Xanax®, Stilnox® et Lexomil®: en France, c’est reparti comme en 40

Vingt ans après  le bilan a quelque chose de véritablement  désespérant. Reprise massive des prescriptions-consommations longue durée des « benzodiazépines-anxiolytiques-hypnotiques ».  Le chômage ? Les généralistes ? Big Pharma ? Ceux qui nous gouvernent ne se risquent pas à vouloir savoir pourquoi.

Souvent le titre  trahit  son auteur. « Etat des lieux en 2013 de la consommation des benzodiazépines en France » nous dit aujourd’hui  l’Ansm. Pour un peu L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé serait l’Institut de la Consommation. Rien ne dit d’ailleurs que la triade  « benzodiazépines – anxiolytiques –hypnotiques » ne soit pas à ranger au rayon des alcools tabac et spiritueux. Sans oublier le cannabis. Dans tous les cas il s’agit d’obtenir une modification artificielle de l’état de conscience. Uen modification qu’il ne s’agit pas de juger mais bien de comprendre.

Beaucoup trop. Beaucoup trop longtemps

Pour le détail des chiffres on consultera ici.  Le résumé dit que l’ensemble de ces nouvelles données « confirment en particulier la reprise de la consommation de benzodiazépines anxiolytiques et hypnotiques en lien avec une prescription importante de ces molécules et pour une durée souvent trop longue ». On peut voir là un échec majeur et durable de la politique du médicament. On peut aussi y voir un symptôme signifiant.

En 2012 il est établi que « 131 millions de boîtes de médicaments » contenant des benzodiazépines ou apparentées ont été vendues en France (dont 53,2 % d’anxiolytiques et 40,5 % d’hypnotiques). Soit près de 4 % de la consommation totale de médicaments. Il est établi que dans le même temps 11,5 millions de français ont consommé au moins une fois une benzodiazépine (7 millions une benzodiazépine anxiolytique, 4,2 millions une benzodiazépine hypnotique et 0,3 millions du clonazépam).

Trop fort

Plus fort encore : près d’un consommateur sur quatre consomme deux benzodiazépines plus ou moins simultanément. Et près d’un sur cent en est à trois. Hit parade : alprazolam devient en 2012 la molécule la plus consommée suivie par le zolpidem et le bromazépam.  Profil du consommateur de benzodiazépines : femme âgée en moyenne de 56 ans. Un tiers des femmes de plus de 65 ans consomment une benzodiazépine anxiolytique et près d’une sur cinq une benzodiazépine hypnotique. Que veulent-elles ne plus voir ? Et qui les aident ? Pour 90% des  médecins libéraux. Les généralistes pour l’essentiel : ils prescrivent près de 90 % des benzodiazépines anxiolytiques et hypnotiques.

Passade et dépendances

Rien d’une passade : les temps d’exposition aux benzodiazépines sont parfois très supérieurs aux recommandations de l’autorisation de mise sur le marché avec une utilisation annuelle de 4 à 5 mois pour les molécules hypnotiques et anxiolytiques. « A noter qu’une proportion importante de patients les utilise en continu sur plusieurs années » souligne l’Ansm. Qui prend les notes ? Et qui ne voit que l’on est ici dans la dépendance pharmaceutique comme on l’est dans la tabagique et l’alcoolique ?

« La consommation des benzodiazépines expose à certains risques bien connus en particulier neuro psychiatriques, ainsi que des risques d’abus et de pharmacodépendance notamment un phénomène de tolérance et de sevrage à l’arrêt. Les benzodiazépines accroissent également de manière significative le risque d’accidents de la route. » Nous le savions.

Chutes et démences

Chez le sujet âgé, la consommation de benzodiazépines peut favoriser les chutes et perturber la mémoire. Certaines études récentes font état du lien potentiel entre ces substances et la survenue d’une démence. Il n’est sans doute pas inutile de le rappeler. Mais après ?

Au final : reprise de la consommation globale de benzodiazépines initiée depuis 2010. Reprise « malgré la baisse importante de la consommation du tétrazépam qui est retiré du marché depuis et du clonazépam (-70 % entre 2011 et 2012). Xanax®. Stilnox®, Lexomil® et leurs cortèges de génériques. Tous pris en charge sans jamais sourciller.

Bras croisés

Les autorités sanitaires disent ne pas vouloir  rester les bras croisés : « un nouveau plan d’actions va être proposé par les autorités sanitaires courant 2014 pour mieux encadrer ces prescriptions de benzodiazépines et mieux informer professionnels de santé et patients sur leurs risques afin de prévenir la banalisation de leur recours. »

Parfois la conclusion en dit plus long. Voici celle de l’Ansm :

« Afin de limiter la consommation et les risques des benzodiazépines, les autorités sanitaires françaises ont mis en place depuis vingt ans un certain nombre d’actions sur le plan réglementaire mais aussi en termes d’information et de communication. Devant le constat d’une consommation toujours très importante de benzodiazépines, d’une large prescription en particulier pour des durées trop longues et de la présence de risques liés à leur utilisation, les autorités sanitaires dont l’Ansm souhaitent mettre en place un nouveau plan d’actions. A cette fin, les professionnels de santé, médecins prescripteurs et pharmaciens, seront consultés et impliqués directement dans la mise en place de mesures qui devraient survenir dans le courant de l’année 2014. »

Le pharmaceutique est politique

L’Ansm souhaite agir ? La belle affaire. Mais pourquoi n’agit-elle pas ? Le plus étonnant,  au fond, c’est cette lecture en deux dimensions. Vingt ans après la création de l’Agence du médicament la puissance publique spécialisée n’a pas bougé : elle continue à analyser les ventes de  Xanax®. Stilnox®, Lexomil® comme s’il s’agissait de celle de biens de consommation courante.

Tout se passe aux yeux de cette puissance publique comme s’il ne s’agissait pas d’un sujet éminemment politique. Au même titre que le tabac et les boissons alcooliques. Pour un peu, complotiste, on y verrait un 1984 démocratique.

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