Cigarette électronique : le « livre-vérité » que se doit de lire le ministre du Budget

Signé du Suisse Jean-François Etter un petit ouvrage (11,90 euros TTC chez Fayard) tente d’ouvrir les yeux de tous sur la réalité de la Révolution des Volutes. Parviendra-t-il à dessiller ceux des  responsables politiques ? Ceux de l’exécutif ?  Il fait une proposition sanitaire et financière  du tonnerre. Premiers Français visés: Bernard Cazeneuve ministre du Budget et Marisol Touraine, ministre de la Santé. Sans oublier, peut-être, le ministre de la Recherche. 

S’il fallait ne retenir que deux choses de cet opuscule on les trouverait page 151, à deux doigt de la fin. Tout d’abord quand l’auteur, simplement, explique que le grand ennemi de la santé publique n’est pas la nicotine mais bien le tabac. Et que la cigarette électronique a permis, au moins, de faire surgir cette évidence. Corollaire, pour Jean-François Etter se pose désormais la question de la place de la nicotine dans  notre société occidentale et dans nos lois nationales. Politologue et professeur de santé publique (pléonasme ?) l’auteur confortera ses lecteurs dans l’idée que les pouvoirs publics et les autorités sanitaires ne sont pas, ici,   à la hauteur de la mission qui est la leur. Les optimistes diront qu’il n’est pas encore trop tard. A voir.

 Dénicotinisons-nous !

Moins de 170 pages, petit format, une préface du Dr Gérard Mathern, membre de la société française de  tabacologie, voici donc le premier ouvrage francophone pédagogique sur la cigarette électronique. D’autres suivront. Moins pédagogiques. Plus  politiques. Georges Mathern cite le Pr Gilbert Lagrue l’un des grands historiques de la recherche sur (et de la lutte contre) le tabac (1). Le Pr Lagrue  pour qui le tabagisme  « est un comportement appris et entretenu par une dépendance dont la nicotine est le principal responsable ». Tout n’est certes pas dit mais cela aide à comprendre la racine nicotinique de cet esclavage devenu volontaire et fiscalisé.

On ajoutera  toutefois cet élément trop troublant pour être d’emblée saisi : la cigarette électronique ne se réduit pas à la vapeur d’eau aromatisées et nicotinisée. Le vapoteur a, ici, la liberté de se décotiniser (ou pas) tout en gardon sa gestuelle. Sa gestuelle et son réflexe archaïque de succion. C’est tout simplement considérable. On ne retrouve pas cette  marge de manœuvre dans les autres addictions et c’est bien pourquoi il s’agit d’une forme de révolution.

La solution de la taxe affectée

L’ouvrage de Jean-François Etter est avant tout un ouvrage pour consommateur, présent ou futur. Il est traversé par la question de santé publique désormais bien connue : celle de l’innocuité de ce procédé. Une question qui peut sembler presque déplacée quand on se souvient des chiffres de l’hécatombe du tabac (deux cents morts prématurées par jour en France). Mais une question néanmoins essentielle à laquelle Jean-François Etter apporte une contribution originale.

Retour à la page 151 : « Pour rassurer la population et les décideurs, pour permettre la commercialisation des cigarettes sûres pour la santé et l’émergence d’un débat bien documenté sur la place de la nicotine dans nos sociétés et dans la loi, il est urgent de financer la recherche, ainsi que l’éducation des professionnels de la santé et du public. Pour ce faire, une taxe affectée devrait être prélevée sur le e-cigarettes et les e-liquides. »  On entend déjà (et on comprend) les objections. Reste le pragmatisme.

Délice schizophrénique

 Les cigarettes électroniques seront bientôt taxées – c’est une évidence comptable. Dans l’intérêt de qui ?  Mardi 25 septembre, Bernard Cazeneuve, ministre du Budget recevait à Bercy des lecteurs du quotidien Le Parisien / Aujourd’hui en France. Ces derniers l’ont interpellé sur différents sujets – dont le tabac. C’est, comme toujours, un délice schizophrénique :

« Le prix des cigarettes augmente régulièrement pour que le nombre de consommateurs diminue, a déclaré M. Cazeneuve. Il n’y aura pas de taxe cette année sur les cigarettes électroniques. Vous dire qu’il n’y aura pas, dans le débat parlementaire, un amendement qui viendra sur ce sujet-là, je ne peux pas le présager … ». Bernard Cazeneuve ne manquera pas de lire la proposition de Jean-François Etter. Lui ou l’ensemble des fonctionnaires de Bercy affecté aux recettes des produits du tabac.

