Demain les personnes prostituées seront sauvées. Contre leur gré, si besoin est

 On a connu Mme Agacinski plus convaincante quant aux relations entre le droit et l’usage de son corps. Où situer l’entretien qu’elle accorde au Monde sur la pénalisation des clients des personnes prostituées ? Est-il de gauche ?

Sylviane Agacisnki postule que se livrer à la prostitution c’est être coupable de servitude volontaire. Toutes les personnes prostituées sont-elles des esclaves qui s’ignorent ? Après Mme Agacinski il faut lire Mr de La Boétie

Dans cinq jours l’Assemblée nationale commencera à examiner une proposition de loi pénalisant (1500 euros, récidive 3000) les personnes établissant des relations marchandes avec des personnes se prostituant.     

Sylviane Agacinski, 68 ans, est une philosophe qui soutient pleinement la proposition de loi socialiste visant, notamment, à sanctionner les clients de prostituées ; proposition de loi qu’une commission spéciale de l’Assemblée nationale a adoptée le mardi 19 novembre.

Candides

Ainsi à l’approche de l’examen de la proposition par les députés le paysage philosophique s’éclaircit.  De la même manière que sa consœur Elisabeth Badinter vient d’en prononcer le réquisitoire (mémoire-blog) Mme Agacinski expose aujourd’hui dans les colonnes du Monde son mémoire en défense. Un néo-Candide aurait hier encore imaginé que tout ou presque réunissait ces deux femmes philosophes – à commencer par les attaches politiques ancrées à gauche. Le même conclurait aujourd’hui est que tout ou presque oppose Mmes  Agacinski et Badinter sur le droit confronté à certains usages, problématiques, pouvant ou non être faits  des corps humains.

Latin

Cette opposition franche et aigue a commencé à se cristalliser clairement il y a trois ans – c’était à propos de la question des mères porteuses, comme nous commencions alors à le rapporter sur Slate.fr  Et encore il y a un an ici même (mémoire-blog). Rien, depuis, ne s’est vraiment arrangé. Les grands naïfs découvrent  que les féminismes ne parlent pas d’une seule voix. Et qu’elles peuvent se déchirer, comme sur la GPA. Résumons : certaines y voient une possible et nouvelle forme de solidarité entre femmes (Mme Badinter) quand d’autres (Mme Agacinski) dénoncent avec une solide violence l’une des pires aliénations modernes.

Il en va de même aujourd’hui avec la pénalisation du recours à la prostitution. Mme Badinter (épouse d’un ancien garde des Sceaux) dénonce la proposition de loi socialiste.  La seconde (compagne d’un ancien Premier ministre) la soutient. Comment ne pas y perdre son latin ? Peut-être en continuant à décrypter patiemment les écrits des deux camps.

Rigolos (343)

Dans Le Monde d’aujourd’hui Mme Agacinski ne témoigne pas la distance qu’avait, hier, sa consœur en philosophie. Elle semble avoir perdu en  sérénité.  Interrogée sur une assez triste pétition masculine amplifiée par Causeur et qui fait grand bruit à Saint-Germain-des-Prés (et beaucoup de publicité gratuite pour le nouveau Lui qui fut jadis un mensuel de l’homme moderne) répond :

« Les 343 rigolos qui se sentent menacés dans leur virilité s’ils ne peuvent plus se payer une  » pute « , comme ils disent, devraient faire le trottoir pendant quelque temps, cela les aiderait peut-être à réfléchir. »

Mme Badinter répondait  hier :

« C’était une intervention nécessaire, car je suis frappée du silence des hommes dans ce débat. Deux catégories d’individus ne s’expriment pas : les hommes, prochaines cibles de la loi, et les prostituées. La forme était contestable. Mais je n’ai pas de critiques sur le fond. »

Servitudes

Mme Agacinski juge que face à ceux qui réclament la légalisation du « travail du sexe » et la dépénalisation du proxénétisme (comme le Strass Syndicat du travail sexuel )  il faut  réaffirmer haut et fort que la prostitution est « une servitude archaïque qu’il faut faire reculer ».

Elle poursuit : « Il ne s’agit pas de savoir s’il est bien, moralement, de se vendre, mais s’il est légitime de prétendre acheter un corps, et donc de mettre fin à la vieille hypocrisie bourgeoise qui condamnait les  » filles publiques  » et protégeait leurs clients. Ce qui est en cause, c’est l’organisation du marché du sexe, avec ses producteurs (trafiquants et proxénètes), ses marchandises (les personnes prostituées) et ses consommateurs (les clients). Partout, dans la société, la sexualité est exclue des services, et chacun a droit à son intimité. Seul le corps prostitué perd ce droit, en tant qu’il est mis à disposition d’un public payant. »

Sans doute. Mais que répondre à ceux (à celles) qui estiment avoir un droit : celui de se prostituer ? Ce droit existe-t-il ? Et si tel n’est pas le cas, pourquoi ?

Sophismes

« On a appris, il me semble, à se méfier des sophismes sur le  » libre choix « , répond la philosophe. On a vu des esclaves qui voulaient le rester, on voit des travailleurs clandestins qui  » choisissent  » de travailler dans des caves douze heures par jour, ou des femmes qui  » choisissent  » de porter le voile intégral. La  » liberté  » de se laisser asservir est une contradiction dans les termes. Les lois sont faites pour définir les relations sociales justes et équitables, pour garantir la liberté, la dignité et la santé de chacun, et non pour abandonner les plus pauvres à l’emprise de l’argent sur leurs vies. »

Guillemets

Les guillemets sont ici bien utiles.  Un sophisme peut en cacher un autre. Mme Badinter nous dit que quand une personne prostituée affirme qu’elle agit ainsi « librement » on dit qu’elle « ment », qu’elle « couvre son proxénète ». Ou qu’elle n’a pas conscience du fait qu’elle n’agit pas librement. « Ce sont les seuls êtres humains qui n’ont pas le droit à la parole » nous dit encore Mme Badinter. Non pas que la prostituée ne parle pas mais parce que l’on ne peut pas la croire.

Chairs et mythes

Tout se passe ainsi comme si louant sa chair au plaisir (sans en prendre ou en en prenant) elle perdait la conscience d’elle-même.  Les mythes peuvent-ils nous aider à comprendre ?  Sinon il faudra reprendre les cours sur la servitude volontaire et le fameux ouvrage de M. Etienne de La Boétie. Rien n’a mieux été écrit que son Discours de la servitude volontaire (1549). Il date  d’hier. Et, décidément, il ne vieillit guère.

 

 

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