Téléphones portables : les morts oubliées du macadam

Coup de sang de l’Académie nationale de médecine qui lève un lièvre. Où il est démontré que critiquer c’est, bien souvent, hiérarchiser.

Qui, chez les journalistes, a véritablement lu le rapport de l’Anses sur les ondes électromagnétiques ? Dans ce type de situation, pressés par le temps (par la concurrence) les journalistes se contentent des dossiers de presse qui leurs sont aimablement (ou malignement) proposés. Puis ils se promettent de revenir sur le sujet à tête reposée. Mais le journaliste ne se repose jamais.

Le dossier de presse de l’Anses est ici. On verra qu’il est remarquablement bien confectionné. Le rapport et l’avis de l’Anses sont là.  Soit 461 pages jargonneuses, sablonneuses, malaisées. Le temps de l’Académie nationale de médecine n’est pas celui de la presse. Après les Deux Magots il suffit d’emprunter la rue Bonaparte et d’entrer à gauche, sous les ors et les marbres du 16,  pour saisir le poids du temps qui passe. Il n’aura pourtant fallu qu’une petite semaine aux académiciens pour autopsier le document princeps.

En marge de la médecine tropicale

une semaine puis la presse fut convoquée en urgence. Hier 22 octobre en complément de la séance perpétuelle plénière du mardi (consacrée à l’actualité de la médecine tropicale française) une solide « mise au point » était annoncée. L’affaire risquait d’être chaude : l’Académie croise depuis plusieurs années le fer avec toutes celles et ceux qui cherchent à évaluer les risques sanitaires associés à l’exposition aux champs électromagnétiques. C’est là une source vivifiante d’informations contradictoires; elle peuvent aider le journaliste à comprendre de quoi il retourne dans cette jungle informationnelle. Un combat parfois virulent où l’Académie ne manque pas d’être accusée de conflit d’intérêts.

Inquiétudes infondées

Le sera-t-elle encore cette fois ? C’est possible. Pour l’heure, les faits tels qu’ils furent exposés rue Bonaparte par le Pr André Aurengo puis rapportés par le Quotidien du Médecin.  L’Académie dénonce les contradictions de l’Anses qui recommande d’aller plus loin dans la réduction des expositions aux ondes mobiles, et ce  malgré « l’absence d’effet sanitaire avéré ».

« On inquiète la population dans un dossier où il n’y a rien. Or les utilisateurs de portable ont besoin de messages clairs, a estimé le Pr André Aurengo. Ce nouveau document de référence  confirme en tous points les conclusions du rapport de 2009 et la position de l’Académie  sur le fait que les quelque 2 600 études publiées sur ce sujet ne montrent aucun risque de cancer ou d’autres pathologies organiques dues à la téléphonie mobile ».

 Le large relais des médias

«  En contradiction avec le constat d’innocuité des radiofréquences  les recommandations de l’Anses  justifications scientifiques, risquent  d’inquiéter inutilement les utilisateurs de téléphones portables » a-t-il ajouté. Ce message « ambigu » et  « largement relayé par les médias » repose selon lui pour l’essentiel sur les conclusions d’études, notamment la grande étude « Interphone ». Or « Interphone » souffre d’une « grave carence méthodologique » dans la mesure où « l’exposition aux radiofréquences a été évaluée suite à des interrogatoires portant souvent sur des expositions datant de plus de dix ans ».

Dix lignes seulement

 « Interphone » fait notamment état d’un risque de gliome après utilisation du portable de 1 640 heures cumulées, qui plus est dans un sous-groupe de cohorte avec « des usages de portables totalement invraisemblables à plus de douze heures par jour ».  Passons sur les accusations confraternelles  visant certains experts « juges et parties » et abordons l’essentiel du jour. Pour le Pr Aurengo : « le vrai danger du portable, ce sont les accidents de la circulation lorsqu’on est au téléphone ». Le communiqué  destiné à la presse souligne que l’Académie « recommande comme elle l’a déjà fait, d’éviter l’usage immodéré du téléphone portable par les enfants ».

« L’Académie rappelle, enfin, que le seul risque avéré du portable reste la baisse d’attention en début et fin de communication, avec ou sans kit « mains libres », dont témoignent malheureusement de plus en plus d’accidents sur la route et sur la voie publique. » « Or, ceci est traité en dix lignes sur un rapport de plus de 400 pages » accuse le Pr Aurengo.

Dix lignes ? Nous les cherchons encore.

PS. Après quelques heures de recherche et une aide extérieure nous les avons trouvées. Page 53.

 


 

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