PMA Figaro-ci – GPA Figaro-là

Le plus vieux quotidien français accuse l’Académie de médecine de préparer les suites procréatrices du « mariage pour tous ». L’Académie s’en défend. Où est la vérité ?  Et que nous dirait Jean Rostand ? 

Depuis quelques heures, à Paris, le courant passe mal entre la rue Bonaparte (n°16) et le boulevard Haussmann (n°14). Peut-être même ne passe-t-il plus.  Le Figaro (éditions du 24 juillet) vient de consacrer sa Une à l’Académie de médecine. C’est sans doute une première depuis la naissance d’un quotidien qui connut Charles X de France (1757-1836). Naissance en 1826 soit six ans seulement après celle de la prestigieuse compagnie médicale qui eut Louis XVIII pour père. Levons le pied. Et songeons un instant que ces deux institutions  nous contemplent depuis bientôt quatre siècles.

Acte I. L’attaque du boulevard Haussmann

Elle est violente, car en Une (trois col en tête). « La nouvelle offensive des partisans de la PMA-GPA . La procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui sont étudiées par l’Académie de médecine qui mène une enquête sur le attentes des couples homosexuels auprès des gynécologues-obstétriciens ». Suivent deux pleines pages (les prestigieuses 2 et 3). Soit un ensemble assez disparate mais néanmoins cohérent si l’on quitte l’Académie pour l’idéologie ; celle du combat contre le « mariage pour tous » et ses possibles suites procréatrices.

On cite la lettre adressée au nom de l’Académie de médecine par les Pr Pierre Jouannet et Roger Henrion. Ces deux spécialistes réputés (le premier d’assistance médicale à la procréation, le second de gynécologie-obstétrique) enquêtent auprès de leurs confrères. Ils enquêtent et anticipent : ils rappellent que le Comité national d’éthique présidé par Jean-Claude Ameisen lancera prochainement un débat national sur le sujet (1). Ils consultent sur la perception de leur pair quant à la nécessité ou non d’une prise en charge par les caisses d’assurance-maladie (sujet essentiel, économique, éthique, symbolique et politique). On dit la « stupéfaction » des professionnels du site Gènéthique « site d’information et d’analyse de bioéthique » ; sans dire que ce site a été créé par la Fondation Jérôme Lejeune : www.fondationlejeune.org (ce qui éclaire la lecture et alors même que ses responsables ne font nullement mystère de leurs liens avec ce courant de pensée.

Le Figaro ouvre encore ses colonnes au porte-parole de l’Association des parents gays et lesbiens (APLG) qui « diffuse le questionnaire à tous ses adhérents » qui dit voir là « un grand espoir ».  L’association parle aussi sur son site d’une autre étude, différente,  en cours. Un médecin (sous couvert d’anonymat) a pris contact avec le quotidien pour son indignation anonyme.  Sur le site tout ceci cela devient « PMA et GPA : l’enquête secrète de l’Académie de médecine »

Acte II La contre-attaque de la rue Bonaparte

Elle a pris la forme d’un communiqué académique publié quelques heures après la sortie en kiosque. Le voici :

« A la suite de l’article publié à la Une du Figaro, intitulé «  La nouvelle offensive des partisans de la PMA-GPA : la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui sont étudiées par l’Académie de médecine qui mène une enquête sur les attentes des couples homosexuels auprès de gynécologues obstétriciens » en date du mercredi 24 juillet 2013, l’Académie nationale de médecine souhaite apporter les précisions suivantes :

Comme elle a coutume de le faire s’agissant de questions de société à connotation sanitaire, dans le cadre de sa mission de santé publique, l’Académie de médecine a créé en toute indépendance un groupe de travail pour réfléchir aux implications médicales de mesures législatives éventuelles qui modifieraient les conditions actuelles d’accès à l’Assistance médicale à la Procréation (AMP) et à la Gestation Pour Autrui (GPA), en les ouvrant notamment à des indications non médicales.

Ce groupe de travail, intitulé «  Assistance médicale à la procréation et gestation pour autrui » a été rendu public dès sa création et, comme n’importe quel autre groupe de travail académique, il a mené un certain nombre d’auditions et rassemblé les éléments d’appréciation lui permettant d’alimenter sa réflexion. C’est dans ce contexte qu’il est apparu utile de recueillir des informations concernant l’expérience et l’opinion des médecins directement impliqués et responsables, et de dresser un état des lieux. Un bref questionnaire a ainsi été adressé à plusieurs organisations de médecins, dont le Collège National des Obstétriciens et Gynécologues Français (CNOGF) qui s’est montré intéressé et l’a diffusé auprès de ses adhérents.

