Quand le sexe protège du cannabis

Comment faire la promotion d’une étude (coton) publiée dans Science ? Comment vendre auprès des médias (d’information générale) une affaire de récepteurs CB1 au  Δ-9-tétrahydrocannabinol ? Comment dire les délices du rétrocontrôle dans le système dopaminergique ?

Desserrer les écrous

Le résumé de ce travail est ici. La réponse est dans ce communiqué de presse de l’Inserm. Elle est aussi dans la vidéo qui l’accompagne. Le résumé scientifique de ce travail est ici (il faut payer pour en savoir plus).

Vous lirez peut-être ailleurs 1  les traductions médiatiques de cette traduction officielle de la science fondamentale – vulgarisation destinée au grand public.  Il y est question de cannabis, ce qui ne manque jamais de susciter l’intérêt. Cette substance fait immanquablement jaser. Plus encore aujourd’hui : l’Uruguay et l’Etat du Colorado viennent de desserrer officiellement les écrous qui interdisaient le libre accès à cette nouvelle forme d’ivresse. Pour des raisons socio-économiques plus que de santé publique.

Mr Vaillant, Mme Duflot et Mr Peillon

On verra demain si cette épidémie « libératrice » est ou non contagieuse. En France un homme continue courageusement à prêcher en ce sens. Il le fait dans le désert de sa famille politique. On peut le lire dans un entretien qu’il a accordé à Slate.fr. C’est Daniel Vaillant, 64 ans, ancien ministre socialiste de l’Intérieur (2000-2002) de Lionel Jospin. Son propos renouvelle radicalement le sujet politique qui oppose (environ depuis 1968) les partisans vieillissants de la jouissance sans entraves aux tenants d’un ordre moral en capilotade. Pour l’heure rien ne bouge. Les quelques sorties récentes sur le sujet de deux membres du gouvernement de François Hollande ont fait long feu : Cécile Duflot (voir ici) et Vincent Peillon  (lire ici). Un symptôme parmi tant d’autres de l’impossibilité de débattre raisonnablement des principales questions de santé publique et d’addiction dans la France contemporaine.

Objectiver l’ivresse

La situation semble toutefois évoluer via la forme d’objectivation médiatique des phénomènes d’ivresse. On vient par exemple de le voir au travers du film de Guillaume Canet (mémoire-blog). C’est à nouveau le cas dans le communiqué de presse de l’Inserm. Il rappelle que l’addiction au cannabis concerne plus de 20 millions de personnes dans le monde et un peu plus d’un demi-million de personnes en France. Il précise que cette addiction  est devenue ces dernières années l’un des premiers motifs de consultation dans les centres spécialisés dans le soin des addictions. Il souligne que cette consommation «concerne principalement une population particulièrement fragile aux effets néfastes de cette drogue : les 16-24 ans » et que dans cette population on compte 30% d’utilisateurs réguliers d’un produit interdit.

« Etre bien »

Mais ce communiqué ne fait pas non plus (et c’est heureux) l’économie des effets recherchés :

« (…) un état de détente, de bien-être et une modification des perceptions (…) »

Il reste à expliquer pourquoi les consommateurs recherchent de tels effets. Ou plus précisément pourquoi ils les recherchent via le cannabis et non via d’autres produits psychotropes disposant d’une autorisation de mise sur le marché et disponibles chez les buralistes, dans les grandes surfaces et/ou les pharmacies d’officine.

La grise et la blanche

Dans l’attente celles et ceux qui s’intéressent aux effets du Δ-9-tétrahydrocannabinol (ou THC) sur nos substances grise et blanche apprendront que le sexe est omniprésent dans ces rouages moléculaires et cellulaires. Clef de voûte de l’ensemble : la prégnénolone. Souvenons-nous : la molécule naturelle à partir de laquelle nous fabriquons   toutes nos hormones stéroïdiennes – au premier rang desquelles les sexuelles comme la progestérone femelle et la mâle testostérone.  Le travail est signé de Pier Vincenzo Piazza et Giovanni Marsicano. Ils  démontrent (avec leurs équipes et chez l’animal) que la prégnénolone, constitue un mécanisme naturel de défense contre les effets cérébraux délétères du cannabis.

Ces chercheurs développent actuellement des dérivés de la prégnénolone stables et bien absorbés et qui pourront peut-être être devenir  des médicaments. « Nous espérons commencer prochainement les essais cliniques. Et nous pourrons  alors vérifier si nos attentes se confirment et si nous avons véritablement découvert la première thérapie pharmacologique de la dépendance au cannabis, explique le Pr Piazza.

Jouir et pécher

Dans l’attente il met en garde. Outre dans nos cerveaux la prégnénolone est disponible sur Internet, non pas en tant que médicament mais comme « complément alimentaire ». « Je tiens à prévenir  les personnes qui pourraient être intéressées que sa consommation est totalement inefficace vis-à-vis de la toxicité du cannabis, a-t-il déclaré à Slate.fr. Elle est en effet mal absorbée et rapidement métabolisée par l’organisme. »

A peine ébauché un espoir s’éteint. Reste à méditer, en pleine conscience, sur les liens qui unissent les plaisirs et les modifications des états de conscience, la jouissance et le péché, le sexe et le cannabis.

1 notamment (disclaimer) sur Slate.fr

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