Cigarette électronique, scandale de santé publique (suite inattendue)

Nouvelle attaque en piquet [corrigé: piqué] contre les e-cigarettes. Elle émane cette fois de la revue 60 Millions de consommateurs. Reprise de l’antienne : elles pourraient bien être dangereuses. C’est possible. Cancérogènes ? Dans le même temps le tabac tue (prématurément) deux cents consommateurs par jour. Soit environ deux millions depuis que la revue existe. Où se situe la véritable urgence ?   

Scoop à la Une : le vapotage pratique à laquelle s’adonnent entre cinq cent mille et un million de Français(es) « ne serait pas aussi inoffensif qu’on voudrait bien nous le faire croire. « On » ? Entendez les fabricants de cigarettes électroniques. C’est ce que révèle dans sa livraison de septembre la revue 60 Millions de consommateurs

« Peut tuer un enfant »

Ainsi donc les cigarettes électroniques pourraient bien  « émettre des composés potentiellement cancérogènes » écrit la revue, qui a « testé une dizaine de modèles, jetables ou rechargeables ». A savoir l’étiquetage de certains produits ne serait  pas toujours conforme ; la dose de nicotine des recharges liquides (qui comportent toutes un logo-tête de mort) ne correspond pas toujours à ce qui est mentionné (avec des teneurs ….. inférieures dans tous les cas) ; des produits annoncés « sans » propylène glycol en contiendraient ; ou encore des fabricants « oublieraient » de mentionner sa présence.

Ce n’est pas tout : des problèmes « de sécurité » auraient  également été relevés. La revue qui œuvre au service des consommateurs dénonce ainsi « l’absence de bouchon de sécurité sur certaines recharges » et ce  « alors que la nicotine est particulièrement toxique pour les petits ». On l’oublie, mais « l’ingestion de doses élevées de certains produits de l’étude peut tuer un enfant ».

Acroléine, acétaldéhyde, nickel, chrome et antimoine

« Si jusqu’à alors, les études menées sur les vapeurs d’e-cigarettes n’avaient jamais mis en évidence de molécules cancérogènes en quantité significative, nos analyses démontrent pour la première fois que les vapeurs de certaines marques contiennent des substances très préoccupantes, parfois même en quantité plus importante que dans certaines cigarettes conventionnelles ! » alerte la revue.

Egalement décelée : l’acroléine, une molécule toxique, émise « en quantité très significative par le modèle E-Roll – mieux : « à des teneurs qui dépassent même parfois celles que l’on peut mesurer dans la fumée de certaines cigarettes ». Ceci vraisemblablement en raison d’un dispositif qui chauffe trop vite. Sans oublier l’acétaldéhyde, classé cancérogène possible, dont les teneurs parfois loin d’être négligeables relevées restent toutefois très inférieures à celles observées avec les cigarettes de tabac. Pour finir des traces de métaux « potentiellement toxiques » auraient été détectées dans Cigartex, qui libère autant de nickel et de chrome qu’une vraie cigarette, et dans la Cigway jetable, qui libèrerait plus d’antimoine.

« Ce ne sont pas des raisons pour les interdire »

Et la conclusion ? « Ce n’est pas une raison pour les interdire, assure  Thomas Laurenceau, rédacteur en chef du magazine de l’Institut national de la consommation (INC). C’est une raison pour mieux les contrôler ». Il est vrai que l’on comprendrait assez difficilement que l’on interdise la cigarette électronique et que l’on continue à laisser le tabac en vente libre. Pour sa part la revue «  appelle les autorité de santé à réagir ». « Le code de la consommation pourrait encadrer la véracité de l’étiquetage et imposer un bouchon de sécurité », relève notamment M. Laurenceau. Serait-ce tout ce que propose et réclame ce rédacteur en chef ?

