Réveillonnez à l’aspartame !

Officiellement cet édulcorant est désormais sans danger. Deux solutions : faire confiance aux experts ou vous en méfier. C’est tout notre drame. C’est le drame de l’aspartame.   

La conversation s’étiole entre le poiré et le fromage ? Songez à l’aspartame.  Succès assuré. Dites qu’il y avait des doutes, mais que ce doutes sont levés. Rappelez que l’affaire traînait depuis des années mais que le verdict vient d’être prononcé. Immanquablement un(e) convive confessera son ignorance. Sans cuistrerie vous redirez l’essentiel à l’assemblée.

E951

A savoir que l’aspartame est un édulcorant artificiel découvert (par hasard dit-on) il y a un demi-siècle.  Que c’est un dipeptide composé de deux acides aminés naturels : l’acide L-aspartique et de la L-phénylalanine (sous forme d’ester méthylique). Que son pouvoir sucrant est environ deux cents fois supérieur au saccharose. Que cet additif alimentaire est utilisé dans un très grand nombre de produits destinés à l’alimentation (code E951).

Vous préciserez que les polémiques à son sujet ont quarante ans. Quarante années qu’ont le soupçonne d’être « mauvais pour la santé ». Et quarante ans qu’outre-Atlantique les autorités affirment  son innocuité. En 1981 il est à nouveau autorisé dans les aliments solides, puis dans les liquides. Il en va de même à l’échelon onusien (OMS et FAO).

Synopsis avec rongeurs

Autorisation en France il y a un quart de siècle. Harmonisation de son emploi dans l’Union en 1994, deux ans après que son brevet soit tombé dans le domaine public. Au début des années 2000 tout converge pour laisser penser que sa consommation à des doses modérées ne représente pas de risque particulier.

Puis des études inquiétantes sur des rongeurs laissent penser que l’on est peut-être allé trop vite en besogne. Forts relents de liens d’intérêts. Mise en cause des experts. On connaît le synopsis. Il vient –sauf rebondissement – d’aboutir à son terme avec la publication de l’avis de l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). Depuis son siège italien de Parme, cette institution nous dit en substance que l’aspartame et ses produits de dégradation ne présentent pas de dangers pour l’espèce humaine – du moins aux niveaux actuels de consommation et en respectant les cas particuliers. On lira cet avis ici.

Exhaustivité totale

 « Cet avis représente l’une des évaluations les plus exhaustives des risques associés à l’aspartame jamais entreprise. C’est un pas en avant qui permettra de renforcer la confiance des consommateurs à l’égard des fondements scientifiques qui étayent le système de sécurité des aliments de l’Union Européenne et la réglementation des additifs alimentaires » nous assure le Dr Alicja Mortensen,  présidente du groupe scientifique de l’Efsa sur les additifs alimentaires et les sources de nutriments ajoutés aux aliments (groupe ANS).

L’Efsa précise  que les experts du groupe ANS ont pris en compte toutes les informations disponibles et, après une analyse approfondie, ont conclu que la dose journalière acceptable (DJA) actuelle de 40 mg/kg de poids corporel/jour constituait une protection adéquate pour la population générale. L’Agence européenne précise toutefois que pour les personnes souffrant de phénylcétonurie la DJA n’est pas applicable du fait de l’obligation qui leur est faite d’observer un régime strict faible en phénylalanine.

Les fruits amers de la transparence

 Souvent accusée de différentes formes de liens (voire de conflits) d’intérêts, l’Efsa  souligne que cet avis sur l’aspartame décrit les critères utilisés pour identifier les études selon lui pertinentes quant à l’évaluation des risques ‒ ainsi que les normes appliquées pour évaluer les preuves scientifiques.  Les experts  se sont ici  penchés sur toutes les incertitudes inhérentes à l’évaluation de l’aspartame. L’avis explique comment ces incertitudes ont été prises en compte dans l’évaluation des risques pour s’assurer que les risques potentiels associés à l’aspartame n’aient pas été sous-estimés.

Il s’agit ici de la première évaluation complète des risques associés à l’aspartame demandée à l’Efsa.  Les études analysées dans cette évaluation des risques comprennent les 112 documents originaux sur l’aspartame ayant été soumis à l’appui de la demande d’autorisation de l’aspartame au début des années 1980. Par souci de transparence, l’Efsa a publié la liste complète de ces études et a mis à disposition les données qui n’avaient pas été publiées précédemment. Cette volonté affichée de transparence portera-t-elle ses fruits ? Faudra-t-il encore compter avec de nouvelles guerres de tranchée médiatisées ?

Cognac ou liqueurs ?

Pour l’heure le « Réseau Environnement Santé » accuse à nouveau l’EFSA de se baser sur des rapports issus de l’industrie et datant de 1973 et 1974, d’écarter des études animales publiées dans des revues de santé environnementale et montrant la cancérogénicité sur le rat et la souris, ainsi que d’autres études montrant des troubles cognitifs chez l’animal.

Que penser de ces irréductibles ? Qu’ils militent pour la dictature du sucre ? Que sucrer c’est pécher ?

Le poiré et le fromage ont disparu. La bûche est bien entamée. Les cigares rougeoient et les eaux de vie sont servies. La discussion peut se poursuivre plus profond dans la nuit.

 

 

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