Choses vues à Genève : « Nous continuerons malgré tout à nous prostituer ! »

Dans six jours l’Assemblée nationale française examinera une proposition de loi socialiste visant à pénaliser les clients français (1500 euros, 3000 euros en cas première de récidive) des personnes prostituées.

En Suisse des responsables politiques œuvrent dans le même sens. Mais rencontrent de sérieuses résistances. Révolte dans le quartier chaud de Genève la protestante. A deux pas des banques et de l’OMS.

Le temps ne change rien à l’affaire : il faut toujours réclamer des adaptateurs électriques à la réception des hôtels de luxe. Le prêt est gratuit. Il faut aussi fournir des pièces d’identité « pour la police ». Et il y a toujours des prostituées sur les trottoirs des Pâquis, non loin de Cornavin. Genève l’ordonnée, Genève la protestante entretient ses différences.

Le Matin est un quotidien comme il n’en a jamais existé en France – une déclinaison francophone des tabloïds anglais. (2,40 francs suisses, 1,85 euros en « France voisine ». Plus crue à nos oreilles parce qu’imprimée (à Lausanne) en français. « Je fais ce que je veux de mon cul » confie Lilli, travailleuse du sexe. « J’aurai pu faire autre chose, mais j’aime bien » explique Marie, autre travailleuse du sexe. Les prénoms, faut-il l’écrire, ont été changés.

Laissez parler les prostitué(e)s

« Menaces sur la prostitution : ‘’On va se battre’’ » titrait hier 20 novembre Le Matin en Une. Avec un éditorial, signé Cléa Favre, journaliste. Le quotidien soutient qu’il faut donner la parole aux prostituées. Le Matin le dit ? Le Matin le fait. Ne pas laisser parler les prostitué(e)s, c’est les mépriser. Auront-ils, auront-elles, demain voix au chapitre dans l’Hémicycle ?

Cléa Favre est allée en reportage aux Pâquis. A l’en croire le propos est unanime. Si on rend illégal leur métier ce sera la violence, les gangs et la clandestinité. Une déclinaison de la Prohibition. Ce serait aussi une atteinte à l’image que l’on peut ici se faire de la Confédération.

« Dans un pays libéral comme la Suisse, je suis surprise qu’on remette en cause la légalité de la prostitution » dit Hélène, une Française qui vend ses services depuis cinq ans à Genève. Le journal ne nous dit pas si c’est une frontalière venue le jour (la nuit) gagner ici le triple de ce qu’elle pourrait gagner  à Annemasse. Ni si elle bénéficie de protections. A priori non.

Andalouses

La Suisse attire. Notamment les Espagnoles victimes de la crise. Les chiffres de la police genevoise sont fiables et précis. La ville ne comptait que trois travailleuses du sexe (déclarées) espagnoles en 2004. Elles étaient cinquante-cinq en 2009. Et deux cent quarante-sept en 2012.

Stabilité annoncée pour cette année nous dit Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police cantonale. « Soit 5% des travailleuses du sexe enregistrées auprès de la Brigade des mœurs de Genève » dit Le Matin. Dans la cité de Calvin la règle de trois peut laisser songeur.

Prix du désespoir

Ces prostituées castillanes ont généralement des enfants, restés au pays. Elles ont entre 20 et 50 ans, étaient vendeuses, femmes à tout faire. Puis la crise, puis le chômage. Il faut aussi compter avec les blondes filles de l’Est. Et avec l’effet induit : la casse des prix. « Auparavant aucun client n’essayait de discuter une passe à 100 francs, disent les plus anciennes. Désormais, certains savent que des travailleuses du sexe prises de désespoir sont prêtes à accepter entre 15 et 20 euros (environ 20 et 25 francs). » Le journal ne dit pas si certains clients peuvent, eux aussi, être pris de désespoir.

Les clients, précisément. « La vie en réalité c’est des moches, des timides, des trop gras, des pas assez, des exclus du marché de la tendresse non tarifée ; ou encore des fainéants qui ne veulent pas s’embarrasser d’un ciné resto avant de pouvoir passer à l’action » nous dit Mme Favre dans son éditorial signé.

Pied-de-poule

 Mme Favre nous dit autre chose : « La vie c’est aussi des femmes et des hommes pour qui leur sexe est un outil de travail. Ils sont prêts à vendre des rapports sexuels. Sans amour. Et sans en ressortir traumatisés. »  Sur la base du volontariat. Sans réseau mafieux. L’odieux proxénète ? Le pied-de-poule et maroquins jaunes, cigarillos et Mercédès ? Il est finalement bien utile aux partisans de l’indisponibilité du corps humain. Bien utile aux députés socialistes qui mènent cet étrange combat de la non-patrimonialité après avoir applaudi et voté le « mariage pour tous ».

Non loin des Pâquis, Jean-Jacques à sa rue. Qu’en dirait-il, lui avec qui les femmes ne furent (pratiquement) jamais tendres ? Existe-t-il une géographie protestante des rapports sexués au corps et à l’argent ? Luther, Calvin, leurs concurrents, leurs descendants ont-ils  théorisé tout cela ?

Pénis aux Pâquis

 Ce matin 21 novembre nous retrouvons Elisabeth Badinter à Genève. C’est dans un autre quotidien suisse qui publie les solides et courageux propos tenus la veille dans Le Monde (mémoire-blog). Elle osait y parler  du pénis. Sans voile et en ces termes : « Je ressens cette volonté de punir les clients comme une déclaration de haine à la sexualité masculine. Il y a une tentative d’aligner la sexualité masculine sur la sexualité féminine, même si celle-ci est en train de changer. Ces femmes qui veulent pénaliser le pénis décrivent la sexualité masculine comme dominatrice et violente. Elles ont une vision stéréotypée très négative et moralisante que je récuse.»

C’est imprimé dans journal un très sérieux et très austère ; dans un quotidien qui ne se vend plus guère dans le vieux quartier des Pâquis : Le Temps.

(A suivre)

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