L’affaire ne manquera pas de faire du bruit. Certains évoquent le gadget fumeux (sic) que constituerait la cigarette électronique. Déjà reprise sur les ondes matinales radiophoniques elle est ainsi résumée; la e-cigarette est « potentiellement cancérogène ». N’en doutons pas: cette affaire mettra mal à l’aise nombre de celles et ceux qui tentent le sevrage associé au vapotage. Elle auto-justifiera le comportement des fumeurs et des fumeuses qui n’ont pas le courage de sortir de leur esclavage. De ce point de vue l’initiative de la revue de l’INC reproduira très précisément les effets de la couverture médiatique qui a suivi la remise du « rapport Dautzenberg » à Marisol Touraine, ministre de la Santé. Car faute de hiérarchiser les priorités de santé publique on ajoute à la confusion.

Comment se justifier demain

Incidemment on voit ici l’INC chasser sur les terres de la Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF, ministère de l’Economie) tout en en appelant à la responsabilité de la Direction Générale de la Santé (DGS, ministère de la Santé). Où l’on retrouve aussi l’incompréhensible difficulté qu’a la puissance publique française pour prendre raisonnablement en charge l’évaluation d’une affaire qui se situe au cœur même d’une problématique majeure de santé publique. Comment comprendre aujourd’hui (comment justifier demain) que cette puissance publique ne soit pas parvenue en temps et en heure à évaluer en toute indépendance l’innocuité et l’efficacité d’un objet aujourd’hui consommé par plusieurs centaines de milliers de Français ?

Ni « produit de santé » (assimilable à un médicament), ni « produit dérivé du tabac » la cigarette électronique évolue dans un no man’s land français, une terra incognita tricolore. Pendant combien de temps encore ?

 

 

 

Une réflexion sur “Cigarette électronique, scandale de santé publique (suite inattendue)

  1. Je suis effaré par cet article (celui de l’INC), surtout émanant d’une association censée protéger les consommateurs.

    Les principaux produits toxiques du tabac sont les goudrons et peut-être du CO ou du CO2. Ils sont responsables en France de 200 morts par jour. La cigarette électronique n’en contient pas.

    La toxicité de la fumée du tabac n’est pas associée aux irritants et aux métaux qu’elle contient, mais bien à ces produits cancérigènes et athérogènes.

    La cigarette électronique contient des produits anodins, utilisés depuis 50 ans dans l’alimentation humaine. Leur chauffage produit, comme pour tous les produits carbonés chauffés, des aldéhydes et de l’acroléine. C’est le cas pour les huiles essentielles chauffées et pour les appareils chauffant diffusant des antimoustiques.

    C’est le cas pour toute cuisson d’aliment dans un corps gras.

    Le moindre meuble IKEA (comme tous les agglomérés) diffuse dans l’air des quantités significatives de formaldéhyde, et ce en continu y compris pendant notre sommeil. Notre organisme produit du formaldéhyde en petite quantité.

    Tous les végétaux, tous nos aliments contiennent des traces de métaux, y compris lourds. C’est le cas de toutes les eaux minérales.

    Bref, 60 Millions de consommateur pointe du doigt des teneurs qui sont réelles, mais anodines face aux substances monstrueusement cancérigènes (et toxiques pour les artères) contenues dans la fumée de tabac, et dont il ne dit pas un mot.

    A ce jour, nous n’avons aucun élément solide, 10 ans après sa commercialisation, pour affirmer que le e-cigarette est toxique. Si 1 million de personne l’utilisent en France, sachant qu’il s’agit en immense majorité des fumeurs de tabac, ce sont autant de personnes protégées au moins partiellement d’un danger mortel (certains continuent à fumer des cigarettes).

    l’INC se garde bien de publier le protocole scientifique de son étude. Ce serait pourtant un minimum quand on inquiète un million de personnes.

    Tout vapoteur qui reviendra au tabac après avoir lu cet article de l’INC, ou qui retardera son passage de la cigarette fumée à la e-cig, est un mort potentiel à porter au crédit de ceux qui inquiètent inutilement les gens pour vendre du papier. C’est extrêmement grave, c’est criminel.

    Quel sera le prochain dossier de l’INC ? « La bière sans alcool n’est pas anodine et peut provoquer un diabète ». Pas besoin de labo, je peux affirmer que la bière sans alcool contient de l’arsenic, du cadmium, du nickel, du plomb, de l’uranium (tout est dans la teneur, mais laisser planer le doute est plus vendeur) et du sucre, facteur d’obésité et donc de diabète.

    Pour qui roule vraiment l’INC ?

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