Cigarette électronique : elle est (au moins) aussi efficace que les timbres nicotiniques

L’information n’était publiable que ce soir à minuit. Mais l’embargo a été brisé (1). La voici, qui vient compléter ce gigantesque puzzle de santé publique. Une information qui témoigne, à sa manière, de l’incroyable passivité des autorités sanitaires de tous les pays concernés par le fléau du tabagisme. La Nouvelle-Zélande et The Lancet, aujourd’hui,  montrent l’exemple. Que fera la France ?

C’est un évènement dans le monde de l’addiction au tabac : une étude démontre, pour la première fois, que la cigarette électronique permet d’obtenir les mêmes résultats que les patchs cutanés à la nicotine dans l’obtention du sevrage. Ce résultat a été obtenu par une équipe de sept chercheurs dirigée par le Pr Chris Bullen (Université d’Auckland, Nouvelle-Zélande).

La donne bousculée

Il vient d’être publié sur le site de la revue médicale  The Lancet. Il sera d’autre part développé lors d’un congrès européen de médecine respiratoire qui se tient jusqu’au 11 septembre à Barcelone. En toute hypothèse il bouleverse quelque peu la donne en matière de santé publique, les adversaires de la e-cigarette observant que cette dernière n’avait pas fait la preuve de son efficacité en matière de sevrage.

Les chercheurs néozélandais ont mené leurs recherches auprès de 657 fumeurs recrutés par le biais d’annonces dans des journaux locaux. Tous souhaitaient en finir avec leur addiction. Trois groupes ont été constitués par tirage au sort. Les membres de deux premiers groupes (292 personnes dans chaque) ont reçu pour une durée de treize semaines soit des patchs de nicotine soit des cigarettes électroniques (dosées à 16 mg de nicotine). Les 73 personnes du  troisième groupe ont quant à elles reçu des « e-cigarettes placebo » (ne contenant pas de nicotine).  Il s’agissait de personnes ayant toutes commencé à fumer vers l’âge de 15 ans. On comptait 60% de femmes pour un âge moyen de 43 ans.

Le premier essai clinique pour comparer les e-cigarettes avec des timbres de nicotine a constaté que les deux méthodes aboutissent à succès comparable à cesser de fumer , avec des proportions à peu près semblables de fumeurs qui ont utilisé deux méthodes restant abstinents de fumer pendant six mois après treize semaines de patchs ou e-cigarettes .

7,3% d’abstinents

Trois mois après la fin des treize semaines de l’étude  une série de tests ont été effectués par les participants pour évaluer les premiers résultats en termes d’obtention de l’abstinence. Un arrêt total du tabac était alors observé chez une vingtaine de personnes. La proportion la plus élevée de sevrage était observée dans le groupe e-cigarettes : 7,3%, contre 5,8 % dans le groupe timbres à la nicotine, et de 4,1% dans le groupe  e-cigarettes placebo. Les auteurs estiment toutefois que ces différences ne peuvent, en toute rigueur être tenu pour  statistiquement significatives. On peut toutefois en conclure que la cigarette est d’une efficacité au minimum égale à celle des patchs de nicotine pour aider les gens à cesser totalement de fumer pendant au moins six mois.

Les chercheurs observent en outre que chez ceux qui n’avaient pas réussi à faire une croix sur le tabac en six mois (les trois mois de l’étude et les trois mois de suivi) la consommation de cigarettes de tabac avait été sensiblement réduite dans le groupe « e-cigarettes nicotine » aux deux autres groupes. C’est ainsi que plus de la moitié (57 %) des participants du groupe e-cigarettes avaient réduit au moins de moitié (57%) leur consommation quotidienne de tabac.

Cigarette électronique placebo

Autre élément important : lorsqu’on leur a demandé s’ils recommanderaient le produit qui leur avait été attribué à un ami souhaitant lui aussi arrêter le tabac  90% des participants des deux groupes e-cigarettes (la véritable et la placebo) ont répondu qu’ils le feraient. Cette proportion n’était que 56% dans le « groupe patchs ».

Cette étude néozélandaise était également la première à évaluer (sur le terrain, scientifiquement et sur un aussi grand nombre d’utilisateurs) l’éventuelle nocivité du vapotage. Les chercheurs n’ont trouvé aucune différence dans les taux d’événements indésirables sur la santé, les quelques cas recensés ne pouvant par ailleurs être raisonnablement lié à l’une des trois méthodes ici évaluées. La e-cigarette est donc comparable, pour ce qui est de la sécurité, aux patchs nicotiniques. Les auteurs soulignent néanmoins, par précaution, que des périodes de suivi plus longues seront nécessaires pour confirmer l’innocuité à long terme de la cigarette électronique.

