Inserm, délivre-nous du Mal !

Des chercheurs français ont découvert pourquoi certain(e)s d’entre nous cèdent parfois (souvent) à la Tentation. Tout se passerait dans les hippocampes.

Au moment précis où l’on annonce la réécriture de la prière du Notre-Père. Hasard ou fatalité?     

L’ « Inserm » est une institution publique dévolue à la recherche médicale. Ce qui n’interdit pas à certains de ses membres d’emprunter des chemins bien détournés. Et de le revendiquer. C’est le cas aujourd’hui avec la publication dans la revue Plos Biology d’un travail fort peu banal. Travail d’une équipe dirigée par Maël Lebreton et le Dr Mathias Pessiglione. Tous travaillent dans différentes structures situées au sein de l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière et de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Epinière .

Pauvres pécheurs

Nous sommes ici aux confins des neurosciences et de la théologie : Plos Biology côtoie la prière du « Notre Père ». Dans l’un et l’autre cas on traite de la Tentation. La seconde voit le Dieu chrétien imploré de ne pas y soumettre son pauvre pécheur (1). La revue, elle, ouvre ses colonnes à sept chercheurs qui ont voulu comprendre; comprendre  non pas pourquoi Dieu voudrait tester nos capacités de résistance, mais bien comprendre comment il s’y prendrait. Et leurs résultats, assure l’Inserm, ne manqueront pas d’intéresser les marchands du Temple.

Trente deniers maintenant ou plus demain ? 

Ici la méthodologie employée n’a rien ici de bien sorcier. Il suffit d’un peu d’imagination, de quelques volontaires  et d’un appareil d’imagerie cérébrale par résonance nucléaire (IRM). Une fois la boîte crânienne des volontaires dans la machine les volontaires étaient soumis à un dilemme financier : préféraient-ils percevoir 10 € dans l’instant ou 11 € demain ?  Ces scientifiques avaient ainsi déjà découvert dans quel territoire  cette question était disséquée : dans la région « dorso-latérale du cortex préfrontal » ; une zone déjà bien connue depuis longtemps  pour jouer un rôle dans la maîtrise des comportements. C’est ainsi que les personnes patients atteintes de dégénérescence du cortex préfrontal affichent une impulsivité excessive pour tous les types de choix.

Bière et/ou Champagne 

Les chercheurs français ont voulu aller plus loin. Aussi ont-ils varié les plaisirs en pianotant par exemple sur le gustatif alcoolique (une bière tout de suite ou une bouteille de champagne dans une semaine ?). Les cobayes devaient aussi choisir entre des récompenses immédiates (présentées sous la forme de photographies) et des récompenses ultérieures (présentées sous la forme de textes). Dans ces cas de figure le siège cérébral de  la décision change : la capacité à sélectionner les récompenses futures était corrélée au degré d’activité d’une autre région cérébrale ; une région  précieuse, point de repère  des neurologues et des neurochirurgiens: l’hippocampe.

Imagination

Il fallait parachever la démonstration : le même test a été réalisé chez des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, affection dégénérative qui provoque des lésions de ce même hippocampe. Tous ces malades s’orientaient spécifiquement vers les récompenses immédiates, tout se passant comme si les récompenses futures leur demandaient un trop grand effort d’imagination. Pour le Dr Pessiglione il ne fait plus de doute que l’hippocampe est nécessaire pour imaginer les situations futures « avec une richesse de détails qui les rendent suffisamment attrayantes ».

Sublimation

On savait depuis longtemps que cette structure est essentielle pour enregistrer les épisodes passés. Nous savons désormais qu’elle était également impliquée dans la simulation des situations futures. C’est pourquoi les personnes ayant des lésions de l’hippocampe souffrent à la fois de déficits de mémoire, mais également de difficultés à imaginer des objectifs qui pourraient s’opposer à l’attrait des récompenses immédiates et motiver leurs actions sur le long terme. Ce serait donc l’hippocampe, en somme, qui nous permet (ou pas) de sublimer. Hippocampe siège du trop célèbre craving (« désir ardent, appétit insatiable ») ce passage à l’acte compulsif  de la personne devenue esclave d’une assuétude illicite ou fiscalisée.

Est-ce écrit ?

L’Inserm donne une version moins sublimée de tout cela. « Depuis des décennies, les économistes s’intéressent au dilemme du choix entre les récompenses plus modestes et plus immédiates et celles plus importantes mais plus lointaines, répond le service de presse ce cet institut.  Il est essentiel de comprendre comment les êtres humains font ces choix – comme par exemple boire ce soir ou préserver sa santé pour plus tard – pour concevoir une police d’assurance ou des campagnes de lutte contre l’alcoolisme. »

C’est écrit.  Bientôt il ne sera peut-être plus nécessaire de prier pour ne plus être soumis à la Tentation. Serons-nous pour autant délivrés du Mal ? L’Inserm ne nous le dit pas. Mais rien ne dit qu’il n’y songe pas.

 

(1) Hasard ou fatalité Le Progrès vient de révéler une modification de taille :

« Bientôt, à la messe, les prêtres ne liront plus le «Notre Père» en demandant à Dieu : « (…) Et ne nous soumets pas à la tentation (…)». Ils diront : «(…) Et ne nous laisse pas entrer en tentation (…)». Le Vatican a donné son accord cet été à la publication d’une nouvelle traduction française complète de la Bible liturgique, dont la dernière version remontait à 1993. Cette modification, destinée à la célébration du culte, sera diffusée en France à partir du 22 novembre. Le Monde complète et enrichit ici cette révélation du tonnerre.

 

PS Ce billet s’inspire largement d’une chronique parue sur Slate.fr et de la précision apportée par un lecteur.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s