Moins 14,4 % en août (Ofdt)

Des fonctionnaires que l’on se plait à imaginer zélés et qui connaissaient avant nous les chiffres que vient de nous communiquer l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt) : en août 2013, les ventes de cigarettes mais aussi de tabac à rouler reculent (respectivement -14,4 % et – 6 %) par rapport au mois d’août 2012 « probablement en conséquence de la  hausse de prix intervenue en juillet dernier, dans une période propice aux déplacements (et aux achats de tabac) à l’étranger » souligne l’Ofdt. Il ajoute malheureusement : « on ne dispose pas pour l’instant de données de vente ni de prévalence d’usage pour les cigarettes électroniques. Il est donc difficile de mettre en lien la diffusion de ce produit avec le constat dressé concernant le tabac. » On peut se demander pourquoi un phénomène à ce point massif, à ce point lié à une toxicomanie n’est pas pris en compte par un Observatoire dont c’est la mission.

Automne voluteux

Ce bréviaire helvète arrive dans le ciel médiatique électronique  chargé comme jamais. L’automne sera voluteux.

L’hebdomadaire britannique The Economist (édition datée du 38 septembre) y consacre une large place à la veille du débat  tumultueux sur la Directive européenne tabac prévue pour le 8 octobre au Parlement européen. Débat essentiel qui conduira ou pas vers les pharmacie d’officine, rayon traitement substitutifs nicotiniques. Ce qui serait un comble. « Le tabagisme est en baisse dans la plupart des pays riches, mais le  » vaping  » y est en hausse » : sept millions de vapoteurs désormais en Europe » rappelle The Economist qui, fait notable, s’intéresse de près à Aiduce comme à. l’’industrie du tabac -elle qui se dit qu’elle est peut-être en train de laisser passer le « moment Kodak », référence à la période où un industriel majeur ne sent pas le vent tourner (le numérique ou la vapeur d’eau).

Bientôt Philips Morris ne brûlera plus

« Les fabricants de tabac commencent à s’approprier ce que la banque d’investissement Goldman Sachs, a appelé l’un des huit technologies les plus perturbatrices du monde., précise l’hebdomadaire. La plupart ont pris des participations dans des sociétés d’e-cigarette ou ont développé leurs propres produits. Ils travaillent sur d’autres sortes d’ offres également moins toxiques. Philip Morris International prévoit de commercialiser un dispositif pour chauffer le tabac plutôt que de brûler en 2017. Parmi les produits de la prochaine génération British American Tobacco possède un inhalateur de nicotine, pour lequel il espère obtenir l’approbation réglementaire au Royaume-Uni.

Londres bouge, Paris dort

Le monde bouge, la France stagne – à la différence de la Grande Bretagne ; un pays où l’on compte plus d’1,3 millions de vapoteurs (sur les sept millions recensés en Europe). Londres va accueillir en moins de trois semaines deux importantes réunions internationales consacrées à la e-cigarette : « E-Cig Europe », la première conférence internationale les 4 et 5 décembre. Et, le 12 novembre, « Summit E-cigarette : science, regulation & public Health».  Organisé par EC Forum Ltd, « Summit E-cigarette » fait appel à une brochette  de scientifiques et de professionnels de la santé pour débattre de l’efficacité et  la nocivité de l’e-cigarette.

 Les espions espérés de Bercy

A l’affiche, on retrouve les personnalités montantes du débat sur la cigarette électronique dans sa dimension santé publique – notamment  Clive Bates, ancien fonctionnaire  de l’agence britannique anti-tabac le chercheur grec Constantinos Farsalinos, Antoine Flahault, spécialiste de la santé publique (Université Paris-Descartes),  Jacques Le Houezec, consultant en santé publique et dépendance au tabac. Sans oublier Jean-François Etter.

On espère que des espions du ministère français du Budget seront présents dans la salle.

(1) Dans son dernier et fort stimulant opus (« Bien vieillir c’est possible : je l’ai fait ! » Editions Odile Jacob) Gilbert Lagrue, 91 ans fasse l’impasse sur  la cigarette électronique. On le retrouve fort heureusement sur RTL où il se fait l’ambassadeur libérateur de la cigarette électronique . Livre et vidéo à lire, à voir et à diffuser.

 

 

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