L’esprit c’est « Science & Vie ». La peur c’est « Le Nouvel Observateur »

Ces deux gazettes labourent aujourd’hui deux champs radicalement différents. Deux accroches que l’on peut tenir pour également vendeuses.

 L’information positive d’une part. De l’autre la veine du scandale médical d’origine environnementale. Dérangeant et éclairant.


Il y a un an L’Obs  faisait fort en lançant, sans précaution aucune, l’affaire Séralini dans la grande mare au scandale. On s’en souvient. Monsanto, les souris, les monstrueuses tumeurs cancéreuses, les OGM, toutes les OGM, dénoncées en Une comme étant des poisons. Et un livre du Pr Séralini à paraître en librairie.

C’était sans doute un peu trop fort. La grande mare médiatique s’agita, le gouvernement français monta en ligne. Bruxelles, une nouvelle fois, s’irrita. De part et d’autres les lobbies firent le travail pour lesquels ils sont là, rémunérés ou pas. Les écologistes dénoncèrent les experts vendus au grand capital de la chimie et des manipulations génétiques. Les experts, vendus, loués ou libres comme l’air dénoncèrent les failles d’une expérience ni faite ni à faire.

Que font l’Inserm et l’Inra ?

Il fut dit en très haut lieu que cette expérience serait refaite. Un an plus tard de l’argent (européen et français) a été débloqué mais rien n’a encore bougé. Aucun des organismes français publics de recherche (on songe notamment à l’Inserm et à l’Inra) ne semble intéressé par ce sujet. Pas plus que le ministère de la Recherche. Reste dans la mémoire collective les images des souris cancéreuses du Pr Séralini. Beaucoup de bruit pour, au final, ne pas progresser collectivement dans la compréhension des modifications génétiques induites par l’homme des vivants végétaux et animaux.

Mandarins et mandarin

Quelques mois plus tard L’Obs récidivait. Il s’agissait cette fois du cholestérol et des médicaments (très largement prescrits et consommés en France et dans le monde) destinés à faire baisser ses concentrations sanguines (voir le dossier de Slate.fr). Le livre à vendre était celui du Pr Philippe Even. Bronca dans les sociétés savantes et dénonciations mandarinales  des outrances proférées par ce mandarin hors norme. Avec le recul, aucune évaluation de l’impact de cette Une sur le marché (les chiffres sont tenus secrets) des représentants de la famille des statines.

Une du Nouvel Observateur. N° du 3 au 9 octobre 2013. « Comment l’environnement influe sur notre santé. Les maladies région par région. Cancer, diabète, AVC, infertilité … ». Le lien de causalité n’est plus a démontré : il est asséné. Le dossier (onze pages) s’ouvre après une publicité incitant à faire un don à la la Fondation Recherche Médicale (54, rue de Varennes, 75 007 Paris – frm.org). Dérangeant publicité : elle laisse entendre que ne pas donner de l’argent à une autre association caritative concurrente ce serait de facto, « choisir entre des malades ». Les visages de ces malades sont là : « Carole, en lutte contre le cancer » ; « Paul, malade d’Alzheimer » ; « Jean, victime d’un AVC ». La Fondation Recherche Médicale, elle, ne choisit pas. Comprenne qui voudra.

Spermatozoïdes en chute libre

Le livre à vendre (ne paraîtra que le 10 octobre) est celui de André Cicolella (« Toxique Planète » Editions du Seuil). Longes « bonnes feuilles ». Et long entretien avec l’auteur. Où l’on apprend que les spermatozoïdes sont « en chute libre » et les malformations (génitales) en « progression constante ». Et que « les cancers liés au tabac et à l’alcool sont en constante diminution ».

Quant à l’originalité du dossier elle est constituée d’un tableau coloré rapportant le du nombre, département par département, des personnes déclarées en affection de longue durée (ALD). Soit  au total 9 millions de personnes – 15,5% de la population française couverte par l’assurance maladie. Les taux sont ceux « calculés pour 1000 personnes ayant les mêmes caractéristiques démographiques ». Colonnes : AVC, artériopathies, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, maladie coronaire, diabète, cancer.

La frustration d’un journaliste

Le tableau est intitulé « L’emprise locale des grandes maladies chroniques ». Si l’on comprend bien il est signé  André Cicocella et les interprétations que l’on peut en faire sont également de son fait. Entretien également avec le le Dr Gérard Bapt, cardiologue, député (PS) et rapporteur du budget de la Sécurité Sociale. Il demande, via L’Obs, à la Caisse nationale d’Assurance maladie « de préciser les chiffres avancés par André  Cicolella ».

