Demain le patient saura si le service médical rendu par son médicament est insuffisant

Marisol Touraine, ministre de la Santé, vient de le faire savoir sur France 5 : le niveau de SMR figurera bientôt sur les boîtes des spécialités pharmaceutiques. L’industrie est contre. Est-ce dire qu’il faudrait être pour ?

Trop de transparence va-t-elle ruiner la confiance ? L’information avait été évoquée il y a quelques jours dans Le Parisien/Aujourd’hui en France. Sans qu’elle soit véritablement reprise par les médias d’information générale. Elle a été confirmée ce dimanche 29 septembre par Marisol Touraine, ministre de la Santé dans l’émission C/Politique de France 5 (écouter préférentiellement de la 10ème à la 20ème minute). Confirmée et complétée. Ce qui laisse augurer de nouvelles turbulences dans le champ du médicament et des ordonnances. La raison en est claire : faire des économies.

Less is better

La ministre de la Santé a redit que les Français consommaient nettement plus de médicaments que leurs voisins européens ? Nettement plus, c’est-à-dire beaucoup trop. Officiellement selon la ministre « 48 boîtes par an » (« presqu’une par semaine »). « Une hospitalisation sur cinq des personnes de plus de 80 ans est due à des médicaments qui ne vont pas ensemble. »

Il faut lutter. Trois points apparaissent désormais d’actualité. Les voici :

1 Un nouveau site dédié aux médicaments. On devrait tout savoir dans deux jours. Ce qui est sûr : une base de données accessible à tous, donnant des informations sur tous les médicaments qui existent, qu’ils soient efficaces ou pas. Une information fiable à la différence de que l’on peut trouver dans les magazines et certains livres (on ne parle pas du Vidal réservé aux médecins). Marisol Touraine confie que l’idée de ce site luie st venue durant le « crise des pilules ». Ce sera une « base de données neutre », la démonstration que l’on ne cache rien aux citoyens-patients.

2 La délivrance des comprimés à l’unité. En finir avec les boîtes sur(sous)dimensionnées. Faire une croix sur les kilogrammes de médicaments inutilisés des armoires à pharmacie privées. Des expériences seront lancées. Déjà les pharmaciens d’officine renâclent. Il faudra songer à les intéresser à l’entreprise.

3 Le SMR affiché sous forme de pictogramme sur chaque boîte (sur chaque comprimé s’il est vendu à l’unité ?). Ce sera sans doute fait dès 2014, pas passage par la loi. Les explications de la ministre de la Santé en réponse aux interrogations de Caroline Roux n’ont pas (comment le dire autrement ?) toujours été très claires. Comment pourraient-elles l’être puisque le concept même de « service médical rendu » (SMR) est une incongruité pédagogique. Comment traduire au citoyen que le médicament qui vient de lui être prescrit à un SMR insuffisant ? Que dira le prescripteur à son patient inquiet? Et quel impact aura l’inquiétude du patient sur son observance ?

Le dédale et l’usine à gaz

Pour l’heure Mme Touraine explique, en substance, qu’il reviendra aux médecins de justifier son choix. Soit de faire la lumière  sur ce qui résulte d’un montage administratif et financier auquel il est pourtant totalement étranger.  Comment parvenir à faire comprendre que le SMR est un critère de classement  des médicaments en fonction de leur utilité relative ? Cette information sera-t-elle autre chose que la traduction du niveau de remboursement fixé par la sécurité sociale et qui n’est par définition en rien caché ?

Comment entrer dans le dédale de l’amélioration du service médical rendu (ASMR) qui désigne l’apport d’un nouveau traitement par rapport aux traitements déjà disponibles ? Qui peut raisonnablement comprendre (sauf à être du sérail, et encore) l’usine à gaz que constitue la processus allant de l’autorisation de mise sur le marché (ne parlons pas de ce qui se passe en amont) jusqu’à la fixation du prix et aux taux de remboursement en fonction du SMR et de l’ASMR ? Qui maîtrise ce qui se passe au sein de la Commission de transparence de la Haute Autorité de santé dans ses articulations avec le mystérieux  Comité économique des produits de santé.

Un document confidentiel

Et comment le prescripteur justifiera-t-il auprès de ses patients son choix d’un médicament au  SMR « insuffisant », « faible », « modéré » ou « important »  d’« insuffisant » à « majeur » ? C’est là un défi considérable en comparaison duquel les difficultés récurrentes des génériques pourraient vite apparaître  comme un exercice enfantin.

« Selon un document confidentiel que nous avons pu consulter, dont l’existence n’est ni confirmée ni démentie par le ministère de la Santé que nous avons interrogé, les autorités voudraient profiter de la disparition programmée des petites vignettes autocollantes blanches, bleues ou orange pour imposer aux laboratoires pharmaceutiques de faire figurer sur ou dans les boîtes des médicaments remboursables ce SMR » expliquait Le Parisien il y a quelques jours.

Excellent (HAS) ou malvenu (Leem) ?

« C’est une excellente initiative, et je le dis au nom de l’ensemble de la Haute Autorité de santé », s’est réjouit  le Pr Gilles Bouvenot, président de la commission de transparence à la HAS. Il souhaite même que cette information figure « à la fois sur la boîte et surtout sur la notice d’utilisation car, si peu de gens regardent la boîte, beaucoup lisent la notice pour les contre-indications et les effets secondaires ».

Philippe Lamoureux, directeur général du Leem, syndicat des laboratoires pharmaceutiques, s’est dit surpris de ce projet qu’il juge malvenu : « On a déjà trop d’informations sur les boîtes et cet affichage va rendre les choses confuses chez les patients car ça n’est pas parce qu’un médicament a un SMR insuffisant qu’il est mauvais. » Encore heureux pourrait-on dire. Mais pourquoi est-il sur le marché si le service médical qu’il rend est insuffisant.

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