Défibrillateurs : la Sncf et l’argent des assureurs

C’est une douce épidémie sanitaire  qui gagne les villes, les champs communaux et les voitures-bars. Tout le monde peut (et doit) s’en servir. On peut les géo-localiser. Qui sont les payeurs  ? Est-ce un progrès médical chiffrable ? Qui le sait ? (1)

Réception, ce jour, d’une bouteille électronique à la mer. Elle a été lancée (pourquoi ?) par la « Fondation CNP Assurances » (2). Section « direction de la communication et du mécénat ». Cette inconnue  qui trône au dessus de la gare Montparnasse lance « un nouvel appel à projets dédié aux communes qui s’engagent pour promouvoir l’utilisation des défibrillateurs cardiaques ».

Equiper avant les municipales

Elle le dit autrement : « L’amélioration de la prise en charge des personnes en situation d’urgence médicale notamment dans le cadre de l’arrêt cardiaque et des premiers secours ». Que les maires et les conseils municipaux se le disent (et le disent avant les prochaines élections municipales de la mi mars 2014) :  « La Fondation CNP Assurances invite les communes de France à lui présenter leur »projet visant à mettre à la disposition du public des défibrillateurs automatisés » externes, à informer et à sensibiliser tout citoyen à leur utilisation et aux gestes de premiers secours en cas d’arrêt cardiaque ». Il est vrai que CNP assurances est « l’assureur de toute une vie » et que sa fondation dit accorder, depuis vingt ans déjà, une place toute particulière à la santé publique en générale, à la douleur en particulier.

Assureur initiateur et incubateur

 Le cadre est indiscutable : en dépit des prouesses des Samu et des sauveteurs plus de 40 000 personnes meurent chaque année en France d’un arrêt cardiaque extrahospitalier. Une intervention rapide grâce au défibrillateur permettrait de sauver, chaque année, plusieurs milliers de vies. Nul ne sait combien ni avec quel retour sur investissement. Pour sa par notre assureur a financé ces quatre dernières années  « l’implantation de plus de 2 000 défibrillateurs cardiaques et des actions de sensibilisation de la population à leur utilisation dans 1 500 communes et collectivités locales pour un montant de 1,5 million d’euros de subvention ». Il estime être ici « fidèle à sa vocation d’initiateur et d’incubateur ».

Attention, il faut toujours lire les contrats passés avec les assureurs : « le choix du matériel devra être fait avec beaucoup de précautions, en privilégiant un équipement portant impérativement le marquage CE et proposant une utilisation la plus simple possible par le public. Sa maintenance devra être particulièrement rigoureuse ». Pas question de financer les projets déjà réalisés et encore moins les dépenses liées à l’installation et à la maintenance des défibrillateurs. Le « soutien financier »  pourra servir « à l’achat d’un ou plusieurs défibrillateurs, semi-automatiques ou entièrement automatiques, avec boîtiers de protection, mis à disposition en libre-service (hors frais d’installation) ». Le ou les défibrillateurs « devront être installés dans des points de passage très fréquentés et les plus appropriés ».

Mécénat et communication

Interrogeons la direction du mécénat et de la communication de la Fondation. « Pour répondre à votre question, il y a aujourd’hui en France 90 000 défibrillateurs implantés. Le taux d’équipement devrait être d’au moins un défibrillateur pour 1 000 habitants, la France devrait donc en disposer de 500000. Il y a un déficit de plus de 400.000 appareils. Où sont ces fameux défibrillateurs ? Interrogeons la Toile : voici la carte. A Paris ? La voila. Tout cela nous est offert par Humanis « protéger c’est s’engager ». L’histoire ? La voici.  Qui est Humanis ? Pas de souci.

 Ce n’est pas tout. Il faut compter avec la Sncf  (3) qui équipe à tout va. La Sncf qui avait dépassé son 500ème appareil fin 2012. Elle prévoyait alors un programme d’investissement portant sur un besoin identifié de 1.500 défibrillateurs en juin 2013 : 350 dans les gares ; 450 dans les bâtiments de service ; 500 dans les TGV (ensemble du parc) ; 200 sur les chantiers de travaux Infra. Sans compter,  sur le réseau Transilien, 130 défibrillateurs (dont 13 sur la région de Paris Sud Est), en « priorisant les gares à fort trafic ».

La police et le billet

Nous n’avons pas encore pu joindre la SNCF pour savoir si l’objectif des 1500 avait bien  été atteint. Mais encore ? On peut consulter le ministère de la Santé.  Mais où trouver des données sur le rapport bénéfice-risque ? Sur le coût d’une vie sauvée ? On imagine que les assureurs, professionnels des bénéfices et du calcul du risque savent ici à quoi s’en tenir.  Sinon les polices (d’assurance) auront à en connaître. Et l’on est également en droit de poser la question à la Sncf. Puisqu’en définitive les coûts seront imputés sur celui de notre billet.

(1) Nous n’avons aucun lien (ou conflit) d’intérêt, direct ou indirect, avec la compagnie d’assurance ici citée. Il en va de même avec l’ensemble des acteurs privés ou publics de ce sujet de santé publique.

(2) Créée en 1993 sous l’égide de la Fondation de France, la Fondation CNP Assurances (aujourd’hui fondation d’entreprise) a pour objet de promouvoir, soutenir et initier  « toute action et tout projet d’intérêt général développé dans le champ de la santé ». Fondation au service des grands enjeux de santé publique, la Fondation CNP Assurances soutient, depuis 2009, des projets visant avant tout « l’amélioration de la prise en charge des personnes en situation d’urgence médicale notamment dans le cadre de l’arrêt cardiaque et des premiers secours ».

Dotée d’un programme d’actions pluriannuel de 4 millions d’euros, la Fondation CNP Assurances s’appuie pour le choix de ses actions sur l’expertise de son conseil d’administration, composé de représentants de l’entreprise et de spécialistes dans le domaine de l’urgence médicale et des premiers secours.

(3) « Grand voyageur » de la SNCF il nous a été donné ces derniers temps d’entendre régulièrement les annonces (au départ de multiples TGV) de la présence d’un défibrillateur en voiture-bar. Annonce faite le plus souvent religieusement sur la ligne Atlantique par des contrôleurs respectant à la lettre les consignes écrites –des consignes qui écorchent malencontreusement l’harmonie de la langue française.

 

 

 

 

 

 

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