De quel mal souffrait-il, l’«Incorruptible» ?

Entrez, entrez ! Robespierre « dévoilé » ! La lettre de deux Français au Lancet ! La vérité vraie sur le tyran ! Lisez leur diagnostic rétrospectif !  

Du pur buzz. Du buzz pour rire ? Libération s’indigne. Que l’Etre suprême et Maximilien  leur pardonnent.   

Qu’on se le dise : aujourd’hui 20 décembre 2013 un « media briefing » se tiendra à 15 heures en l’Université de Versailles (UFR des Sciences de la Santé, 2 avenue de la source de la Bièvre, 78180 Montigny-le-Bretonneux).  On y parlera de Maximilien Marie Isidore de Robespierre (6 mai 1758 – 28 juillet 1794). Et on y fera des révélations. Non pas sur les causes de sa mort, mais sur le mal dont il souffrait, lui qui fit tant souffrir.

Le dernier radical

Qui, chez les gens de presse, fera le voyage de Versailles jusqu’à la source de la Bièvre ? L’affaire a été éventée comme on a pu le voir sur le site d’un quotidien parisien. Ce matin le radical trotskiste  Pierre Marcelle s’en étouffe dans un ancien quotidien révolutionnaire :

« Sur le coup, a priori, rien… un truc attrapé comme ça dans le brouhaha matutinal, entre ruissellement de la douche et chuintement de la machine à café. «Robespierre a retrouvé sa tête», ou quelque chose de ce genre. Un truc de reconstitution faciale validé par le FBI ou Scotland Yard pour nous découvrir, au choix, le «vrai visage» de «la petite Maddie» disparue en 2007 au Portugal, ou celui, hier, d’Henri IV, alias «le Bon Roi Henri», «Vert galant», moustache en bataille poussée au bouillon de poule au pot dominicale. A ce dernier, une société Visual Forensic et un certain Philippe Froesch s’étaient attelés, avec, il faut bien le dire, un succès médiatique certain, dans la catégorie People mâtinée d’Histoire pour tous et de Psychologies magazine. »

Lettre au Lancet

Tout ceci pour une lettre au Lancet (1). Une lettre  signée Philippe Charlier (Section of Medical and Forensic Anthropology (UVSQ/AP­HP), Montigny­le­Bretonneux 78180, France) et Philippe Froesch (Visual Forensic, Parc Audiovisual de Catalunya, Barcelona, Spain). Soit un légiste prolixe organisant méthodiquement sa médiatisation depuis quelques années (au risque d’être parfois cité sur le blog d’Hervé Maisonneuve). Et un spécialiste de la reconstruction faciale en 3D qui fait parler de lui depuis qu’il a redonné vie au visage du Vert galant.

Regard glaçant

Les deux spécialistes du rétrospectif récidivent aujourd’hui avec le citoyen Robespierre. L’embargo du Lancet était ainsi fixé : 00:01 GMT Friday 20 December, 2013.  « Lorsque j’ai ouvert les yeux de Robespierre, son regard était glaçant, inquiétant. Pas de doutes cet homme faisait peur», expliquait hier sur le site du Parisien/Aujourd’hui en France  Philippe Froesch.

Chaux vive

Le quotidien parisien nous apprend que l’idée de « s’attaquer à ce mythe républicain » est né d’un projet de documentaire hispano-anglais s’intéressant aux pathologies des grands hommes de l’histoire. Une sorte de renaissance du célèbre « Ces malades qui nous gouvernent » en somme.  Il nous apprend aussi que pour  restituer le visage de Maximilien en trois dimensions, il a d’abord fallu numériser son masque funéraire.

Masque funéraire de Robespierre ? On gardait en mémoire que le tyran avait été guillotiné dans l’après-midi du 10 thermidor an II avec vingt-et-un de ses partisans. Que les vingt-deux têtes furent placées dans un coffre en bois, et les troncs rassemblés sur une charrette. Qu’on jeta le tout dans une fosse commune d’un cimetière parisien qui n’existe plus. Qu’on aurait répandu de la chaux : le corps maudit devait partir en fumée.

Musée de cire

Le Parisien/Aujourd’hui en France : « C’est une certaine Anne-Marie Grosholtz qui a réalisé ce masque de cire sur la tête de « l’Incorruptible », très certainement peu de temps après sa décapitation. La jeune Anne-Marie se maria ensuite avec un certain François Tussaud et traversa la Manche. Elle ouvrira à Londres, sur Baker Street, ce qui deviendra l’ancêtre du mondialement célèbre musée de cire, Madame Tussauds ! ». Etrange masque réalisé à chaud dans la soirée du 10 thermidor an II, entre la « Place de la Révolution » et la chaux vive du cimetière des Errancis.

Dans The Lancet Philippe Froesch cite un masque mortuaire de Robespierre de la collection Dumoutier (Musée Granet, Aix-en-Provence). Une copie. Mais une copie de quoi ? « Le fait que l’on parte d’une copie peut faire perdre quelques détails. Mais on utilise un système d’équations mises au point par le FBI. A partir du volume des « cornets » sur les paupières, il est possible d’obtenir la position exacte des yeux et à partir de là reconstruire le visage », explique celui que Le Parisien désigne comme le « designer-enquêteur de l’Histoire ».

Lymphogranulomatose bénigne 

Aujourd’hui l’embargo est tombé. « Charlier et Froesch proposent un diagnostic rétrospectif de sarcoïdose, une maladie auto-immune rare où le corps commence à attaquer ses propres tissus et organes » résume le service de presse du Lancet.

Sarcoïdose donc, ou lymphogranulomatose bénigne ou maladie de Besnier-Boeck-Schaumann. Un triumvirat en l’honneur du dermatologue français Ernest Henri Besnier (1831-1909), du dermatologue suédois Cæsar Peter Møller Boeck (1845-1917) et de son confrère Jörgen Nilsen Schaumann (1879-1953). Les deux signataires français de la lettre au Lancet prennent soin de rappeler le rôle d’un pionnier. Il se trouve qu’il était britannique, et plus précisément anglais : Sir Jonathan Hutchinson (1828-1913).  Il publia  le premier sur le sujet en 1877, et ce n’était pas dansThe Lancet (2) Le célèbre hebdomadaire existait pourtant déjà. Il a vu le jour le 5 octobre 1823. Soit précisément deux ans et cinq mois après la mort – de moins en moins inexpliquée (3)–  de l’Empereur.

Bientôt viendra le documentaire. S’intéresser à Robespierre ?

« Passant, ne t’apitoie pas sur mon sort
Si j’étais vivant, tu serais mort. »

1 ‘’Robespierre: the oldest case of sarcoidosis?’’ Philippe Charlier, Philippe Froesch www.thelancet.com Vol 382 December 21/28, 2013

2 Hutchinson J. Anomalous diseases of skin and fingers: case of livid papillary psoriasis? Illustrations of clinical surgery. London: J and A Churchill, 1877: 42.

 3 Goldcher A. Napoléon premier, l’ultime autopsie. Paris, éditions SPM. 2012 (diffusion l’Harmattan). Cet ouvrage magistral vient d’être distingué (Prix Jean-François Coste) par l’Académie nationale française de médecine.

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