manifeste pas un aussi grand enthousiasme vis à vis du baclofène. Les 2 histoires semblent très proches quand même ..

    • Merci pour cette remarque-commentaire.
      L’étrange n’est pas que Dominique Dupagne ne manifeste pas « l’enthousiasme » dont vous parlez (il répondra sur ce point s’il le souhaite).

      L’étrange est me semble-t-il (et sous réserve d’inventaire bibliographique) dans l’absence d’analyse conjointe des deux phénomènes de « grignotage » du concept (depuis toujours salvateur) de l’abstinence totale et définitive en tant qu’objectif unique des thérapeutiques mises en oeuvre dans ces deux champs de l’addiction.

      Quand les spécialistes et les sociétés savantes directement concernées théoriseront-elles ce qui semble émerger aujourd’hui ?

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