Pénis : de plus en plus grands – de moins en moins turgescents

Sur la Toile comme sur les ondes le membre viril fait toujours recette. Deux exemples récents : Slate.fr (pour l’anatomie) et France Culture (pour la pathologie). Deux symptômes de notre temps. Deux sujets de réflexions pour filles et garçons.

Notre corps est notre grande affaire. Il ne nous appartient certes pas mais on tente d’en profiter. Un usufruit en somme.  Depuis Adam, au minimum.

On dit que Mauricio Ortiz est né au Mexique en 1954. Docteur en médecine, il aurait décidé de quitter le monde universitaire pour se consacrer à l’écriture. Aux dernières nouvelles il était chroniqueur pour le quotidien mexicain La Jornada. En 2012 il nous avait fait signe avec son Du corps publié au Seuil (1). Une « philosophie du corps », un petit traité tour à tour érudit, ironique, mélancolique, subjectif, scientifique, poétique, diurne, nocturne, nous expliquait alors l’éditeur.

Mauricio Ortiz aurait donc ainsi quitté la médecine pour mieux entrer dans son objet. Et sa plume avait éclairé  le territoire obscur où est produit le sperme. Il avait rendu visite au pénis capricieux. Le gynécologue Ortiz avait aussi sondé l’insondable vagin, étudié les marées des menstrues. L’hépatologue Ortiz  avait inspecté le foie industrieux – ce foie  où montent parfois en ligne les bataillons de gamma glutamyl transférase (et désormais de CDT).  On se moque, bien sûr. On veut dire par là que c’est là, tout bien pesé, un bien grand livre.

Raquel Welch

Attention : très différent du Voyage fantastique (Richard Fleischer, 1966). L’assistante du docteur est Raquel Welch (Jo Raquel Tejada, voix d’Arlette Thomas dans la version française) alors âgée de 26 ans. Mais Raquel a toujours eu deux fois treize ans.

Le corps humain : qu’est-ce que ça veut dire le corps humain ? On peut répondre en demandant jusqu’où il va.Réponse d’Ortiz  : «En bas, jusqu’aux pieds, ça c’est clair ; en haut, jusqu’à la pointe des cheveux. De tous les côtés jusqu’à la peau, et puis jusqu’où les bras peuvent aller et jusqu’où les jambes les portent. Il s’étend également jusqu’où il peut entendre et jusqu’où vont les sons qu’il émet.»

Centimètres péniens

De ce point de vue le pénis compte beaucoup. Jusqu’où peut-il aller ? Au repos on le saura via un texte à succès que l’on peut découvrir sur Slate.fr  – texte de Tom Hickman, traduction de Bérengère Viennot (2). Les plus aguerri(e)s y découvriront bien des choses ignorées du plus grand nombre. A commencer par la valse des centimètres passés au trébuchet de l’évolution. On nous permettra ici de garder temporairement le secret –  sujet à ne pas trop déflorer.

Mais les centimètres sont bien peu de chose quand la mécanique caverneuse n’est pas au rendez-vous. Mille ans plus tard le pont levis a toujours ses vertus. Et on sait mieux que jadis réparer les mécanismes des monuments historiques. On se moque, bien sûr. Par réflexe peut-être. Et sans doute a-t-on tort. C’est là une pathologie. Une pathologie qui connaît heureusement (avec les érectiles notamment) de nouvelles thérapeutiques.

Réveillons à venir

Pathologie(s) ? On en prendra la mesure avec une émission de France Culture (émission diffusée le 31 décembre 2013 mais que l’on peut écouter ici ) Le professeur et producteur René Frydman y reçoit le  Dr Ronald Virag, « chirurgien vasculaire français, membre de l’Académie de chirurgie, pionnier de la recherche dans le domaine de la sexualité masculine et notamment du fonctionnement de l’érection ».

On y entendra enfin parler (sur France Culture) d’éjaculation précoce et de difficultés d’érection. C’est un peu ronronnant, certes. Mais le sujet y conserve son éclat. « Peut-on agrandir, grossir un sexe masculin que l’on juge en deçà des normes, résume le Pr Frydman. Et d’ailleurs existe-t-il des normes ? L’amour et la psyché ne sont pas absents de ce dialogue et je suis sûr qu’en écoutant cette émission un 31 décembre votre réveillon n’en sera que plus enthousiasmant. » Le propos vaut également pour les réveillons de l’année qui s’entrouvre.

 (1)  Ortiz M. Du Corps. Préface d’Antonio Tabucchi. Traduction de Roland Faye. Paris : Editions du Seuil, 2012. http://www.seuil.com/livre-9782021073386.htm

Del cuerpo avait initialement été édité à compte d’auteur, ou presque, par la maison Ortega et Ortiz . En 1999, il avait été découvert par Antonio Tabucchi. Les chapitres qui le composent avaient initialement été publiés dans les pages scientifiques du journal La Jordana. Il existe donc ainsi, sous des longitudes dorées, des journaux d’information générale ne traçant pas de frontières entre leurs pages scientifiques et de possibles expressions littéraires.  «Avec ses cartes géographiques du corps, ce livre est avant tout une boussole pour s’orienter dans ses passages secrets et ses labyrinthes, écrivit Tabucchi dans la préface. C’est curieux : finalement cette boussole pour s’orienter dans notre corps est surtout une boussole pour s’orienter dans les labyrinthes de notre âme. Pour les jeunes qui ne connaissent pas encore bien leur corps, ce sera un précieux bréviaire. Et les personnes de mon âge, pour lesquelles le corps est depuis longtemps un compagnon de voyage, y verront un autoportrait enlacé de vérifications, de remords, de coups de cœur, de résidus d’illusions.»

Antonio Tabucchi est mort en 2012, peu avant la sortie du livre traduit en français. Il avait 68 ans.

(2) Extrait de God’s Doodle: The Life and Times of the Penis de Tom Hickman, publié en français sous le nom Le bidule de Dieu, une histoire du pénis traduit par Philippe Paringaux aux éditions Robert Laffont

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