Alcoolisme : la jeune femme guérie du cimetière Montparnasse

Lundi 22 juillet. Obsèques du promoteur du baclofène dans l’indication « maladie alcoolique ». On ne pouvait pas ne pas y revenir sur cette affaire atypique de santé publique. Choses vues.

On parle  peu de guérison lors des obsèques. Blonde et jeune ; coupe au carré, pantalon, débardeur et chaussures de sport ; mâchoires volontaire. Cambrure à la Carmen, mais sans les  poings sur les hanches.  Et un regard comme revenu des abîmes.

Lundi 22 juillet, dans la fournaise du cimetière Montparnasse, elle est restée aux lisières du convoi, n’a pas dit un mot, n’a pas jeté le moment venu une pincée de terre sur le cercueil. Au moyen d’un trombone accroché à son sac en bandoulière elle avait fixé un carton, un carton minuscule sur lequel on parvenait à lire, en orange et bleue « Guérie grâce à O.A» Il est des hommages plus voyants. Il en est aussi de moins profonds.

Amoralité pharmaceutique

On traite assez  rarement de santé publique lors des obsèques. Ce fut pourtant le cas lundi 22 juillet dans la fournaise du cimetière Montparnasse. Quelques-uns ont rappelé  les (nombreuses) réticences confraternelles (spécialisées) à admettre qu’une nouvelle voie puisse s’entrouvrir dans la prise en charge (la guérison) de la maladie alcoolique. Ils ont souligné, sans effet de tribune, quelques-unes des incohérences majeures de cette affaire sans précédent. Pourquoi cette frilosité (pour ne pas dire plus) des institutions publiques de recherche face à un phénomène qui concerne au premier chef la recherche scientifique,  la santé et la recherche médicale, la recherche clinique, hospitalière ou pas ? Ils auraient pu  aller plus loin : pourquoi ce silence, cet immobilisme, cette forme d’amoralité  des firmes pharmaceutiques concernées se refusant à investir un centime dans un essai clinique tout en continuant à commercialiser leur molécule-générique  en acceptant qu’elle soit prescrite en dehors de ses indications officielles ? Le retour express sur investissement ? La voracité des fonds de pension ? La jungle primitive réinventée par le capitalisme ?

On évoque peu fréquemment l’hyperesthésie lors des obsèques. Lundi 22 juillet Dr Renaud de Beaurepaire n’a pas craint de le faire en évoquant le caractère parfois difficile du défunt, un homme hypersensible comme le sont  nombre de ces artistes dont il faisait à l’évidence partie. Ce médecin a parlé brièvement et fort justement de celui dont il a partagé le combat, un combat qu’il poursuivra. Il a  dit ses certitudes prophétiques. Aujourd’hui en France des milliers de médecins prescrivent du baclofène à des dizaines de milliers de malades alcooliques. Leur nombre ne cessera selon lui d’augmenter et le phénomène dépassera bientôt l’Hexagone. Il a parlé de la victoire  historique que constitue le feu vert de principe (que n’a toujours pas  donné) l’Agence nationale de sécurité du médicament  pour des prescriptions facilitées.

Alcooliques et/ou SDF

Mêmes les obsèques ont une fin. En sortant du cimetière Montparnasse par l’entrée principale on tombe, comme chacun sait, sur les entreprises funéraires qui tiennent le haut du pavé du boulevard Edgard-Quinet. Sur les bancs caniculaires on trouvait, lundi 22 juillet, quelques gentils clochards avinés. Dans la fournaise et en terrasse, on buvait des bocks et des limonades. Surtout des bocks. Rue du Maine on pouvait  lire, parmi d’autres immondices, des  affichettes collées sur des parcmètres : « Les SDF ne sont pas tous des alcooliques ! Des vrais logements pour les SDF cleans ! ».

Ces affichettes pullulent. Elles ont des dimensions nettement plus grandes que le message cartonné de la jeune femme guérie du cimetière. Le combat est, aussi, là.  Qui sait qui l’emportera ? En toute hypothèse le Dr Olivier Ameisen manquera.

2 réflexions sur “Alcoolisme : la jeune femme guérie du cimetière Montparnasse

  1. bonsoir,
    merci M. NAU pour cet hommage; vous êtes, à ma connaissance, le seul journaliste à vous être déplacé au cimetière et surtout à avoir écrit un (très beau) texte en hommage à Olivier Ameisen.
    Jusqu’au bout il aura œuvré dans l’ombre et le mépris?
    je fait partie de cette mémoire vivante et je continuerai à témoigner de son incroyable découverte qui m’a sauvé de mes poly-addictions ou plutôt des addictions qui étaient symptômes d’un fonctionnement pathologique liée à mes angoisses.
    il m’a guéri.
    Et avec l’aide du forum « baclofène.com » qui s’appuie sur ses écrits et préconisations, je me suis sauvée, définitivement: cela fait plusieurs mois, j’ai totalement changé mon quotidien (sport tous les matins, arrêt de l’alcool, shit, tabac)
    je vis, je suis heureuse
    merci M. AMEISEN
    merci à vous, M. NAU, de lui faire honneur
    isabelle,
    « la jeune femme guérie du cimetière Montparnasse »

  2. Bonjour,
    Il n’y a évidemment rien à ajouter à ce témoignage, ma réaction étant simplement qu’Isabelle a eu raison de faire ce geste, et que vous avez eu raison de le signaler.
    Je souhaite faire un commentaire concernant la recherche clinique: le terme a attiré mon attention, car je fais partie d’un « Comité de protection des Personnes », chargé d’appliquer la « loi Huriet ». Je ne connais rien au domaine du sevrage alcoolique, mais j’ai essayé de m’imaginer rapportant un projet de recherche concernant le baclofène, à partir des éléments que vous indiquez. J’aurais rencontré des difficultés majeures :
    – la justification de l’étude : probablement aucune donnée pré-clinique indiquant un effet de ce produit sur un mécanisme de dépendance, de multiples observations individuelles mais, par définition, ne correspondant pas aux règles de la recherche clinique (sinon, la question ne se poserait pas …): donc, un fondement rationnel plutôt mince
    – pire, le choix des doses : comment justifier d’utiliser des doses très supérieures aux doses recommandées ?
    Dans l’évaluation bénéfices/risques, j’aurais conclu à une réelle prise de risque, compte-tenu de ce que l’on connaît de ce médicament, pour un bénéfice espéré reposant sur des observations non validées. Dans un contexte général où le principe de précaution est inscrit dans la Constitution, et dans le contexte particulier du Médiator, je pense qu’il m’aurait été difficile de franchir le pas, et de donner un avis favorable à un essai du baclofène dans cette indication.
    Commentaire pessimiste, simplement pour signaler les difficultés de la recherche clinique.
    Cordialement
    J-L Pérignon

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s