Tabac: schizophrénique, l’OMS redit son veto à la cigarette électronique

L’OMS est engagée dans un bras de fer avec Big Tobacco. Pour autant elle  reste sourde à l’appétence  internationale grandissante pour  le vapotage. Une des raisons : le nicotine est délivrée dans les poumons. Prendre le risque du « non au vapotage » et, ainsi, du « oui au tabac ».

Via Appia, sur les hauteurs luxueuses de Genève le siège de l’OMS a tout d’un palais de verre. C’est aussi une tour d’ivoire. Si l’on excepte les pré-alertes pandémiques le temps s’écoule à un autre rythme que dans le reste du monde. La direction générale et l’immense armée des fonctionnaires internationaux y vivent au rythme des « assemblées mondiales », des manœuvres électorales, de l’angoisse des élections et des reconductions du budget de l’Organisation.

On traite aussi parfois, via Appia, de santé voire de prévention. L’OMS est ainsi engagée dans une action affichée comme volontariste contre les multinationales du tabac. Dans le jargon onusien c’est « L’Initiative pour un monde sans tabac ». Une action qui n’est ni sans panache ni sans résultat. Pour autant qui dit monde « sans tabac » ne dit pas, via Appia, monde seulement débarrassé des goudrons et des fumées cancérigènes. Il faut y associer la nicotine inhalée. Et ceci est loin d’être un détail, qui conduit à la schizophrénie : non au vapotage, au risque de dire oui au tabac.

Cinq ans bras croisés

Dans un précédent billet de ce blog nous rappelions la position de l’organisation onusienne : « L’OMS n’a connaissance d’aucune preuve scientifique étayant l’affirmation des entreprises qui commercialisent la cigarette électronique, selon laquelle celle-ci pourrait aider les gens à cesser de fumer. En réalité, à notre connaissance, aucune étude rigoureuse avalisée par des spécialistes, n’a été effectuée démontrant que la cigarette électronique est une thérapie sûre et efficace de remplacement de la nicotine, faisait-on savoir au siège genevois de l’Organisation en septembre 2008. L’OMS n’écarte pas la possibilité que la cigarette électronique puisse être utile comme moyen de sevrage. La seule façon de le savoir est de réaliser des tests. »

Cinq ans plus tard des millions de personnes ont commencé à tester et/ou à adopter la cigarette électronique. Souvent avec nicotine, parfois sans. Parfois dans l’optique du sevrage tabagique, parfois non. Parfois en association avec la cigarette de tabac, parfois pas. Toujours avec en arrière-plan la volonté plus ou moins nette de briser une addiction, un servitude qui n’avait plus rien de volontaire.

Sécurité toujours non démontrée

Durant ces cinq ans qu’a fait, sur ce front majeur de santé publique, l’OMS ? Rien de notable. Sauf réunir ses experts pour rédiger le document qui vient d’être rendu publique depuis la via Appia. Juillet 2013 : l’OMS déconseille le recours à la cigarette électronique. Pour justifier sa position que met-elle  met en évidence ? Tout simplement le manque de données scientifiques, relatives à la sécurité d’emploi et à l’efficacité de ce produit, en tant que méthode de sevrage. On trouvera son argumentaire Questions/Réponses (en anglais) concernant sur ce qu’elle appelle « les systèmes électroniques de délivrance de nicotine ». Ce qui donne « electronic cigarettes or electronic nicotine delivery systems» ou ENDS) – ce qui ne manque pas d’humour.

Pour l’essentiel : « la sécurité des ENDS n’a pas été scientifiquement démontrée ». En substance : les risques potentiels qu’elles posent pour la santé des utilisateurs restent indéterminés. En outre, des tests scientifiques indiquent que les produits varient largement en concentration de nicotine et d’autres substances chimiques et il n’existe aucun moyen pour les consommateurs de savoir ce qui est réellement délivré par le produit qu’ils ont acheté. En substance, toujours : Comme les ENDS ne génèrent pas la fumée associée à la combustion du tabac il est communément admis par les consommateurs que leur utilisation est plus sûre que le tabac à fumer. Cette «sécurité»  illusoire peut être attrayante pour les consommateurs. Pour autant les produits chimiques utilisés dans les cigarettes électroniques ne sont pas tous connus et il n’y a pas de données adéquates quant à leurs émissions.

La livraison nicotinique au poumon

L’usage de la cigarette électronique  est-elle une méthode efficace pour arrêter de fumer du tabac? Pour l’OMS cette efficacité n’a pas été scientifiquement démontrée. Elles  sont souvent considérées comme substituts de tabac, des alternatives de fumer ou des aides de renoncement au tabac. « Mais nous savons que les produits de désaccoutumance au tabac, pour être utilisés efficacement et en toute sécurité, doivent être utilisés conformément aux instructions élaborées pour chaque produit par des essais scientifiques. » Ce qui n’est pas le cas des ENDS.

Or aucune des aides substitutives autorisées (timbres et chewing-gums) ne « libère de la nicotine dans les poumons ». Par voie de conséquence les mécanismes biologiques par lesquels le sevrage tabagique pourrait être atteint (via la livraison de nicotine dans les poumons) sont inconnus. Et cette « livraison nicotinique au poumon » pourrait être dangereuse. Par conséquent, indépendamment des effets de la nicotine, il est d’une importance capitale, globale, mondiale d’étudier cette question.

Impacts désastreux

D’ici là l’OMS estime non pas de sa responsabilité mais bien de celle des Etats de déconseiller l’usage des cigarettes électroniques. Pour l’avenir il conviendrait que l’innocuité et l’efficacité de ces dispositifs soient évaluées par des organismes nationaux  réglementaires compétents.

Rien semble-t-il n’est prévu sur ce sujet en France où, assure-t-on de source officielle, près d’un million de personnes sont d’ores et déjà concernées. Directement concernées. Auxquelles il convient d’ajouter leurs proches.  Rien n’est prévu non plus pour évaluer les impacts désastreux des encouragements officiels répétés ayant pour effet de décourager celles et ceux qui envisagent, parfois non sans courage, de passer au vapotage.

 

 

 

 

 

 

 

 

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