Rage dans le Val d’Oise : un animal et des affaires d’importations illégales

L’alerte rabique (08 11 00 06 95) a été lancée il y a moins de vingt-quatre heures (mémoire-blog). Le chaton tricolore de la rue Marguerite avait été importé illégalement du Maroc. Il met en lumière une affaire internationale  de santé publique.

Fête de la Toussaint ou pas le système fonctionne. La cellule d’information du public qui a été mise en place hier par la préfecture du Val d’Oise a commencé ce matin à répondre aux premiers appels.

Quarante pavillons déjà visités

 L’objectif, c’est d’informer le public, et surtout de voir si d’autres personnes ont été contact avec le chat, a expliqué à l’Agence France Presse Gilles Prieto, directeur de cabinet du préfet du Val d’Oise. On cherche à déterminer comment l’animal est arrivé à Argenteuil, et à qui il a pu appartenir auparavant. Cela va sans doute prendre plusieurs jours. » Ou plus. « L’enquête de terrain progresse, nous a expliqué M. Prieto. Les habitants d’une quarantaine de pavillons ont pu être interrogés et des éléments nous laissent penser que l’animal trouvé enragé avait il y a peu été importé du Maroc. » Présomption qui colle avec les résultats du génotypage viral.

Adoption et précaution

L’animal, une femelle âgée d’environ deux mois, avait été trouvé dans la rue Marguerite par des particuliers. Ces derniers  ont aussitôt décidé de l’adopter. Avant de s’inquiéter devant  son « comportement agressif ». Puis le petit chat est mort. « Quand l’animal est décédé, ses propriétaires ont décidé par précaution d’appeler un vétérinaire. Ce dernier a eu un bon réflexe, en contactant l’Institut Pasteur » commente M. Prieto. Rien de plus rassurant que des réflexes vétérinaires en parfait état de fonctionnement.

Seul, le chat ne voyage pas

Aucun autre cas d’animal présentant des symptômes qui pourraient être ceux de la rage n’a pour l’instant été signalé. On postule, à la préfecture du Val d’Oise, que les éventuelles contaminations devraient être limitées. La base de ce postulat concerne les chats : « quand ils sont livrés à eux-mêmes, les chats restent généralement dans un secteur d’un kilomètre » explique encore M. Prieto. Les cinq personnes en cours de traitement par vaccination thérapeutique avaient été griffées par le chaton enragé.

Mais est-ce ce chaton qui a importé le virus rabique rue Marguerite ? N’a-t-il pas au contraire été lui-même contaminé par un autre animal, chat ou pas ? Une chose est certaine : il ne peut s’agir d’un cas autochtone. Le dernier cas autochtone français  recensé est celui d’un renard  abattu en octobre 1996 à  Maubert-Fontaine (Ardennes). « La France a été déclarée officiellement indemne de cette maladie en novembre 2001 par l’Office international des épizooties (OIE) » souligne le ministère français de l’Agriculture.

Jour de Toussaint

Interrogés en ce jour de Toussaint les services parisiens du ministère de l’Agriculture ne semblent guère intéressés. Ils ne peuvent fournir une liste exhaustive des cas de rage animale importés en France une décennie. Nos interlocuteurs nous conseillent d’aller sur le site ministériel – « occurrence « rage ». Ces cas y sont, ou pas, dans un relatif désordre.  On y retrouve la trace d’un cas en Vendée (2011, Maroc) et d’un autre (2008, Seine-et-Marne). Il semble qu’au cours des douze dernières années, dix cas de rage ont été diagnostiqués chez des chiens en France. Chacun de ces cas était directement ou indirectement lié à l’importation irrégulière d’un chien en provenance d’un pays où sévit cette maladie.

Rappel ministériel : « Pour être légalement importés en France à partir de pays extérieurs à l’Union européenne, les carnivores domestiques accompagnant les voyageurs doivent être correctement identifiés, valablement vaccinés contre la rage et répondre aux exigences sanitaires qui sont fixées selon les pays et disponibles auprès des ambassades ou sur le site Internet du ministère en charge de l’Agriculture. »

 Failles à nos frontières

On ajoutera que chaque cas animal importé est immanquablement le symptôme des failles dans les contrôles aux frontières. La France n’est pas la seule concernée. Le 21 octobre les Pays-Bas notifiaient  aux autorités sanitaires internationales deux cas de rage concernent deux chiots de quatre mois de la même portée en provenance de Bulgarie arrivés aux Pays-Bas le 5 octobre.

Le dernier cas humain autochtone connu de rage en France date de 1924  (auquel il faut ajouter un cas mortel en Guyane française, 2008). En 1982 un homme de 40 ans était mort de la rage à Toulon après avoir été mordu par un chien en Afrique de l’Ouest. Puis en 1991, un homme de 28 ans à Nice après une morsure de chien au Mexique. Le risque animal justifie quant à lui  les mesures en vigueur en France de marquage systématique des animaux domestiques.

Entre 50 000 et 100 000 morts par an

En 2005 le ministère français de l’Agriculture émettait une série d’informations pratiques sur le thème « Ne ramenez pas la rage dans vos souvenirs de voyage ». Les contrôles aux frontières (et la rage) étant ce qu’ils sont,  il ne serait pas inutile de réactiver cette initiative.    Pour l’Organisation mondiale de la santé animale la maladie continue d’être un fléau international.  Elle est présente de manière endémique dans de nombreux pays africains, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique. Selon l’OMS plus de cinquante mille personnes continuent d’en mourir chaque année. D’autres sources évoquent le double.

Louis Pasteur est mort en 1895 à à Marnes-la-Coquette (à cette époque en Seine-et-Oise).  En 2013 le virus est/était dans le Val d’Oise. Et, comme on peut le voir ici, il demeure bien vivant sur tous les continents.& Jusqu’à quand?

 

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