La synthèse des réflexions du groupe de travail sera présentée dans un rapport qui devrait être finalisé avant la fin de l’année 2013 et qui conduira éventuellement l’Académie de médecine à formuler des recommandations sur le sujet. »

Acte III Rostand (Jean) entre en scène

Les lecteurs fidèles, affûtés de longue date à la lecture du Figaro, ne peuvent pas ne pas s’interroger. Faut-il voir les prémices d’une rupture ? Depuis longtemps déjà les pages « Médecine » du quotidien s’ouvrent chaleureusement  (chaque lundi) aux membres de l’illustre compagnie qui font là œuvre de pédagogie journalistique. C’était là une initiative assez curieuse mais au final assez harmonieuse. Mais maintenant ? Les ponts tanguent-ils ? Rompront-ils ? On le saura à la rentrée.

Dans l’attente il faut revenir aux fondamentaux ancestraux. L’Académie a-t-elle péché ?

L’article 2 de l’ordonnance de 1820, signée par Louis XVIII, définit ainsi les statuts et missions de l’Académie (royale qui devint nationale) de médecine :

« Cette académie sera spécialement instituée pour répondre aux demandes du gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique, et principalement sur les épidémies, les maladies particulières à certains pays, les épizooties, les différents cas de médecine légale, la propagation de la vaccine, l’examen des remèdes nouveaux et des remèdes secrets, tant internes qu’externes, les eaux minérales naturelles ou factices, etc.

Elle sera en outre chargée de continuer les travaux de la Société royale de médecine et de l’Académie royale de chirurgie : elle s’occupera de tous les objets d’étude ou de recherches qui peuvent contribuer au progrès des différentes branches de l’art de guérir. »

A cette aune où serait la faute ?

« Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. »A la bonne heure.  On connaît la formule, la raison de continuer à vivre de Figaro qui dit avoir pour prénom « Anonyme ». Celle du héros créé par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais . Figaro de Séville, Figaro qui se marie, Figaro et la culpabilité maternelle. Incidemment  des affaires de mariage et de procréations plus ou moins autorisées.

Figaro héros populaire et sympathique, parfois pathétique voire dramatique. Il arrive souvent trop tard. Il ne peut empêcher l’irréparable. Il est le témoin, le catalyseur de toute l’histoire — « Figaro-ci, Figaro-là ». Amoureux, entremetteur, discoureur, serviteur virevoltant, nigaud maladroit, cabotin, provocateur, valet résigné. Ce Figaro trop humain annonçait, dit-on, les thèmes de la Révolution française; la libération des âmes et des corps.

Au moment de la Révolution de 1789 (avant Le Figaro donc, avant  l’Académie et le baron Haussmann) vivait Novalis (1772-1801). De l’autre côté du Rhin. Plus précisément  Georg Philipp Friedrich, Freiherr  von Hardenberg.  On se souvient de lui en tant que poète, romancier, philosophe, juriste, géologue, minéralogiste et ingénieur minier. Et plus encore  comme l’un  des représentants les plus éminents du premier romantisme allemand. Celui né à Iéna – que Bonaparte croisa.

Dans ses formidables Pensées d’un biologiste Jean Rostand (1894-1977) écrit que procréer n’était rien d’autre qu’expérimenter avec le hasard. La formule est belle. Rostand précisait qu’il ne faisait ici que reprendre ce que Novalis écrivit du jeu. Peut-on dire que procréer est un jeu ? Et si oui serait-ce en élargir la palette que d’autoriser via la loi PMA et GPA ? Fils du géant Edmond, Jean Edmond Cyrus Rostand aimait écrire et ne fut pas un saint. Il soutint notamment (ce que ses laudateurs veulent oublier) une forme d’eugénisme positif;  et ce au moment où Hitler arrivait au pouvoir en Allemagne. Vingt ans plus tard, en 1954, (dans les Pensées d’un biologiste), il écrit « Tout ce que nous pouvons pour nos enfants, c’est de bien choisir leur mère ». Ceci plaide-t-il en faveur de la GPA ?

Cinq ans encore et voilà qu’ il entrait sur la scène de l’Académie. L’Académie française. Au n° 23 du Quai Conti.

(1) Dans le dernier numéro du magazine Elle, petite recension du dernier ouvrage du Dr François Olivennes (« Faire un enfant au XXIème siècle »; Editions Flammarion). Extrait:  « (…) Il confie sa détermination à donner les bonnes adresses aux femmes qui partent à l’étranger recevoir un don d’ovocytes, afin qu’elles échappent au tourisme procréatif. (…)« . La Direction Générale de la Santé et l’Ordre national des médecins rappelaient en décembre dernier que de tels conseils pouvaient exposer le médecin qui les prodiguait à une peine de prison (cinq ans) et une amende (75 000 euros).

 

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