Les paysans français se pendent : « France Culture » nous dit comment et pourquoi

La radio ne fait pas de miracle. Mais elle peut aider les hommes à mieux se comprendre. A mieux comprendre les raisons de la souffrance des hommes et de leurs bêtes.

C’est ce que vient de faire le « Magazine de la rédaction » de  France Culture. Avec un micro et en poussant la porte de ces fermes où la corde n’est jamais loin de la poutre.  

Jour des Morts de l’année 2013. La Bretagne gronde et les médias vont nous la faire entendre jusqu’à plus soif. Médias qui glosent sur la coagulation et sur la contagion (synonymes selon eux…) du mouvement. La Bretagne a nourri la France après la dernière guerre et la Bretagne se meurt de son agro-alimentaire, de la grande distribution, de ses lisiers, de ses algues vertes, de sa solitude, de sa celtitude.

Toussaint 2013. Le « Magazine de la rédaction » de France Culture abordait et dépassait la question bretonne : il embrassait la question paysanne. Au travers du suicide. Passionnante mais jargonneuse une étude récemment publiée par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire avait dit ce qu’il en était des chiffres. Elle fut assez largement reprise par les titres de la Presse Quotidienne Régionale. « Deux paysans se suicident chaque jour en France ».

Une élégance du silence

On crut comprendre (1) qu’une lecture marxiste pouvait éclairer le phénomène. On peut prendre une corde (ou un fusil) parce que l’on ne peut plus joindre les deux bouts. France Culture ne va plus loin, elle va ailleurs.  On peut en finir avec la vie parce que l’on ne voit plus personne venir au bout du chemin.

La journaliste qui signe le reportage de France Culture a ici l’élégance non pas de se taire mais d’aider à parler. Le journaliste fait entendre, donne à comprendre. Un paysan peut parler d’un père qui avait mis fin à ses jours. Un paysan confier qu’il ne veut pas « donner le goût » de son métier à ses deux petites filles. Un paysan évoquer entre les lignes  l’alcool, la noirceur et les chiens qui pourraient bien, un soir, rentrer seuls.

On entendra tout cela et bien plus encore ici. « Les paysans se meurent », un magazine de Mathilde Dehimi, avec Yassine Bouzar à la réalisation;  avec Philippe Laurent, de Sauges ainsi que Dominique Jacques-Jouvenot, sociologue et Jean-Jacques Laplante, médecin à la Mutualité Sociale Agricole et sociologue (Université de Besançon).

 Hystérisation radiophonique

Nous sommes ici aux antipodes de l’hystérisation contagieuse qui envahit les ondes radiophoniques privées mais aussi publiques, bien loin de l’émotion artificielle et surjouée. C’est assez simple : nous sommes sur une radio qui n’a pas perdu ce que peut être l’âme de la radiophonie. Pas de miracle, certes. Aucune bonté. Mais la certitude que de telles ondes peuvent, encore, nous aider à mieux nous comprendre.

 

(1) Nous avons pour notre part traité de la publication du Bulletin épidémiologique hebdomadaire sur les excès de suicides dans les sous-groupes d’éleveurs bovins (viande et lait) dans la Revue Médicale Suisse. Bossard C, Santin G, Guseva Canu I. Surveillance de la mortalité par suicide des agriculteurs exploitants. Premiers résultats. Saint-Maurice : Institut de veille sanitaire ; 2013. 26 p. Disponible à partir de l’URL : www.invs.sante.fr.

(2) Dominique Jacques-Jouvenot et Jean-Jacques Laplante sont les auteurs de « Les Maux de la terre, regards croisés sur la santé au travail dans l’agriculture » (Editions de l’aube).

 

 

 

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