M. Cicolella ne dit rien d’autre.  Interrogé par un journaliste qui est tenté par l’hypothèse causale environnementale l’auteur répond : « Je comprends la frustration mais je me gardera bien d’émettre des hypothèses et encore plus de tirer des conclusions qui ne seraient pas scientifiquement étayées ». Le Pr Séralini prenait, nous semble-t-il, moins de précaution mais en appelait, lui aussi, à la Science. On voit ce qu’il en est un an après. M. Cicolella, plus modeste, en appelle au ministère de la Santé et à l’InVS. On verra, dans un an et un jour, ce qu’il en sera de ce nouvel appel à l’Open data (1).

Le scandale placebo

Ambiance un peu moins crispante, nettement plus d’espérance, dans le dernier opus (octobre 2013, n° 1153) de Science & Vie (cent ans cette année) qui en appelle aux forces de l’esprit. A des fins thérapeutiques. On retrouve ce dossier (« Guérir par la pensée, la preuve en 15 expériences, Méditation, Neurofeedback ») traité dans l’émission « Science Publique » de France Culture produite par Michel Alberganti et diffusée le 4 octobre.  Minutes remarquables (entre la 37ème et la 41ème ) sur l’effet placebo qui continue à faire la démonstration des immenses et coupables carences de la formation médicale initiale et continue françaises. Sans parler, une fois encore, de l’Inserm.

L’un des invités – le Dr Patrick Lemoine, psychiatre et auteur de « Mystère du placebo » (Editions Odile Jacob) : « Un bon médecin est un médecin capable d’induire un bon effet placebo, c’est-à-dire de démultiplier l’efficacité de ce qu’il prescrit.  »

D’Arvor, Apathie et le cancer

Et encore: « Un bon médecin est un médecin qui prend son temps, qui est enthousiaste et optimiste (…)  qui contrôle le stress induit par la maladie ». Propos suivi d’une bien méchante attaque contre les journalistes et les tocsins qu’ils font désormais sonner plusieurs fois par jour, par heure parfois.

Le tout avec, en souriant, la proposition (métaphorique) selon laquelle Patrick Poivre d’Arvor et Jean-Michel Apathie favorisaient le cancer. Ce qui pourrait bien, ma foi, faire demain la Une d’un grand hebdomadaire.

 

(1) Du nouveau dans l’Open data ?

Le service de presse de Marisol Touraine, ministre de la Santé a publié le 3 octobre le communiqué suivant ;

« Pierre-Louis Bras, inspecteur  général des affaires sociales (IGAS), récemment nommé secrétaire général des ministères chargés des affaires sociales, a remis ce jeudi 3 octobre 2013 à Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales et de la Santé, le rapport sur « la gouvernance et l’utilisation des données de santé » [document disponible sur le site du ministère] La ministre avait demandé en avril dernier des propositions pour mettre en place un dispositif d’accès et d’utilisation des bases de données médico-administratives, adapté aux besoins de santé publique et de sécurité sanitaire, dans des conditions fiables et sécurisées, respectant notamment le strict anonymat des patients.

Le rapport remis ce jour s’inscrit dans le cadre plus général de la réflexion menée sur l’ouverture de l’accès aux données de santé : il  complète ainsi le  rapport sur la pharmaco-surveillance remis le 15 septembre à la ministre par  les Professeurs Bégaud et Costagliola – qui recommandait la création d’une structure regroupant et analysant l’ensemble des données de santé sur l’utilisation des médicaments et produits de santé. Il  s’articule avec la mission « Open data » sur la politique d’ouverture des données publiques.

A l’issue de la remise du rapport, et pour mettre en œuvre concrètement ses recommandations, Marisol Touraine demande à Franck Von Lennep,  directeur de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), de diligenter : une expertise technique sur la sécurité des données concernant le risque de ré-identification des personnes à partir de données anonymes ; une analyse de faisabilité juridique et pratique des propositions sur le contrôle d’accès aux données d’une part et sur les modalités de gestion des bases de données ainsi constituées d’autre part.

Lors de la présentation de la stratégie nationale de santé, Marisol Touraine a réaffirmé sa volonté de créer les conditions d’un accès plus ouvert, mais aussi sécurisé, aux données de santé. Ces dernières ne sont pas des informations comme les autres, leur protection étant notamment assurée par le secret médical. Dans le même temps, elles présentent un intérêt collectif important : pour que le grand public soit informé sur le système de santé, mais également pour que les autorités sanitaires, les chercheurs et les industriels puissent réaliser des études et suivre l’impact des comportements sanitaires en termes de santé publiqueC’est à une ouverture maitrisée des données de santé qu’appelle ainsi le gouvernement. »

 

 

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