Heureux comme le « mercenaire- intérimaire » des hôpitaux de France (650 euros la journée, 1300 euros la garde)

Un rapport dérangeant (signé Olivier Véran) et c’est l’effervescence. Les médias se passionnent pour les « intérimaires en or » de l’hôpital  public. Ils  découvrent et dénoncent la gabegie qui prévaut du fait de la pénurie dans certaines spécialités

Quel regard le citoyen non averti peut-il  porter sur ce qui ressemble à une forme de jungle plus ou moins hospitalière ? Propos sans langue de bois tenus par l’auteur du rapport dans Le Monde.

 Olivier Véran. Un nom dont il faudra songer à se souvenir. Le Dr Véran a aujourd’hui 33 ans. Il est neurologue (non intérimaire) au CHU de Grenoble. Son bristol officiel le dit aussi diplômé de Science Po Paris (économie et politique de santé). Après un parcours dans le milieu associatif et syndical il s’est engagé en politique dans les rangs du Parti socialiste.

Suppléant de la députée Geneviève Fioraso (nommée ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) à l’occasion des élections législatives de juin 2012, le Dr Véran est député depuis le 22 juillet 2012. Il siège à la commission des affaires sociales de l’assemblée nationale. Il a notamment travaillé sur la question du sang et de l’éthique –un travail remarquable qui n’a étrangement guère intéressé les médias d’information générale.

Six mille postes hospitaliers concernés

Tel n’est pas le cas aujourd’hui avec son « rapport parlementaire sur l’emploi temporaire à l’hôpital ». Franc succès médiatique. A l’aube la Une du Parisien / Aujourd’hui en France : « Pénurie de médecins. Des intérimaires en or à l’hôpital. 500 millions d’euros, trois fois le déficit des hôpitaux publics en 2012, c’est la facture payée par l’assurance maladie pour faire tourner la machine hospitalière grâce à des remplaçants ». Le jeune quotidien très libéral L’Opinion : « 6000 postes de praticiens seraient vacants. Ils sont remplacés dans des conditions frisant souvent l’illégalité. L’hôpital public se débat avec des ‘’médecins mercenaires’’. » Le vespéral Monde : « Recourir à des intérimaires multiplie par trois le coût pour les hôpitaux. Pour le député Olivier Véran, 6 000 médecins seraient concernés ».

Vieille métaphore guerrière

Il y avait bien eu un rapport de l’Igas, mais c’était en 2003. Dix ans déjà. Le ministre de la Santé était alors Jean-François Mattéi. Aucun de ses successeurs ne semble avoir repris le dossier à bras le corps. Aujourd’hui,donc, le rapport du député Olivier Véran : « Hôpital cherche médecins, coûte que coûte ; essor et dérive du marché médical temporaire à l’hôpital public ». A se limiter aux médias généralistes on retire une impression assez saisissante de jungle. Et une tendance à la vieille métaphore guerrière, celle  du temps des mercenaires.

Des sociétés d’intérim opaques. Des cabinets de recrutements qui ne le sont pas moins. Des négociations de la main à la main… « Un pédiatre payé 3046 euros la journée » (témoignage – anonyme- d’un directeur d’hôpital), des anesthésistes démissionnaires qui devient soudain intérimaires, des gardes fictives payées 1300 euros les vingt-quatre heures. Et un marché (6000 postes) qui concernerait pour l’essentiel (70%) les anesthésistes, les radiologues et les urgentistes. Pourquoi ?

Appelés et mercenaires

Et comment gère-t-on, au quotidien, des équipes hospitalières dans lesquels les confrères n’ont pas, loin s’en faut, les mêmes salaires ? Qui commande une armée faite d’appelés et, pour partie, de quelques mercenaires ? Et qui plus est des mercenaires qui plombent le déficit du budget de l’armée régulière.  

Olivier Véran s’explique dans Le Monde. Six mille médecins qui ne font que du remplacement hospitalier. Payés en moyenne 650 euros net la journée, 1 300 euros la garde, à quoi il faut ajouter les frais de transport, d’hébergement et de bouche, et des indemnités de congés payés ou de précarité pour les intérimaires. Avoir recours à des remplaçants multiplie le coût par trois. Soit un surcoût de 500 millions d’euros par an pour les hôpitaux, soit plus de trois fois leur déficit.

Réanimateurs, urgentistes, radiologues

« Le phénomène  a d’abord touché les petits hôpitaux, qui n’avaient pas d’autre choix pour trouver des médecins et éviter de fermer un service, ajoute l’auteur du rapport.  Mais désormais, les gros non plus n’arrivent parfois plus à recruter assez de titulaires. Faire appel à des intérimaires ponctuellement peut être une solution, mais y avoir recours sur des contrats de longue durée pose problème, car il n’est pas simple d’organiser un travail d’équipe avec des gens qui changent sans cesse. C’est pourtant ce qui se passe souvent avec les anesthésistes-réanimateurs, les urgentistes et les radiologues. En outre, cela a perverti le système parce qu’au lieu de se serrer les coudes, les hôpitaux se font concurrence, quitte à aligner des sommes importantes et mettre en place des pratiques irrégulières. »

7000 à 8000 euros par mois

On apprend qu’n directeur peut contraindre son comptable à payer un médecin de 7 000 à 8 000 euros par mois, -(voire plus) soit bien au-delà de ce qui est autorisé pour un praticien hospitalier. Que les sanctions sont rares (le directeur doit garantir la continuité des soins).

« Préférant la discrétion, d’autres paient des gardes non effectuées, ou déclarent un plein-temps alors que le médecin n’est là qu’à temps partiel, ajoute le Dr Véran. Du côté des médecins, une pratique est particulièrement condamnable, et illégale : le double emploi, qui consiste, alors qu’on est déjà à plein-temps dans un hôpital, à aller travailler ailleurs sur ses congés. Un directeur m’a même dit qu’il avait vu arriver, comme intérimaire pour une garde, un de ses propres praticiens ! J’ai appelé une agence lyonnaise en me faisant passer pour un urgentiste en poste. On m’a expliqué que je n’avais pas le droit de travailler ailleurs, mais que j’étais le bienvenu si je le souhaitais, les hôpitaux n’étant pas trop regardants. Pour l’heure, les sanctions sont inexistantes. »

Explosions des prix

Le Dr Véran ajoute que les prix  ont explosé : un médecin en contrat temporaire peut gagner jusqu’à 15 000 euros par mois. Conséquence : des postes de praticiens sont ouverts, mais ne trouvent pas de candidats. En anesthésie, c’est deux sur trois. Les démissions sont aussi inquiétantes. En 2012, parmi les sorties de poste en radiologie, un quart ne concernaient pas des départs à la retrait.

On lira dans ce rapport les propositions pour faire stopper les abus, assainir le marché, rendre l’hôpital attirant en modulant les rémunérations afin qu’en début de carrière, un jeune médecin puisse gagner plus que 3 000 euros net par mois. L’auteur ne dit pas précisément combien.

 

3 réflexions sur “Heureux comme le « mercenaire- intérimaire » des hôpitaux de France (650 euros la journée, 1300 euros la garde)

  1. Bonjour,

    Il y a 30 ans, des gens extrêmement intelligents ont décrété qu’il y avait trop de médecins en France et qu’il suffisait de diminuer l’offre médicale pour diminuer le coût de la santé.
    Se seraient-ils trompés ?
    S’ils sont toujours aux affaires, ils ont surement la solution.

    Medleg44

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