Poches de nutrition mortelles : une affaire ministérielle ?

Rebondissement dans le dossier judiciaire de la mort de nouveau-nés de l’hôpital de Chambéry. Ou plus précisément apparence de rebondissement. L’affaire  pourrait prendre une dimension nationale. Seize établissements hospitaliers auraient eté sommés par Marisol Touraine de donner des informations rétrospectives. Les choses sont un peu moins simples. Mais la ministre a choisi d’être en première ligne médiatique.   

Est-ce parce que nous sommes en France ? Verrait-on  en Grande-Bretagne, en Allemagne, aux Etats-Unis,  un ministre de la Santé occuper une telle place dans une affaire pour laquelle la justice est saisie ? Il y a là, sinon un mélange des genres, du moins une source de confusion  dans l’opinion qui ne peut pas ne pas soulever des questions – et aussi susciter quelques irritations.

Réquisitoire supplétif

Aujourd’hui  15 janvier Brice Robin, procureur de la République de Marseille a confirmé une information au conditionnel  du Dauphiné libéré.  Soit un quatrième décès de bébé présentant  précisant toutefois que cette mort ne concernait « pas du tout la même période, pour lequel l’hôpital s’interroge et pour lequel la famille nous a saisis »« J’ai fait un réquisitoire supplétif vendredi [10 janvier] et la juge d’instruction [du pôle santé de Marseille] Annaïck Le Goff est saisi du cas de ce bébé ». En réalité l’existence de ce quatrième décès était, depuis le début de l’affaire, connu des autorités sanitaires.

Le Dauphiné libéré précisait que la juge d’instruction Annaïck Le Goff était présente le 14 janvier à Chambéry, accompagnée de deux autres juges d’instruction co-saisis, du procureur de Marseille d’enquêteurs et d’experts (pharmaciens et médecins) avec qui elle travaille habituellement. Ils ont saisi des dossiers de l’hôpital et inspecté le service de réanimation néonatale.

« Ce pool d’une dizaine de personnes s’est ensuite rendu à 17 h 30 vers le palais de justice où les attendaient pères et mères endeuillées, ajoute le quotidien régional. Les parents de Matheo se sont joints aux trois autres familles. ‘’Annaïck Le Goff a présenté la façon dont elle allait travailler et les différents services. Mais, l’enquête, elle en est au début’’, commente Caroline Collomb avocate des parents de Théo. La constitution de partie civile en cours va permettre aux familles d’avoir accès au dossier, mais ‘’matériellement, cela va prendre plusieurs semaines’’, précise l’avocate. »

Information judiciaire contre X

Trois familles ont déjà porté plainte contre l’hôpital. La juge d’instruction de Marseille a ouvert une information judiciaire contre X pour « homicide et blessure involontaires, mise en danger délibérée de la vie d’autrui et fabrication de médicaments sans respecter les bonnes pratiques » L’enquête concerne aussi bien la production que l’administration et est élargie à toute la France. « ‘’ On ne recherche pas une responsabilité pénale à tout prix’’, confie Antoine, le papa de Milie à la sortie du Palais de justice, hier vers 19 h 45. ‘’On veut que des enseignements soient tirés de cette affaire et que ça ne se reproduise jamais’’. Ces parents s’inquiètent d’une possible contamination sur tout le territoire français » rapporte encore le Dauphiné libéré.

 La justice est saisie et la justice travaille comme elle doit le faire. Cette justice a-t-elle besoin de l’aide du politique à l’échelon ministériel ? C’est peut vraisemblable. C’est pourtant ce que semble penser Marisol Touraine.  A la suite de la nouvelle information  du 15 janvier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a appelé les seize établissements hospitaliers approvisionnés par le laboratoire normand Marette à signaler les incidents ou morts de nourrissons au niveau national. Cette mesure n’avait-elle était déjà prise par les différentes administrations sanitaires saisies de l’affaire ? Pourquoi à ce stade ne pas élargir plus encore la fourchette hospitalière ?

Epidémiologie rétrospective

« C’est probablement dans ce laboratoire que la contamination est intervenue », a résumé Mme Touraine. Elle précisait plus tôt dans la matinée, sur BFM-TV, qu’il ne s’agissait  toutefois « pas du même lot ». On se souvient qu’il y a quelques jours  des analyses effectuées sur dix poches alimentaires d’un lot suspect, destinées aux nouveau-nés du service de néonatologie à Chambéry, avaient permis de conclure à une contamination pour six d’entre elles par un même germe  encore inconnu à ce jour. C’est dire si l’affaire est complexe et si les enquêtes épidémiologiques rétrospectives seront difficiles – pour ne pas dire impossible ne serait-ce que du fait de l’absence de conservation des lots

Ces poches provenaient toutes d’un lot de 137 poches fabriquées le 28 novembre 2013 par le laboratoire Marette – donc bien après le décès de mars. Des poches qui ont toutes été retirées dès l’apparition des premiers soupçons d’anomalie le 17 décembre. Puis il y avait eu,  7 janvier dernier la suspension de la production du laboratoire Marette.

La situation est d’autant plus complexe que le Pr Benoît Valet, nouveau directeur général de la santé se veut nettement plus rassurant que sa ministre. C’est du moins ce que dit le quotidien Libération dans son édition de demain 16 janvier.  «Ce n’est pas un cas nouveau, nous le savons depuis le début, dès la survenue des décès en décembre, a-t-il déclaré au quotidien. Cet enfant est mort en mars dernier. Il a été nourri par des poches fabriquées par le laboratoire Marette, mais ce n’est pas tout à fait le même tableau clinique, il avait des problèmes respiratoires.»

Quant à l’enquête auprès des seize établissements hospitaliers elle aurait été  décidée il  y a une dizaine de jours déjà. lors de l’arrêt de la production du laboratoire Marette.

Origine bactérienne toujours inconnue

Pour l’heure l’avocat du laboratoire normand fait valoir que l’origine des entérobactéries qui ont été décelées sur les poches fabriquées par cette entreprise demeure « à ce stade de l’enquête administrative et judiciaire inconnue ».

La ministre a quant à elle précisé que le gouvernement disposerait « de l’ensemble des informations nécessaires la semaine prochaine ». Elle a aussi tenu à déclarer à la presse que si des « dysfonctionnements » étaient intervenus, elle prendrait les « mesures nécessaires ». 

 

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