Le test de grossesse sera en vente dans les Monoprix

Le ministre de la Consommation le veut. Le Planning familial est pour. Les pharmaciens d’officine s’indignent. La ministre de la Santé se tait.  Quant à Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement elle soutient le ministre de la Consommation

On  rappellera que, prescrit par un médecin, le test de grossesse est pris en charge par la Sécurité sociale

Benoît Hamon est  ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire et à la Consommation.  On l’avait beaucoup entendu sur le scandale oublié de la viande de cheval. On le retrouve depuis quelques heures sur les ondes et sur la Toile. M. Hamon vient de faire savoir qu’il était favorable à une extension de la vente des tests de grossesse et d’ovulation hors des pharmacies. « Grossesse : demain les tests dans les gondoles » titreront bientôt les gazettes. Et les radios généralistes interrogeront leurs auditrices pour qu’elles puissent exprimer leur point de vue sur l’antenne.

Libérer la clientèle

Benoît Hamon estime que c’est une affaire urgente. Le gouvernement va émettre un « avis favorable » sur un amendement allant dans ce sens et qui sera présenté dans le cadre du projet de loi Consommation présenté demain au Sénat. Pour le ministre délégué  il y a ici une logique : agir dans tous les domaines où la clientèle est maintenue « captive ».

Explication officielle : « Plus que jamais, à l’heure où le pouvoir d’achat est une préoccupation majeure des Français, le Gouvernement se mobilise pour créer de nouveaux outils de régulation économique. Conjuguant renforcement de la protection des consommateurs et compétitivité, le rôle de l’Etat comme garant de l’ordre public économique est ainsi fortement réaffirmé ».

17 euros le lot de deux

Benoît Hamon s’est exprimé sur RMC à propos des tests de grossesse : « On pourrait faire baisser considérablement leurs tarifs, s’ils étaient vendus hors des pharmacies » (1). Le ministre délégué à l’Economie sociale ne parle pas, ici, de la prescription médicale et de la Sécurité sociale (2).  D’autres produits pourraient sortir du monopole pharmaceutique, à commencer par les nettoyants pour lentilles. La parapharmacie ? Elle est déjà présente de part et d’autre. Il en ira sans doute bientôt de même pour les cigarettes électroniques. Sans oublier les buralistes.

Point n’est besoin d’être un spécialiste de l’économie solidaire ou de la sociologie officinale pour imaginer la suite. Depuis quelques heures les responsables syndicaux montent au créneau. Les mêmes qui gardent un silence de sioux  sur l’affaire de l’élimination des seringues usagées usent du tam-tam radiophonique. Comme Philippe Gaertner, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques que l’on peut entendre sur France-Info.

Acheter aussi la pilule du lendemain

Pour ce pharmacien le ministre Benoît Hamon «  n’a absolument pas compris c’est ce qui se passe dans une officine ». M. Gaertner  évoque tout particulièrement le cas des jeunes femmes qui viennent acheter un test de grossesse en pharmacie après une rapport sexuel non protégé. « Je crois que si le produit est cherché en grande surface, les choses seront complètement différentes, car le conseil de la pilule du lendemain, si on attend, on va passer au delà des délais » explique-t-il. C’est là un argument dangereux qui pourrait conduire le gouvernement à un second amendement autorisant la vente de la pilule du lendemain dans les super/hypermarchés.

La maîtrise, par la femme, de sa fécondité

A l’aube, toujours sur France-Info, une responsable  du Planning familial a déclaré qu’elle soutenait la volonté gouvernementale. Elle a expliqué en substance que le Planning était favorable  à tout ce qui va dans le sens d’une plus grande maîtrise par la femme de sa fécondité. Où l’on voit incidemment (en France et en 2013) le généraliste et le gynécologue (médical ou obstétricien) n’ont plus leur place dans l’annonce de cet évènement qu’est l’annonce d’une grossesse.  C’est sans doute ce qui explique que ce soit le ministre délégué à l’Economie sociale et à la Consommation qui s’exprime aujourd’hui. Et non la ministre des Affaires sociales et de  la Santé.

Soutien explicite de la porte-parole du gouvernement

Dernière information en date la prise de position de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement. Elle soutient l’initiative du ministre de la Consommation.

Elle le fait sur son blog. En ces termes :

« Aujourd’hui, toutes les femmes n’ont pas accès à ces dispositifs en raison de leur coût. Pour la première fois, depuis 1995, la part des femmes ayant déclaré leur grossesse après le premier trimestre a même augmenté de manière significative en 2010 (7,8 % contre 4,9 % en 2003). C’est l’entrée dans le parcours de santé de la femme enceinte qui s’en trouve mis en cause.

 Je soutiens l’ouverture de la distribution des tests de grossesse, qui pourra être prévue dans le cadre du débat au Sénat sur le projet de loi  relatif à la consommation. La protection des femmes enceintes est notre priorité, ce qui implique qu’elles aient connaissance le plus tôt possible de leur grossesse. Le gouvernement sera favorable à l’amendement déposé par la députée socialiste Mme Schilinger tendant à supprimer le monopole des pharmaciens sur la vente des tests de grossesse et des tests d’ovulation car il s’agit d’une avancée pour notre santé publique. De cette ouverture on peut attendre légitimement une baisse des prix et un accès plus aisé à ces produits médicaux.

 J’ai souhaité que cette mesure soit accompagnée de la diffusion dans les notices et sur les boîtes de messages d’information pour les femmes enceintes. Ces informations doivent être clairement données :  il sera rappelé aux femmes la nécessité de consulter un médecin ou une sage-femme en cas de test positif mais seront aussi rappelé les conseils qu’elles peuvent trouver en matière de contraception ou d’interruption volontaire de grossesse auprès des centres de planification et d’éducation familiale. Parce qu’une femme battue sur trois nous dit qu’elle l’a été pour la première fois au cours de sa grossesse, il me paraît indispensable que l’existence du numéro gratuit d’écoute et de conseil en matière de violences faites aux femmes, le « 39 19 » soit signalé. »

 Ellipse

Plusieurs commentaires adressés à la ministre disent, en des termes différents, leur incompréhension  quant au lien qu’elle fait entre la problématique des lieux de vente des tests de grossesse et les statistiques concernant la violence faite aux femmes lors de leur grossesse.

 

(1) Ce site spécialisé informe sur les prix de commercialisation de ces tests. Le prix moyen du test urinaire en pharmacie d’officine est de 12 euros (17 euros par lot de deux).  Les conseils pouvant être délivrés ne sont pas facturés par les pharmaciens.

(2) On peut, en France depuis deux ans, acheter sans ordonnance (mais sans prise en charge par la Sécurité sociale) un test de grossesse en pharmacie d’officine. Plus précisément depuis le décret n° 2011-969 du 16 août 2011 signé de Xavier Bertrand alors ministre de la Santé, Michel Mercier, ministre de la Justice et des Libertés et Nora Berra, secrétaire d’Etat chargée de la Santé.

Au sixième alinéa de l’article R. 5125-9 du code de la santé publique, il est ajouté une phrase ainsi rédigée :

« Les tests de grossesse et les tests d’ovulation peuvent également être présentés au public en accès direct, dans les mêmes conditions. »

 

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