Lutte contre les addictions: des « recherches » vont être menées sur la cigarette électronique

On l’attendait. Il est là. Le « plan gouvernemental de lutte contre les drogues et le conduites addictives 2013-2017 » vient d’être rendu public. Déception plus ou moins blasée chez les addictologues. Très vifs regrets (à peine masqués) au sein de l’association Aides.

Absence de volonté de la gauche face à l’esclavage, licite ou non, des addictions ? Abandon des idéaux d’avant-hier? Realpolitik ? Certes. Mais pourquoi ne pas  vouloir voir la Révolution des Volutes ?  

Ce fut, hier 19 septembre 2013, l’un de ces jeux de piste que les médias affectionnent. Qui aura la primeur du plan de lutte contre les drogues ? Dès l’aube, et jusqu’au soir les stations radiophoniques donnèrent de la voix. Comme Europe 1. Ou, plus tard France Info. Institutionnel en diable (et piloté à distance par les services de communication ministériels  – voir  « L’exercice de l’Etat »  le film)  un scoop est un scoop.

« Pas de révolution »

Le tempo était connu : en fin de journée et en l’hôtel de Matignon, un comité interministériel consacré à cette question majeure de santé publique devait réunir au moins vingt-deux  ministres (1). Piment supplémentaire : ce comité serait « fermé à la presse ». Dans l’après-midi Le Monde  évoquait une « communication sans tambour ni trompette, à l’image d’un plan modeste, sans mesure choc ni radical changement de ligne ». « Ceux qui s’attendaient à un virage en faveur du sanitaire, après la priorité au répressif donnée par la droite, seront déçus, avançait le quotidien du soir. (…) c’est plutôt d’une réorientation du volet sanitaire qu’il s’agit, pas d’une modification de l’équilibre. L’accent est mis sur une prévention plus efficace, avec notamment un repérage plus précoce des consommateurs de cannabis, de tabac et d’alcool, avant leur arrivée dans le bureau d’un addictologue. Autre apport : la mise en avant du concept d‘ » aller vers «  les usagers de drogue, dans tous les milieux (scolaire, professionnel, festif, Internet…). Un souci d’efficacité, avec priorité aux jeunes, aux femmes et aux précaires, mais pas de révolution. »

Pousse-au-crime

Manque de moyens ? Sans doute. Contexte politique ? Surtout. On ne s’aventurera pas sur les terres expérimentales des « taxes comportementales » (fiscalités accrues sur le sucre, l’alcool et ces pousse-au-crime que sont les associations industrielles sucres-alcool dites prémix). Une sorte de realpolitik de l’addiction. Realpolitik : « la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l’intérêt national ». Une croix sur les velléités ministérielles individuelles de dépénalisation-légalisation du cannabis. Et « pacte national » contre les drogues illicites annoncé par Manuel Valls, ministre de l’Intérieur.

En mai 2013 la réalité nationale et officielle des addictions était celle-ci.

En septembre 2012 une inspectrice générale des affaires sociales de gauche, Danièle Jourdain-Menninger, avait remplacé Etienne Apaire (2007-2012), un magistrat proche de Nicolas Sarkozy, à la présidence de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

En septembre 2013 le plan de lutte 2013-2017 est celui-ci.

On trouvera ici ce qu’en disent les soldats de première ligne, ces grognards réunis au sein de la Fédération Addiction et leur président Jean-Pierre Couteron. « Il aurait été cohérent grâce à des taxes de s’attaquer à la toute-puissance consumériste qui caractérise notre société, et de toiletter la loi pour utiliser l’interdit pénal de façon plus efficace, a-t-il déclaré au Monde. Mais dans l’intention de traiter les addictions telles qu’elles sont aujourd’hui, et d’aller vers les consommateurs, il y a quelque chose d’intéressant. »

Ne pas vouloir voir la « Révolution des Volutes »

Réformer en douceur dans ce monde de violence extrême, donc. C’est un choix. Il comporte ses risques, sanitaires et politiques. Mais aussi ne pas s’intéresser qui a ce qui, sous nos yeux, change : la cigarette électronique. Ne pas vouloir voir la « Révolution des Volutes ». C’est peut-être plus risqué. Notamment du point de vue de la politique de réduction des risques (associés à la toxicomanie). Une politique dont on célèbrera (peut-être) les 30 ans (libéralisation de l’accès aux seringues en 1987) quand le plan annoncé aujourd’hui arrivera à son terme.

Extrait de ce plan (2013-2017).

Constat Tabac ◗31,5% des jeunes de 17 ans fument quotidiennement◗L’usage quotidien est en hausse et se féminise (Source Enquête ESCAPAD 2011et Drogues et addictions, données essentielles – OFDT)

Mesure annoncée ◗ Mener des recherches sur la cigarette électronique ◗Mettre en place une plate-forme de transfert des connaissances sur le tabac. ◗Mieux rembourser les produits de sevrage tabagique pour les jeunes adultes de 20 à 25 ans.

Des recherches ? Mieux rembourser ? De 20 à 25 ans ? Aucun objectif fixé. Et a fortiori aucune évaluation en vue. Si aucun progrès n’est enregistré sur ce front, et au rythme de deux cents morts par jour on comptera, dans quatre ans, près de trois cent mille morts. Des morts prématurées.


 (1) Le Comité interministériel de lutte contre la drogue et la toxicomanie et de prévention des dépendances prépare les décisions du Gouvernement, sur le plan national et international, en ce qui concerne la lutte contre, d’une part, la production, la transformation, le transport, la revente des produits stupéfiants et les transactions financières qui s’y rapportent, et, d’autre part, la consommation de ces produits. A cette fin, il favorise la prévention, les soins, l’insertion sociale, l’information, la recherche, la coopération internationale et la formation des personnes intervenant dans la lutte contre la drogue et la toxicomanie. En outre, ce comité contribue à l’élaboration de la politique du Gouvernement dans le domaine de la prévention, de la prise en charge, de l’éducation et de l’information en matière de dépendances dangereuses pour la santé ou la sécurité publiques.

Le comité interministériel comprend, sous la présidence du Premier ministre :

Le ministre des affaires étrangères ;

Le ministre chargé des affaires européennes ;

Le ministre chargé des affaires sociales ;

Le ministre chargé de l’agriculture ;

Le ministre chargé du budget ;

Le ministre chargé de la coopération ;

Le ministre chargé de la culture ;

Le ministre de la défense ;

Le ministre de l’économie et des finances ;

Le ministre chargé de l’éducation ;

Le ministre chargé de l’enseignement supérieur ;

Le ministre chargé de l’industrie ;

Le ministre de l’intérieur ;

Le ministre chargé de la jeunesse ;

Le ministre de la justice ;

Le ministre chargé de l’outre-mer ;

Le ministre chargé de la recherche ;

Le ministre chargé de la santé ;

Le ministre chargé des sports ;

Le ministre chargé des transports ;

Le ministre chargé du travail ;

Le ministre chargé de la ville.

D’autres ministres peuvent être appelés à siéger à ce comité, selon les questions inscrites à l’ordre du jour. Le Premier ministre peut confier la présidence du comité interministériel au ministre de l’intérieur lorsque ce comité examine des questions relatives à la lutte contre le trafic de drogue.

 

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