L’enthousiasme du vapoteur

« Bien que nos résultats ne montrent pas de différences claires entre les e-cigarettes et les patchs à la nicotine en termes d’arrêt total au bout de six mois, il semble bien que les e-cigarettes sont plus efficaces pour aider les fumeurs qui n’ont pas encore réussi à abandonner la consommation de tabac, explique le Pr Bullen. Il est également intéressant de noter que les personnes qui ont participé à notre étude semblaient être beaucoup plus enthousiastes vis-à-vis des  e- cigarettes que des patches. Notre étude établit un point de référence essentiel pour ce qui est des performances de la cigarette électronique par rapport à des substituts nicotiniques. Mais il y a encore beaucoup à découvrir sur l’efficacité et les effets à long terme des e-cigarettes. »

60 Millions de Consommateurs dépassé

Incidemment ce travail est publié au lendemain de l’étude, largement dénoncée, de la revue 60 millions de consommateurs, concluant au possible caractère cancérogène de la e-cigarette. Il s’inscrit plus généralement dans un double contexte international de santé publique.  D’une part la popularité croissante de ce dispositif  dans de nombreux pays – environ un million d’utilisateurs en France estime-t-on aujourd’hui.  D’autre part l’incertitude des autorités sanitaires en termes de réglementation, d’usage et de taxation. Les résultats de l’étude néo-zélandaise (entièrement financée par les pouvoirs publics de ce pays) pourraient contribuer à conférer bientôt aux cigarettes électroniques le statut de médicament au même titre que les traitements substitutifs nicotiniques. Les autorités sanitaires françaises ne penchent pas en faveur de cette hypothèse.

Quel impact sur les autorités sanitaires françaises ?

Depuis la remise du rapport rédigé par le Pr Dautzenberg à la demande de Marisol Touraine, ministre de la Santé la politique française est claire : la cigarette électronique doit impérativement être assimilée à un produit du tabac : interdiction à la vente aux mineurs, interdiction de publicité, interdiction de consommation dans tous les lieux à usage public. C’est là une politique radicalement opposée à celle suivie en Grande Bretagne où le choix du dispositif médicamenteux avec autorisation de mise sur le marché a été fait.  Pour l’heure les autorités françaises n’ont lancé aucune étude pragmatique similaire à celle qui vient d’être menée en Nouvelle-Zélande. Un pays où la vente de e-cigarettes contenant de la nicotine était, jusqu’à présent, interdite.

Il ne sera pas inintéressant d’observer l’impact qu’aura (ou pas) cette nouvelle donne sur les autorités sanitaires françaises.

(1) Du viol de l’embargo Ce billet reprend pour l’essentiel une chronique qui vient d’être publiée sur Slate.fr . Il ne serait pas inutile, s’il ne l’a déjà fait, que le prolixe Hervé Maisonneuve nous éclaire sur son blog  à propos du concept de embargo  utilisé le champ de la publication médicale et scientifique. L’embargo: son histoire et ses vertus, sa pratique et ses limites, les sanctions encourues et les sanctions prononcées vis à vis de celles et ceux qui les violent. Sans parler de la réalité des peines effectuées

 

 

 

2 réflexions sur “Cigarette électronique : elle est (au moins) aussi efficace que les timbres nicotiniques

  1. Merci de m’avoir challengé, mais Monsieur Jean Yves Nau connait très bien l’embargo et sait le respecter.
    Il faut remonter aux rédacteurs du New England Journal of Médicine, Franz Ingelfinger en 1969, puis Arnold Relman en 1981 pour la formalisation d’une règle dite d’Ingelfinger qui n’autorise pas d’évoquer des résultats scientifiques en public avant qu’ils n’aient été évalués par la communauté scientifique. Les pairs doivent avoir la primeur des résultats. En général les journalistes connaissent bien les règles et les appliquent; les scientifiques ne respectent pas souvent cette règle, par méconnaissance. Ils trouvent des pseudo-journalistes qui relayent des résultats avant leur publication dans une revue à comité de lecture. J’ai mis des liens aux éditos du NEJM dans un billet http://www.h2mw.eu/redactionmedicale/2011/08/la-politique-de-lembargo-vous-connaissez-.html
    Un blog est dédié au ruptures d’embargo. Ce blog est animé par un journaliste médecin américain bien connu http://embargowatch.wordpress.com/

  2. Merci pour ces rappels et ces précisions.

    Où il est ainsi démontré (bien longtemps après « l’interdiction faire par un gouvernement de laisser partir les navires étrangers mouillés dans ses ports ») que le fait empêcher (un instant) la diffusion d’une information connue du sérail peut aider à la bonne circulation des informations en général.

    Et où l’on observe qu’en dépit des facilités grandissantes offertes par la Toile cette règle demeure assez bien respectée.

    Reste, pendante, la question des sanctions encourues par les violeurs.

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